26 Février 2026
Marty Supreme // De Josh Safdie. Avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow et Odessa A’zion.
Avec Marty Supreme, Josh Safdie signe son premier film en solo après ses collaborations marquantes avec son frère. Inspiré librement de la trajectoire du pongiste Marty Reisman, le film plonge dans le New York du début des années 50 et suit l’ascension chaotique de Marty Mauser, vendeur de chaussures convaincu d’être destiné à devenir champion du monde de tennis de table. Sur le papier, l’idée intrigue. À l’écran, le résultat est plus contrasté. Dès les premières minutes, Marty Supreme impose son style : caméra nerveuse, montage tendu, musique omniprésente, dialogues qui se superposent.
Marty Mauser, un jeune homme à l’ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.
Impossible de ne pas penser à Uncut Gems ou à Good Time, tant le film reprend cette sensation d’urgence permanente. Josh Safdie reste fidèle à ce qu’il sait faire : créer du mouvement, de la tension, et placer son personnage principal dans une spirale de décisions hasardeuses. Le problème, c’est que cette énergie constante finit par étouffer le reste. Pendant près d’une heure, Marty Supreme donne l’impression de vouloir impressionner à chaque plan. La forme prend le dessus sur le fond. La mise en scène multiplie les zooms, les travellings, les séquences frénétiques autour des tables de ping-pong, comme si chaque échange devait être un combat existentiel. L’effet est parfois grisant, souvent fatigant.
Au centre de ce chaos, Timothée Chalamet livre une performance intense. Il incarne un Marty ambitieux, arrogant, menteur, persuadé que le monde lui doit quelque chose. L’acteur se donne sans retenue et porte le film sur ses épaules pendant 2h30. Il capte parfaitement la gouaille et l’énergie d’un jeune homme obsédé par la réussite sociale. Son jeu physique, nerveux, presque électrique, donne du relief à un personnage pourtant difficile à aimer. Car c’est là que le bât blesse : Marty est antipathique du début à la fin. Manipulateur, prêt à sacrifier ses proches pour un titre dans un sport qui ne promet ni fortune ni gloire durable, il avance sans réelle remise en question.
Le film s’inscrit dans une tradition très américaine du rêve individuel à tout prix, cette volonté de sortir du lot, coûte que coûte. Mais Marty Supreme ne prend jamais vraiment le temps d’interroger cette obsession. Il la montre, il l’accompagne, mais il ne la questionne pas assez. La relation avec le personnage interprété par Gwyneth Paltrow aurait pu apporter de la nuance. Elle reste finalement en arrière-plan, souvent réduite à sa fonction narrative. Dommage, car certaines scènes laissent entrevoir une autre dimension possible du film, plus intime, moins démonstrative. Les personnages secondaires, malgré un casting éclectique (avec notamment la présence d’Abel Ferrara), peinent eux aussi à exister en dehors de l’orbite de Marty.
Visuellement, en revanche, difficile de nier la réussite. La photographie signée Darius Khondji apporte une vraie texture au New York des années 50. Les lumières, les couleurs, les intérieurs enfumés donnent une profondeur presque organique à l’image. Certaines séquences de ping-pong sont impressionnantes de maîtrise technique et traduisent bien la tension psychologique des affrontements. La bande originale, volontairement anachronique avec ses sonorités plus proches des années 80 que des fifties, crée un décalage intéressant. Par moments, cela dynamise le récit. À d’autres, cela accentue le côté criard du film.
Ce choix participe à l’identité de Marty Supreme, mais renforce aussi cette impression de trop-plein permanent. Le scénario accumule les péripéties : combines douteuses, mensonges, rivalités, humiliations publiques. Certaines idées sont fortes, d’autres paraissent ajoutées pour pousser encore plus loin l’excès. À force de surenchère, le récit devient brouillon. L’arc narratif lié à un chien, par exemple, marque un tournant inattendu et apporte un peu d’air au film. À partir de là, le rythme se pose légèrement, les enjeux se clarifient, et l’ensemble gagne en cohérence. Dans sa dernière ligne droite, Marty Supreme révèle une dimension plus proche du récit initiatique que du simple biopic sportif. Ce virage surprend.
Il adoucit le propos et donne un sens plus large à cette succession de galères. La conclusion, douce-amère, laisse une impression mitigée. Elle cherche l’émotion sans tomber totalement dans la facilité, mais elle arrive tard. Après 2h30 d’agitation, l’impact est moins fort qu’espéré. Le film souffre surtout de sa longueur. Certaines scènes semblent exister davantage pour leur intensité immédiate que pour leur nécessité narrative. La volonté d’en faire toujours plus finit par diluer ce qui aurait pu être un portrait plus ciselé. Il y a du cinéma, indéniablement. De vraies idées de mise en scène, une direction d’acteurs solide, une identité visuelle marquée. Mais l’ensemble manque de retenue.
Marty Supreme reste une expérience immersive, parfois fascinante, parfois épuisante. Il capte quelque chose de très juste sur l’ego, la soif de reconnaissance, la peur de rester invisible. Pourtant, en quittant la salle, peu d’images persistent vraiment. Le film impressionne plus qu’il ne marque. En définitive, Marty Supreme est un biopic sportif atypique, ambitieux, porté par un Timothée Chalamet investi et une mise en scène maîtrisée, mais handicapé par son excès permanent. Un film qui commence très fort, qui s’éparpille beaucoup, et qui termine de manière correcte sans totalement convaincre. Une œuvre généreuse, imparfaite, qui confirme la singularité de Josh Safdie sans atteindre l’équilibre que son sujet méritait.
Note : 6/10. En bref, Marty Supreme est un biopic sportif atypique, ambitieux, porté par un Timothée Chalamet investi et une mise en scène maîtrisée, mais handicapé par son excès permanent. Un film qui commence très fort, qui s’éparpille beaucoup, et qui termine de manière correcte sans totalement convaincre.
Sorti le 18 février 2026 au cinéma
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