27 Février 2026
Arco // De Ugo Bienvenu. Avec la voix de Oscar Tresanini, Margot Ringard Oldra et Vincent Macaigne.
Arco marque l’arrivée au long métrage de Ugo Bienvenu, connu jusque-là pour ses bandes dessinées et ses courts-métrages. Ce premier film d’animation français affiche d’emblée une ambition claire : raconter une histoire de science-fiction accessible, visuellement forte, et traversée par un vrai message sur le monde qui vient. L’histoire se déroule sur une Terre futuriste devenue difficilement habitable. En 2075, la planète porte les stigmates du dérèglement climatique, la technologie occupe chaque espace du quotidien et les robots ont remplacé une partie des interactions humaines.
En 2075, une petite fille de 10 ans, Iris, voit un mystérieux garçon vêtu d'une combinaison arc-en-ciel tomber du ciel. C'est Arco. Il vient d'un futur lointain et idyllique où voyager dans le temps est possible. Iris le recueille et va l'aider par tous les moyens à rentrer chez lui.
C’est dans ce contexte qu’Iris, 10 ans, voit littéralement tomber du ciel un garçon vêtu d’une combinaison aux couleurs d’arc-en-ciel. Il s’appelle Arco et affirme venir d’un futur encore plus lointain, l’année 2932. Coincé dans cette époque qu’il ne connaît pas, il cherche un moyen de rentrer chez lui, pendant que sa famille le croit disparu. Le point fort de Arco réside dans la manière dont le film installe son univers. L’introduction prend le temps de poser les règles, sans tout expliquer immédiatement. Le spectateur découvre ce monde en même temps qu’Arco découvre celui d’Iris. Cette rencontre entre deux enfants, chacun perdu à sa manière, crée une dynamique simple mais efficace.
Leur complicité devient le cœur du récit. Visuellement, Arco surprend. Le style graphique s’inspire clairement de l’animation japonaise en 2D, avec des personnages aux traits doux et expressifs, presque naïfs. Certains designs, notamment celui du trio de “méchants” un peu maladroits, flirtent avec le burlesque. En parallèle, les décors sont beaucoup plus détaillés : forêts denses, villes abîmées par les flammes, paysages futuristes saturés de couleurs. L’écran est souvent traversé par des arcs-en-ciel lumineux qui deviennent un motif central du film. L’influence de Hayao Miyazaki est assumée par le réalisateur. Elle se ressent dans le mélange de nature, de technologie et de poésie.
Pourtant, Arco ne se contente pas d’imiter. Le film développe une identité propre, notamment à travers sa réflexion sur la modernité numérique. Les robots remplacent les enseignants, la réalité virtuelle sert à résumer l’Histoire en images prêtes à consommer, et les adultes semblent parfois absents, absorbés par leurs écrans. La première partie du film adopte un ton assez contemplatif. Iris et Arco apprennent à se connaître, partagent leurs peurs, leurs espoirs. Cette phase rappelle certains récits d’amitié entre enfants confrontés à l’inconnu. Puis, le récit bascule vers quelque chose de plus mouvementé. Une course-poursuite s’engage, les enjeux s’élargissent, et plusieurs éléments jusque-là discrets prennent soudain de l’importance.
Le robot Mikki, sujet à des pannes répétées, apporte une touche d’humour bienvenue. Le trio d’adultes en quête d’arc-en-ciel ajoute une dimension presque cartoonesque. Dans cette seconde moitié, Arco gagne en intensité émotionnelle. Les arcs narratifs se croisent, les thèmes écologiques et familiaux s’entremêlent. Le film évoque la peur de perdre un enfant, la responsabilité des générations adultes face au monde laissé aux plus jeunes, et l’idée qu’au cœur du chaos peuvent naître des formes de réparation. Certaines scènes, notamment lorsque la ville est envahie par les flammes, traduisent une vision sombre, presque expressionniste, du futur. Pour autant, tout n’est pas parfaitement maîtrisé.
Quelques incohérences scénaristiques interrogent, en particulier autour des règles du voyage dans le temps. Certains choix narratifs manquent d’explications claires. Sur le plan technique, l’animation montre parfois ses limites : les mouvements des personnages peuvent sembler un peu rigides, et le mixage sonore n’est pas toujours optimal. Ces défauts ne gâchent pas l’ensemble, mais ils se remarquent. Le ton oscille aussi entre poésie sincère et passages plus appuyés. Certaines répliques frôlent la naïveté, voire une forme de mièvrerie. L’humour, volontairement simple, ne fonctionne pas à chaque fois. Pourtant, le film évite l’écueil du dessin animé bruyant. Les voix restent naturelles, sans excès de caricature.
Parmi elles, il est possible de reconnaître Swann Arlaud, Vincent Macaigne ou encore Louis Garrel, qui apportent une vraie présence. Il faut aussi souligner que Arco est une production entièrement réalisée en France, un choix défendu par Ugo Bienvenu. La participation de Natalie Portman à la production a contribué à donner au projet une visibilité internationale. Ce contexte renforce l’intérêt du film dans le paysage du cinéma d’animation français. La fin choisit une voie plus posée que spectaculaire. Alors qu’une conclusion plus attendue semblait se dessiner, le film opte pour une tonalité plus douce, presque méditative.
Ce choix peut surprendre, mais il correspond à l’esprit général du récit : parler de réparation, de lien humain et de transmission plutôt que de victoire éclatante. Ce film d’animation de science-fiction parle d’écologie, de solitude numérique et d’enfance sans cynisme. Il cherche à réunir différentes générations autour d’une même histoire. Que reste-t-il de l’imaginaire dans un monde saturé d’images prêtes à l’emploi ? Arco répond en faisant l’éloge du trait de crayon, du dessin comme acte de résistance et d’espoir. Un film d’animation français ambitieux, imparfait, mais sincère, qui mérite d’être découvert pour sa proposition visuelle et son regard sur l’époque.
Note : 7/10. En bref, le film d’animation français qui mêle science-fiction, poésie et regard sur notre époque. Arco n’est pas un film parfait. Il connaît des longueurs, quelques maladresses et un certain didactisme. Mais il propose une vraie vision.
Sorti le 22 octobre 2025 au cinéma
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