2 Février 2026
Primate // De Johannes Roberts. Avec Johnny Sequoyah, Jessica Alexander et Victoria Wyant.
Avec Primate, Johannes Roberts continue son petit tour du bestiaire horrifique. Après les requins de 47 Meters Down, le réalisateur s’attaque cette fois à un animal qu’on imagine rarement comme une menace directe : le primate. Et c’est précisément là que le film trouve son angle d’attaque. Sans chercher à être malin ou profond, Primate joue une carte simple, presque primitive : remettre l’humain face à une bête imprévisible, violente, et clairement pas domestiquable. Le résultat est un film d’horreur de série B qui connaît ses limites, mais aussi ses forces. Dès le départ, le ton est donné. Primate ne prétend pas révolutionner le cinéma d’horreur.
PRIMATE suit un groupe d’amis dont le séjour idyllique sur une île lointaine dégénère en un affrontement bestial.
Il n’y a pas de discours social lourd, pas de message caché sur l’écologie ou la domination humaine. Le film avance droit devant, avec une idée centrale très claire : un singe devient une menace mortelle, et un groupe de personnages se retrouve coincé avec lui. Le dispositif est celui du huis clos, du survival pur et dur, sans détours inutiles. Cette simplicité narrative peut sembler pauvre sur le papier, mais elle permet au film d’aller à l’essentiel. Le scénario tient effectivement sur peu de choses. Des personnages arrivent dans un lieu isolé, une situation dégénère, et la violence s’invite rapidement. Rien de très surprenant pour les habitués du genre. Pourtant, Primate parvient à installer une tension assez constante.
Le climat anxiogène est présent dès les premières minutes, laissant peu de temps pour s’attacher aux protagonistes. Ce n’est pas vraiment un problème, car le film ne cherche jamais à provoquer une forte empathie. Ici, l’important, c’est la peur immédiate et l’attente du prochain dérapage. Johannes Roberts sait comment filmer des animaux tueurs, et ça se sent. La mise en scène est efficace, parfois inventive, même si elle reste dans des codes très connus. On pense autant à Cujo qu’à certains slashers des années 80, avec ce mélange de tension poisseuse, de violence frontale et de personnages pas toujours très futés.
Le film ne se moque pas ouvertement de ses figures humaines, mais il ne cherche pas non plus à les rendre brillantes. Certains choix sont fatigants à la longue, notamment cette galerie de personnages qui accumulent les mauvaises décisions. C’est un cliché du genre, assumé, mais qui peut agacer. Là où Primate fonctionne mieux, c’est dans sa gestion du rythme. Le film ne traîne pas. En une heure et demie, il enchaîne les situations de danger sans vraiment lever le pied. La tension ne retombe presque jamais, et même si certaines scènes sont plus prévisibles que d’autres, l’ensemble reste engageant.
Johannes Roberts ne laisse pas beaucoup d’espace pour respirer, et cette sensation d’étouffement colle bien à l’idée d’un animal imprévisible rôdant dans un espace clos. Côté gore, Primate ne fait pas semblant. Le film est interdit aux moins de 16 ans pour une bonne raison. Mâchoires arrachées, chair déchiquetée, éclaboussures d’hémoglobine : le contrat est respecté. Sans tomber dans une surenchère permanente, le film offre suffisamment de moments graphiques pour satisfaire les amateurs d’horreur viscérale. Certaines scènes servent clairement à masquer la paresse du scénario, mais elles remplissent leur fonction principale : provoquer des sursauts et maintenir l’attention. L’humour, lui, est présent par petites touches.
Quelques répliques bien senties viennent alléger l’ensemble, souvent de manière absurde. Des phrases comme « mais qui a un chimpanzé pour animal de compagnie ? » fonctionnent justement parce qu’elles soulignent l’absurdité de la situation. Cet humour reste discret et plutôt efficace, même si, sur la fin, certaines tentatives tombent un peu à plat et donnent l’impression de ridiculiser ce qui fonctionnait jusque-là. C’est dommage, car le film gagnait à rester sérieux dans sa proposition brutale. Les performances des acteurs ne sont clairement pas l’argument principal de Primate. Le jeu est souvent limité, parfois mécanique, et l’attachement aux personnages reste faible.
Étonnamment, cela ne nuit pas tant que ça à l’expérience. Le film ne repose pas sur l’émotion, mais sur l’instinct et la peur immédiate. Dans ce cadre, ces faiblesses deviennent presque secondaires. Primate avance comme un train fantôme : l’intérêt réside dans les virages violents, pas dans la psychologie des passagers. Visuellement, le film s’en sort plutôt bien. Les décors sont exploités de manière correcte, même si le réalisateur ne s’amuse pas toujours autant qu’il pourrait avec l’espace. Certains plans sont efficaces, d’autres plus fonctionnels, mais l’ensemble reste cohérent. La bande originale mérite d’être soulignée : elle accompagne bien la montée de tension et renforce l’atmosphère oppressante, sans chercher à en faire trop.
Au final, Primate peut se lire de deux façons. Du côté du verre à moitié vide, c’est une série B bancale, parfois absurde, remplie d’invraisemblances et de personnages pénibles. Du côté du verre à moitié plein, c’est exactement ce qu’il promet : un survival animalier gore, tendu, généreux en frissons, avec un concept simple mais exploité jusqu’au bout. Et comme le film ne cherche jamais à être autre chose, il évite l’écueil du message forcé ou de la prétention mal placée. Pour qui cherche une expérience directe, sale, sans détour intellectuel, le film fait le travail. Pas plus, pas moins. Et parfois, c’est largement suffisant pour passer une bonne soirée sous tension.
Note : 7/10. En bref, Primate s’assume pleinement comme un film d’horreur de série B. Il est imparfait, parfois maladroit, mais il reste honnête dans sa démarche. Il ne caresse pas le spectateur dans le sens du poil, il l’attrape et le secoue pendant quatre-vingt-dix minutes.
Sorti le 21 janvier 2026 au cinéma
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