17 Février 2026
L’infiltrée // De Ahmed Sylla. Avec Ahmed Sylla, Michèle Laroque, Kaaris et Sandra Parfait.
Avec L’infiltrée, Ahmed Sylla passe derrière la caméra pour la première fois tout en gardant le rôle principal. Le pitch est simple : un policier maladroit rêve d’intégrer une unité d’élite spécialisée dans les infiltrations. Une occasion inattendue se présente enfin. Problème : pour démanteler un réseau de narcotrafic, il doit se faire passer pour… une femme. Sur le papier, la comédie policière à base de travestissement peut fonctionner. Le cinéma l’a déjà explorée (coucou FBI: Fausses Blondes Infiltrées), parfois avec plus ou moins de bonheur. Ici, le résultat laisse un goût mitigé. Il y a de l’énergie, quelques idées qui auraient pu marcher, mais l’ensemble manque de finesse et d’originalité.
Quand un fonctionnaire de police maladroit se voit confier une mission d’infiltration ultra-sensible, il ne s’attend pas à devoir se transformer en femme pour approcher un terrible gang de guerrières dirigé par le redoutable “Tonton”. Maxime rêvait de devenir agent infiltré…Lupita va réaliser son rêve !
Maxime est un fonctionnaire de police qui rate sans cesse le concours d’entrée d’un service d’infiltration prestigieux. Il rêve d’action, de missions secrètes, de reconnaissance. Jusqu’au jour où un concours de circonstances lui offre sa chance. Sa mission : infiltrer un gang de trafiquants. Pour passer inaperçu, il adopte une nouvelle identité féminine, Lupita. Ahmed Sylla s’amuse clairement avec cette transformation. Dans la peau de Lupita, il trouve un vrai terrain de jeu. Gestuelle, voix, regard : il s’investit à fond. C’est même ce qui tient le film debout. Sans cette implication, L’infiltrée aurait du mal à dépasser le stade de la farce étirée.
Le problème, c’est que le scénario, signé Daive Cohen, semble se contenter de cette idée de départ sans chercher à la développer. Les situations s’enchaînent sans réelle progression. Les gags tombent souvent dans le lourd ou le prévisible. Le rythme devient irrégulier, avec des scènes qui s’étirent alors qu’elles auraient gagné à être plus courtes. Difficile de ne pas penser à Fausses Blondes Infiltrées des frères Wayans. Le principe reste proche : un agent des forces de l’ordre contraint de se travestir pour infiltrer un milieu. Certes, L’infiltrée évite la vulgarité excessive de son modèle américain, mais l’impression de recyclage demeure.
Dans le paysage français, le film rappelle aussi certaines comédies récentes où des humoristes populaires passent au long métrage avec un projet calibré pour leur public. L’énergie est là, mais la mise en scène reste très classique. Les plans sont fonctionnels, sans véritable identité visuelle. Rien ne vient surprendre. Ahmed Sylla, déjà vu dans Classico, tente ici l’expérience acteur-réalisateur. L’envie de bien faire se sent. Mais gérer à la fois le jeu et la réalisation semble l’empêcher de prendre du recul. Le film souffre d’un manque de rythme et d’un certain flottement dans la direction des scènes. Certaines salles ont ri. Ce n’est pas mon cas. Quelques sourires, tout au plus.
Beaucoup de blagues paraissent écrites à la va-vite. Les ressorts comiques reposent souvent sur la répétition : une situation exagérée, un tic de langage, un détail visuel étiré jusqu’à l’usure. Le personnage du chef de gang, interprété par Kaaris, apporte une étrangeté bienvenue au début. Sa manière de parler, ses silences, son attitude décalée créent un léger décalage. Mais très vite, le rôle tourne en rond. Il semble parfois jouer dans un autre film, sans véritable lien avec le ton général. Le reste du casting ne parvient pas à relever le niveau. Michèle Laroque reste fidèle à ce qu’elle propose habituellement, sans surprise. Amaury de Crayencour fait le job, mais le scénario ne lui donne pas grand-chose à défendre.
Les seconds rôles manquent de relief. L’infiltrée dure environ 95 minutes. La séance ne paraît pas interminable, ce qui est déjà un point positif. Le film reste regardable. Il divertit par moments. Mais il ne provoque ni vrai éclat de rire, ni réelle tension. Le souci principal vient du manque d’originalité. La mécanique narrative est prévisible. Les retournements arrivent sans surprise. Même l’enjeu policier reste secondaire. L’enquête sert surtout de prétexte à une succession de gags liés au travestissement. La mise en scène ne compense pas ces faiblesses. Les scènes d’action manquent de punch.
Les décors sont propres, parfois soignés, mais ne créent pas d’atmosphère particulière. L’ensemble paraît un peu lisse, presque paresseux. L’infiltrée repose presque entièrement sur l’investissement d’Ahmed Sylla. Dans la peau de Lupita, il montre un vrai sens du rythme et un engagement total. C’est ce qui sauve partiellement le film. Mais autour de lui, tout semble fragile : scénario convenu, humour appuyé, mise en scène sans relief. La comédie tente de mêler infiltration policière et quiproquos liés au travestissement, sans trouver un équilibre solide. Le film se regarde sans déplaisir total, mais laisse une impression d’occasion manquée. Il vise le divertissement grand public et atteint parfois cet objectif.
Pourtant, il manque ce petit supplément d’inventivité qui aurait permis de dépasser le simple produit clairement fait pour les plateformes avant d'avoir été fait pour le cinéma. L’infiltrée ne restera sans doute pas longtemps en mémoire. Il confirme qu’un bon comédien ne suffit pas toujours à porter un long métrage. Ahmed Sylla a de l’énergie et un vrai potentiel. Il faudra un scénario plus solide et une mise en scène plus affirmée pour transformer cette énergie en vraie réussite.
Note : 3.5/10. En bref, Ahmed Sylla sauve ce qu’il peut d’une comédie policière poussive.
Sorti le 11 février 2026 au cinéma
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