3 Février 2026
La Trilogie d’Oslo / Désir // De Dag Johan Haugerud. Avec Jan Gunnar Røise, Thorbjørn Harr et Siri Forberg.
Avec La Trilogie d’Oslo, Dag Johan Haugerud propose un projet ambitieux : trois films indépendants mais liés, chacun explorant une facette de l’intime à travers la parole, les relations et les zones grises du désir. Désir, dernier volet par ordre de sortie, vient refermer cet ensemble après Rêves et Amour. Sur le papier, l’idée est séduisante. À l’écran, le résultat laisse une impression plus mitigée. Dans Désir, le récit se concentre sur deux hommes, collègues de travail, tous deux mariés, dont les certitudes vont vaciller. L’un avoue avoir eu une relation sexuelle avec un client masculin, sans pour autant remettre frontalement en cause son identité.
Un ramoneur, heureux père de famille, en couple avec son épouse depuis des années, a une aventure inattendue avec un client ... Il ne la considère ni comme l’expression d’une homosexualité latente, ni comme une infidélité, juste comme une expérience enrichissante. Il s’en ouvre à son épouse, qui le prend mal, puis à son patron, marié comme lui, qui lui avoue faire toutes les nuits des rêves dans lesquels il est une femme, objet du désir de David Bowie...
L’autre raconte un rêve récurrent dans lequel il se projette dans une relation avec David Bowie, figure androgyne par excellence. Ces confidences, échangées presque à voix basse, vont provoquer une série de discussions avec leurs proches, notamment leurs compagnes, et ouvrir un questionnement plus large sur le désir, la masculinité et la fidélité. Comme dans les deux autres films de la trilogie, tout passe par la parole. Les scènes sont longues, souvent filmées en plans fixes ou en plans-séquences, avec des personnages qui se font face et parlent, encore et encore. Haugerud assume un cinéma très littéraire, clairement inspiré par Rohmer ou Kieslowski. Le problème, c’est que cette référence finit par peser sur le film.
Là où ses modèles parvenaient à insuffler du rythme et une tension invisible, Désir donne souvent l’impression de tourner en rond. Le pitch est pourtant fort. Deux situations simples, presque banales, mais chargées de questions profondes. Ce qui pose problème, ce n’est pas ce qui est dit, mais la manière dont c’est montré. Les dialogues sont souvent intéressants sur le fond, parfois justes, parfois même pertinents dans leur façon d’aborder la sexualité sans caricature. Mais leur accumulation finit par fatiguer. Le film explique beaucoup, commente beaucoup, analyse beaucoup, au détriment de l’émotion brute. Visuellement, Désir est sans doute le volet le plus sec de la trilogie.
Oslo est peu présente, réduite à quelques chantiers, des grues, des axes routiers. Le décor est fonctionnel, presque abstrait. Cela peut se défendre sur le plan symbolique, mais l’ensemble manque de respiration. Contrairement à Rêves, qui laissait parfois entrer une forme de légèreté, Désir reste très enfermé dans ses intérieurs et ses discussions. Le jeu des acteurs est globalement solide, avec une mention particulière pour Jan Gunnar Røise, qui incarne un personnage tout en retenue, dans une sobriété qui fonctionne bien. Son trouble est crédible, jamais appuyé, et c’est sans doute là que le film touche le plus juste.
Les échanges avec sa femme sont parmi les moments les plus intéressants, parce qu’ils révèlent un vrai décalage de perception : ce que l’un vit comme une expérience, l’autre le ressent comme une remise en cause profonde du couple. C’est d’ailleurs l’un des thèmes centraux de Désir et, plus largement, de la trilogie : le regard porté sur un même événement. Ce qui semble anodin pour certains devient une fracture pour d’autres. Haugerud cherche clairement à inviter à la tolérance et à l’ouverture d’esprit, sans jamais tomber dans un discours militant. Sur ce point, le film reste sincère et plutôt honnête. Mais cette sincérité est souvent plombée par une mise en scène trop sage. Le film manque de tension, de contrastes, de silences qui diraient autant que les mots.
À force de tout verbaliser, Désir finit par perdre en impact. Certaines scènes s’étirent inutilement, d’autres n’apportent rien de nouveau, donnant une impression de redondance qui nuit à l’ensemble. Comparé aux autres volets de la trilogie, Désir apparaît comme une conclusion en demi-teinte. Rêves semblait plus fluide, plus vivant. Amour, malgré ses défauts, avait davantage de chair. Ici, le propos est clair, mais le cinéma se fait plus rigide, presque démonstratif. La présence de personnages récurrents, comme le musicien aux ongles vernis, crée un lien intéressant entre les films, mais cela ne suffit pas à donner à Désir un vrai souffle final. Sur le plan formel, la photographie reste soignée, et la musique jazz utilisée par touches apporte une respiration bienvenue.
Ces moments suspendus sont rares mais précieux. Ils rappellent que le film aurait gagné à faire davantage confiance à l’image et à l’atmosphère, plutôt qu’au seul texte. Au final, La Trilogie d’Oslo / Désir reste un projet respectable, intelligent dans ses intentions, mais inégal dans son exécution. Le film pose des questions pertinentes sur l’identité, le couple et le désir masculin, sans jugement ni morale appuyée. Pourtant, il peine à captiver sur la durée, étouffé par une forme trop rigide et un rythme trop plat. Désir ne ruine pas la trilogie, mais il ne la sublime pas non plus. Il laisse une impression douce-amère, celle d’un film qui avait beaucoup à dire, mais qui oublie parfois que le cinéma ne se résume pas à parler. Une conclusion qui invite à réfléchir, certes, mais qui donne aussi envie de revoir Rêves, là où l’équilibre semblait mieux trouvé.
Note : 4.5/10. En bref, La Trilogie d’Oslo / Désir reste un projet respectable, intelligent dans ses intentions, mais inégal dans son exécution. Le film pose des questions pertinentes sur l’identité mais peine à captiver sur la durée, étouffé par une forme trop rigide et un rythme trop plat.
Sorti le 16 juillet 2025 au cinéma - Disponible en VOD et sur Ciné+ OCS
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