Critique Ciné : Misdirection (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Misdirection (2026, direct to SVOD)

Misdirection // De Kevin Lewis. Avec Olga Kurylenko, Frank Grillo et Oliver Trevena.

 

Il y a des films qui surprennent. D’autres qui déçoivent. Et puis il y a Misdirection, qui donne surtout l’impression d’avoir été conçu comme un clip un peu stylé… étiré jusqu’à 84 minutes. L’idée de départ n’est pas absurde : un cambriolage qui tourne mal, trois personnages enfermés dans une maison, des secrets qui remontent à la surface. Sur le papier, ça peut fonctionner. À l’écran, c’est une autre histoire. Dans Misdirection, Sara (Olga Kurylenko) et Jason (Oliver Trevena) forment un duo de voleurs prêts à raccrocher. Comme toujours dans ce genre de récit, il reste “un dernier coup” avant la retraite. 

 

Un couple a réussi avec succès une série de cambriolages afin de rembourser une dette à la mafia. Lorsqu'ils tentent de cambrioler leur dernière victime, ils se retrouvent pris dans un jeu du chat et de la souris.

 

Leur cible : David Blume (Frank Grillo), avocat pénaliste fortuné, philanthrope en public, beaucoup plus ambigu en privé. Maison luxueuse, montres hors de prix, piscine intérieure, coffre bien rempli… la tentation est trop forte. Le plan est simple : attendre que David parte à un gala où il soigne sa réputation en évoquant son passé d’addiction et en signant des chèques confortables. Sara et Jason ont piraté les caméras de surveillance, étudié les habitudes, repéré le coffre et même mis la main sur le code. Tout semble millimétré. Sauf que David rentre plus tôt que prévu. Il comprend vite que quelque chose cloche. Il tire. Jason prend une balle dans le bras. Et le cambriolage se transforme en huis clos sous tension.

 

À partir de là, Misdirection s’enferme littéralement dans une chambre. David se retrouve menotté à un lit. Sara et Jason improvisent. Ils tentent d’extraire la balle, de garder le contrôle, de réfléchir à une sortie propre. Sur le papier, encore une fois, c’est une bonne base pour un thriller psychologique. Trois personnages, une situation instable, des mensonges, des retournements. Mais la mise en scène de Kevin Lewis peine à créer une vraie urgence. La tension est là par moments. Dès que les deux voleurs mettent les pieds dans la maison, un doute s’installe : quelque chose ne va pas se passer comme prévu. Le jeu sur les miroirs, les fenêtres, les reflets, apporte une dimension visuelle intéressante. 

 

Kevin Lewis, déjà passé par des ambiances néon dans Willy’s Wonderland, sait créer une esthétique sombre et colorée. Certaines images fonctionnent vraiment bien. Le problème, c’est tout ce qu’il y a autour. Le scénario signé Lacy McClory cherche à multiplier les révélations. Des informations sont gardées secrètes, des motivations sont cachées, puis révélées comme des bombes. L’idée n’est pas mauvaise en soi. Mais quand les personnages se dissimulent des éléments essentiels entre eux uniquement pour provoquer un twist, ça ressemble plus à une mécanique forcée qu’à un vrai suspense. Les échanges virent parfois au soap un peu maladroit, avec des aveux qui tombent au moment le plus pratique.

 

Il y a bien une tentative de jeu psychologique. David, en victime attachée, essaie de semer le doute entre Sara et Jason. Est-il vraiment pris au piège ou manipule-t-il la situation ? Frank Grillo apporte une certaine ambiguïté. Il s’en sort plutôt bien, notamment dans ces scènes où il oscille entre calme inquiétant et vulnérabilité calculée. C’est sans doute lui qui donne au film ses rares instants de trouble sincère. En revanche, du côté de Sara, l’interprétation d’Olga Kurylenko pose problème. L’actrice a déjà montré qu’elle pouvait tenir un rôle solide – il suffit de se souvenir de Quantum of Solace pour s’en convaincre – mais ici, la connexion avec son personnage ne prend jamais vraiment. 

 

Les dialogues sont parfois récités de façon mécanique, les expressions basculent vite dans le mélodrame. Le personnage est censé porter une grande partie du film, et c’est peut-être là que Misdirection vacille. Oliver Trevena s’en sort de manière plus discrète. Son Jason est crédible dans la douleur, dans la panique, dans la fatigue. Mais il reste en retrait, et le scénario ne lui donne pas assez de matière pour exister pleinement. Avec un casting aussi réduit, la moindre faiblesse se voit immédiatement. Il n’y a personne pour rattraper les moments creux. Et des moments creux, il y en a. Le premier acte prend son temps, peut-être un peu trop pour un film censé parler de braquage. 

 

La préparation technologique, la surveillance à distance, les allers-retours entre la maison et le gala… tout cela étire une intrigue pourtant minimaliste. À 84 minutes, Misdirection ne devrait jamais sembler long. Pourtant, certaines séquences donnent l’impression de remplir le temps plus que de le faire avancer. La bande-son ajoute une couche de confusion. Les choix musicaux ne sont pas forcément mauvais, mais leur utilisation surprend. Des morceaux rock débarquent à des moments où un silence tendu aurait été plus efficace. Le volume couvre parfois les dialogues. Dans un huis clos centré sur les échanges verbaux, ce n’est pas l’idée du siècle. Il reste malgré tout quelques éléments à sauver. 

 

Les scènes d’action, quand elles arrivent enfin, sont plutôt bien orchestrées. La violence est sèche, sans trop d’esbroufe. Le huis clos fonctionne par instants, notamment quand la paranoïa s’installe et que chacun commence à soupçonner l’autre. Il y a aussi une tentative d’aborder des thèmes plus sombres, avec des découvertes troublantes dans la maison de David, qui ajoutent une couche de malaise. Mais la crédibilité en prend un coup. Certains plans d’évasion semblent irréalistes. L’idée de maquiller la scène pour faire croire à un suicide, alors que la porte a été forcée et le coffre vidé, relève d’un optimisme presque naïf. 

 

Les personnages élaborent des stratégies qui feraient sourire plus d’un enquêteur.  Cela enlève une partie de l’impact dramatique. Alors, que vaut vraiment Misdirection ? Ce n’est pas un désastre total. Ce n’est pas non plus une révélation. Le film ressemble à un projet de court métrage étiré jusqu’au format long. Il y a des idées, une ambiance, quelques moments de tension. Mais l’ensemble manque de cohérence et de rigueur. Au final, Misdirection se regarde sans ennui total, surtout si l’on accepte de mettre la logique de côté. L’expérience reste divertissante par séquences, notamment grâce à Frank Grillo et à une mise en scène visuellement travaillée. Mais le film laisse une impression d’inachevé. Un thriller à huis clos qui promet des jeux d’esprit complexes, et qui finit par se perdre dans ses propres détours.

 

Note : 4/10. En bref, cambriolage sous néons et dialogues en roue libre.

Prochainement en France en SVOD

 

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