Critique Ciné : Lumière pâle sur les collines (2025)

Critique Ciné : Lumière pâle sur les collines (2025)

Lumière pâle sur les collines // De Kei Ishikawa. Avec Suzu Hirose, Fumi Nikaidô et Yoh Yoshida.

 

Avec Lumière pâle sur les collines, le réalisateur japonais Kei Ishikawa s’attaque à un chantier délicat : l’adaptation du tout premier roman de Kazuo Ishiguro, écrivain britannique d’origine japonaise et prix Nobel de littérature. Le livre est court, mais dense, construit sur la mémoire, le doute et les silences. À l’écran, le projet garde cette élégance fragile, tout en révélant rapidement ses limites. Le film débute en 1982, dans la campagne anglaise. Etsuko, une femme d’une cinquantaine d’années, s’apprête à vendre sa maison. 

 

Royaume-Uni, 1982. Une jeune anglo-japonaise entreprend d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Etsuko, marquée par les années d’après-guerre à Nagasaki et hantée par le suicide de sa fille aînée. Etsuko commence le récit de ses souvenirs trente ans plus tôt, lors de sa première grossesse, quand elle se lia d'amitié avec la plus solitaire de ses voisines, Sachiko, une jeune veuve qui élevait seule sa fille. Au fil des discussions, l’écrivaine remarque une certaine discordance dans les souvenirs de sa mère… les fantômes de son passé semblent toujours là - silencieux, mais tenaces.

 

Sa fille Niki, jeune journaliste anglo-japonaise, vient lui rendre visite avec une idée précise : écrire un livre sur le passé de sa mère à Nagasaki, après le bombardement atomique du 9 août 1945. Ce point de départ intime ouvre la porte à une série de souvenirs, de récits fragmentés et de zones d’ombre. À mesure que Niki interroge sa mère, le film bascule régulièrement dans le passé, au Japon du début des années 50, encore marqué par les conséquences humaines, sociales et psychologiques de la bombe. Etsuko y apparaît plus jeune, vivant dans une société patriarcale en pleine mutation, cherchant sa place dans un monde qui lui demande de changer sans lui en donner réellement les moyens.

 

Là-bas, elle se lie d’amitié avec Sachiko, une voisine veuve qui élève seule sa fille Mariko et rêve de quitter le Japon pour les États-Unis. Cette relation devient rapidement centrale dans le récit, au point de susciter une confusion durable. Qui est vraiment Mariko ? Est-elle une enfant distincte ou une projection, un double fantasmé, un souvenir déformé ? Le film ne tranche jamais clairement, et cette ambiguïté a beaucoup fait parler lors de sa présentation à Cannes, dans la section Un Certain Regard. Cette absence de clarté est à la fois la force et la faiblesse de Lumière pâle sur les collines. Le film cherche à traduire les mécanismes de la mémoire : ce que l’on cache, ce que l’on transforme, ce que l’on préfère oublier. 

 

Sur le principe, l’idée est pertinente. Dans les faits, elle crée souvent une distance avec le spectateur. Le récit devient parfois trop opaque pour réellement toucher. Le rythme y est pour beaucoup. Le film est très lent, surtout dans sa première moitié. Les dialogues sont rares, souvent retenus, parfois presque figés. Kei Ishikawa privilégie les silences, les regards, les gestes esquissés. Cette pudeur constante empêche l’émotion de circuler librement. Les personnages semblent enfermés dans leurs non-dits, et le film l’est avec eux. Visuellement, en revanche, Lumière pâle sur les collines est irréprochable. La photographie est soignée, presque trop belle par moments. 

 

Le Nagasaki d’après-guerre est filmé avec une douceur troublante, comme si la caméra refusait frontalement l’horreur pour se concentrer sur ses traces. La campagne anglaise des années 80, elle, apparaît calme, presque figée, en contraste total avec ce passé enfoui. Cette beauté formelle donne parfois l’impression d’un film très maîtrisé, mais aussi un peu artificiel. Les actrices portent le film avec sérieux. Suzu Hirose, dans le rôle de la jeune Etsuko, propose une interprétation tout en retenue, fragile, presque effacée. Yoh Yoshida, qui incarne Etsuko plus âgée, dégage une fatigue silencieuse, celle d’une femme qui a trop longtemps porté ses souvenirs seule. 

 

Camilla Aiko, dans le rôle de Niki, agit davantage comme un point d’ancrage narratif que comme un vrai moteur émotionnel, ce qui renforce encore la distance ressentie. Le film aborde pourtant des thèmes forts : le traumatisme nucléaire, la transmission entre générations, la culpabilité, le poids du patriarcat, le désir de fuite et la difficulté de se reconstruire. Mais à force de vouloir tout suggérer, Lumière pâle sur les collines finit par trop peu montrer. Le procédé de la narratrice peu fiable, très efficace en littérature, fonctionne beaucoup moins bien au cinéma. Les ellipses et les flous, au lieu d’intriguer, finissent par désorienter. Plus le film avance, plus la confusion s’installe. 

 

Certaines scènes semblent volontairement ambiguës, au point de donner le sentiment que le film se regarde réfléchir. La fin, subtile sur le papier, laisse beaucoup de spectateurs dans le flou, avec plus de questions que de réponses. Cette sensation d’avoir été mené quelque part sans vraiment savoir pourquoi peut frustrer. Il serait injuste de dire que Lumière pâle sur les collines est un échec. Le film est sincère, respectueux de l’œuvre originale, et animé par une vraie volonté de traiter un passé douloureux avec délicatesse. Mais il reste trop froid, trop distant, trop enfermé dans son élégance. L’émotion arrive tardivement, presque trop tard, et ne suffit pas à compenser une première heure laborieuse. 

 

Note : 6/10. En bref, Lumière pâle sur les collines ressemble à un bel objet cinématographique qui impressionne par sa forme mais peine à toucher durablement. Un film qui donne surtout envie de lire le roman de Kazuo Ishiguro, pour y trouver la clarté et la profondeur que le cinéma, ici, n’arrive qu’à effleurer.

Sorti le 15 octobre 2025 au cinéma - Prochainement en VOD

 

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