Critique Ciné : Le mystérieux regard du flamand rose (2026)

Critique Ciné : Le mystérieux regard du flamand rose (2026)

Le mystérieux regard du flamand rose // De Diego Cespedes. Avec Tamara Cortes, Matías Catalán et Paula Dinamarca.

 

Avec Le mystérieux regard du flamand rose, le réalisateur chilien Diego Céspedes signe un premier long métrage ambitieux, situé dans le nord du Chili des années 1980. Un désert minéral, un village de mineurs, un cabaret perdu au milieu de nulle part : le décor est planté. Au cœur de cet environnement rude vit une communauté queer composée de femmes trans, de travestis et de marginaux qui ont fait de ce lieu un refuge. Le film se présente comme un western moderne, teinté de fantastique et de chronique sociale. L’histoire est racontée à hauteur d’adolescente. Lidia, jeune fille élevée par Flamant Rose, grandit au sein de cette famille choisie. 

 

Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille flamboyante qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d’une ville minière. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager, une rumeur affirme qu’elle se transmettrait par un simple regard. La communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs. Dans ce western moderne, Lidia défend les siens.

 

Elle observe le monde des adultes avec un mélange d’innocence et de lucidité. Une mystérieuse maladie commence à frapper la communauté, dans un contexte qui évoque clairement les débuts du sida. Les rumeurs circulent, les mineurs s’inquiètent, la peur gagne du terrain. Le film installe une atmosphère étrange, presque irréelle, comme si la gravité des événements était filtrée par le regard encore fragile de Lidia. Ce point de vue donne au récit une dimension de conte. Malgré un sujet lourd, le film adopte parfois un ton proche de la fable. La violence et la maladie ne sont pas filmées de manière frontale. Elles apparaissent à travers des signes, des silences, des regards. 

 

Le mystérieux “regard” du titre devient alors une manière de parler d’amour, de transmission et de résistance. Visuellement, Le mystérieux regard du flamand rose séduit par son contraste permanent. Le désert gris et poussiéreux s’oppose aux tenues flamboyantes des personnages. Les robes colorées, les maquillages appuyés et les gestes théâtraux tranchent avec la virilité pesante du territoire minier. Ce contraste nourrit la tension du film : d’un côté, un monde dur, marqué par le travail et l’homophobie ; de l’autre, une famille queer qui revendique son droit à exister. Certaines scènes marquent durablement. Les premières minutes, très travaillées, installent une ambiance à la fois mélancolique et solaire. 

 

Une séquence d’adieux dans une voiture touche par sa simplicité. Une rencontre nocturne entre Flamant Rose et un personnage masculin apporte une vraie charge émotionnelle. La mise en scène montre une vraie envie de cinéma, avec des choix esthétiques assumés, parfois proches du western italien dans la manière de filmer les duels et les silences. Le film passe d’un registre à l’autre avec une certaine liberté : comédie, drame, fantastique, chronique sociale. Cette hybridation donne au long métrage une identité singulière. L’influence d’un cinéma queer flamboyant, parfois comparé aux débuts d’Almodóvar, se ressent dans l’énergie et la liberté des corps. 

 

Pourtant, malgré cette richesse formelle, l’ensemble reste inégal. Le principal problème vient du rythme. Le montage accumule des plans longs, parfois trop contemplatifs. L’intention de créer une atmosphère est claire, mais la narration peine à avancer. La mort de Flamant Rose, qui aurait pu constituer un véritable moteur dramatique, n’entraîne pas toujours les conséquences attendues. Le film enchaîne des scènes de vie sans construire un véritable fil rouge. Les thématiques – sida, intolérance, solidarité – sont présentes, mais pas toujours approfondies. Lidia demeure le personnage le plus solide. Interprétée par la jeune Tamara Cortes, elle porte le film avec une sincérité touchante. 

 

Son regard sur le monde adulte, sa manière de naviguer entre naïveté et maturité, donnent une vraie épaisseur au récit. Le duo qu’elle forme avec Flamant Rose fonctionne bien, notamment dans les scènes les plus intimes. Cette relation mère-fille adoptive constitue le cœur émotionnel du film. La communauté queer est montrée comme un bloc solidaire, parfois obligé d’user de violence pour se défendre. Le cabaret au milieu du désert devient un espace de liberté fragile. Le film interroge la frontière, au sens propre comme au figuré : celle qui sépare le village des mineurs et ce lieu à part, celle qui distingue les normes sociales de ceux qui vivent en marge.

 

Pour autant, le film ne va pas toujours au bout de ses intentions. Le genre du western reste souvent en surface. L’affiche promet un affrontement marqué, presque mythologique, mais le récit s’éparpille. La fin laisse un sentiment d’inachevé, comme si le réalisateur hésitait entre plusieurs directions. Le point de vue politique reste présent, mais il manque parfois de clarté. Malgré ces limites, Le mystérieux regard du flamand rose ne laisse pas indifférent. Il dégage une humanité réelle. Il parle d’amour sous toutes ses formes : amour filial, amour romantique, amour d’une communauté qui se serre les coudes face à l’adversité. Dans ce désert oppressant, la tendresse devient un acte de résistance.

 

Ce premier film montre un cinéaste qui cherche sa voie, parfois maladroit, mais déjà habité par un univers fort. L’énergie queer qui traverse le récit apporte une lumière inattendue dans un cadre pourtant crépusculaire. Le film aurait gagné à être plus resserré, à mieux structurer son propos. Mais il offre des images qui restent en tête et une galerie de personnages rares au cinéma. 

 

Note : 6.5/10. En bref, Le mystérieux regard du flamand rose est donc un western queer atypique, imparfait mais sincère. Un film qui parle de marginalité, de maladie et de transmission dans le Chili des années 1980, à travers le regard d’une adolescente en construction. Une œuvre fragile, parfois poussive, mais portée par une vraie envie de raconter autrement.

Sorti le 18 février 2026 au cinéma

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article