Critique Ciné : E Poi Si Vede (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : E Poi Si Vede (2026, Amazon Prime Video)

E Poi Si Vede // De Giovanni Calvario. Avec Fabrizio Sansone, Federico Sansone et Donatella Finocchiaro.

 

Avec E Poi si Vede, Fabrizio et Federico Sansone tentent le grand saut vers le cinéma. Connus en Italie pour leurs vidéos en ligne et leurs passages télé, les deux frères siciliens choisissent de s’attaquer à un sujet très parlant : le concours pour obtenir un poste fixe dans l’administration. Sur le papier, l’idée est bonne. À l’écran, le résultat rappelle souvent ces comédies portées par des personnalités YouTube françaises quand elles débarquent sur les plateformes type Amazon Prime Video : de l’énergie, quelques blagues qui passent, mais un vrai problème de tenue sur la durée.

 

Trois jeunes hommes se disputent un poste dans l’administration communale à la mairie. Federico compte sur l’influence de son père conseiller municipal, Fabrizio espère une seconde chance, et Luca, issu d’un milieu privilégié, entre dans la course. Un seul pourra l’emporter… jusqu’à ce que des événements inattendus viennent tout bouleverser.

 

L’intrigue se déroule dans une petite ville sicilienne où un concours municipal promet un emploi stable. Un Graal moderne. Le cinéma italien s’est déjà moqué de cette obsession, notamment avec Quo Vado?. Ici, le film choisit un angle générationnel : les trentenaires seraient « les nouveaux vieux ». Trop âgés pour être considérés comme des jeunes pleins d’avenir, pas assez installés pour être pris au sérieux. Federico est un type un peu paumé qui se retrouve, à la suite d’un quiproquo, embauché à la place du candidat officiellement soutenu par une sénatrice influente, jouée par Donatella Finocchiaro. 

 

Son ami Fabrizio, diplômé en droit mais coincé dans un job de rider, observe la situation avec un mélange d’amertume et de loyauté. Le point de départ – « voler » une recommandation – est malin. Il permet de parler d’un système où les relations comptent plus que les compétences. Sur le plan satirique, il y avait matière à aller loin. Le problème, c’est que E Poi si Vede ne dépasse jamais vraiment le stade du sketch étiré. Beaucoup de scènes ressemblent à des capsules web rallongées pour atteindre les cent minutes. Les dialogues enchaînent les répliques rapides, certaines font sourire, d’autres tombent à plat. Il y a bien quelques moments drôles, notamment dans la peinture des collègues municipaux peu pressés de travailler.

 

Mais le film reste dans une caricature facile. La critique de la recommandation et du clientélisme manque de mordant. Là où un film comme La magie tue seulement en été arrivait à glisser une vraie amertume derrière l’humour, ici tout reste à la surface. La mise en scène de Giovanni Calvaruso ne sauve pas l’ensemble. Le rythme est irrégulier, la musique parfois envahissante, et certaines séquences semblent posées là pour combler. La mer sicilienne, filmée en plans de coupe, apporte presque plus de présence que les personnages. Fabrizio et Federico Sansone ont une énergie évidente. Ils savent occuper l’espace, jouer sur la complicité fraternelle, installer un ton léger. 

 

Mais le cinéma demande autre chose qu’un bon timing comique. Dans les scènes plus émotionnelles, le jeu devient rigide. Les regards manquent de nuance, les silences ne disent pas grand-chose. Le parallèle avec Ficarra e Picone vient vite à l’esprit. Eux aussi ont commencé par la comédie populaire avant de trouver un vrai équilibre entre humour et regard social. Les Sansoni semblent encore en phase d’apprentissage. Le casting secondaire fait ce qu’il peut. Paola Minaccioni incarne la mère croyante et naïve de Federico avec une sincérité qui apporte un peu de relief. Ester Pantano ajoute une présence solide dans les rôles secondaires. Mais ces apports ne suffisent pas à donner de l’épaisseur à l’ensemble.

 

Le thème central – la difficulté pour les trentenaires de trouver leur place – est pourtant pertinent. Diplômes en poche, petits boulots, absence de perspectives : le constat parle à beaucoup de monde. Le film insiste sur cette frustration, sur ce sentiment d’être coincé entre deux générations. Malheureusement, la réflexion reste au niveau du slogan. Le discours sur le mérite et les passe-droits est martelé sans être vraiment creusé. L’émotion ne prend jamais complètement. Même la rivalité avec la sénatrice et son fils paraît désamorcée trop vite. Le dernier acte, qui prend des airs de film de procès, apporte un léger changement de ton. 

 

Cette partie est plus structurée et crée un semblant de tension. Mais l’ensemble arrive tard, comme si le film se réveillait au moment de conclure. E Poi si Vede part d’un sujet fort : la génération des trentenaires face au mur du poste fixe et des recommandations. L’idée de détourner le système en « volant » une recommandation est intelligente. Quelques gags fonctionnent. Deux ou trois situations font sourire. Mais le film reste globalement faible. Trop long pour ce qu’il raconte. Trop léger pour le sujet qu’il aborde. Trop proche du format web pour convaincre au cinéma. Il donne l’impression d’un projet pensé pour une fanbase déjà acquise, plus que pour un public large.

 

Note : 4.5/10. En bref, ce premier long métrage des Sansoni montre une envie de s’attaquer à un vrai thème social. Il manque encore la maturité et la précision nécessaires pour transformer cette envie en film marquant. Le titre dit « et puis on verra ». A la fin du film, la question reste simple : voir quoi, exactement ?

Prochainement sur Amazon Prime Video

 

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