10 Février 2026
Reconnu Coupable // De Timur Bekmambetov. Avec Chris Pratt, Rebecca Ferguson et Annabelle Wallis.
Avec Reconnu coupable, Timur Bekmambetov poursuit une trajectoire assez cohérente dans sa filmographie récente. Le réalisateur russe continue d’explorer des formes narratives très marquées par le numérique, au point d’en faire presque une signature. Ici, il s’attaque à un thriller d’anticipation centré sur la justice algorithmique et la surveillance généralisée, un sujet dans l’air du temps, mais déjà bien balisé au cinéma. L’histoire se déroule dans un futur proche. Un nouveau système baptisé Mercy promet de révolutionner la justice : une intelligence artificielle capable d’analyser des masses de données pour juger et condamner les criminels en un temps record.
Dans un futur proche, un détective est accusé du meurtre de sa femme. Jugé par une intelligence artificielle ultra-performante, qu'il a lui-même contribué à mettre en place, il n'a que 90 minutes pour prouver son innocence... avant qu'elle ne scelle son sort.
Le lieutenant Raven, policier impliqué dans la création de ce tribunal automatisé, en est l’un des plus fervents défenseurs. Jusqu’au jour où il se retrouve lui-même accusé du meurtre de sa femme. Coincé dans un fauteuil face à l’interface froide de Mercy, il doit prouver son innocence en temps réel, sous peine d’être condamné par la machine qu’il a aidé à mettre en place. Ce point de départ fonctionne plutôt bien. Il rappelle forcément Minority Report, sans jamais atteindre la complexité ni la profondeur du film de Spielberg. Reconnu coupable préfère aller droit au but : un compte à rebours, un espace clos, une pression constante. Le film adopte largement le procédé du screenlife movie, avec une accumulation d’écrans, de flux vidéo, de données et de caméras de surveillance.
Visuellement, le résultat est discutable. L’esthétique est souvent chargée, parfois franchement peu élégante, mais le montage nerveux parvient à créer un rythme qui maintient l’attention. Timur Bekmambetov n’en est pas à son coup d’essai avec ce format. Il l’a déjà exploré comme producteur (Searching – Portée disparue, Unfriended: Dark Web) et comme réalisateur (Profile). Dans Reconnu coupable, il tente de faire cohabiter cette narration ultra-numérique avec une mise en scène plus classique. Le film alterne ainsi entre les écrans omniprésents et des plans plus traditionnels sur le visage du héros, souvent filmé de face, presque prisonnier du cadre. L’idée est intéressante, même si elle reste assez sage dans son exécution.
Le casting repose essentiellement sur deux têtes d’affiche. Chris Pratt incarne le lieutenant Raven, cloué sur son siège pendant une bonne partie du film. Un choix pratique, puisqu’il s’agit surtout de faire passer des émotions par le regard et la voix. L’acteur fait le travail sans réellement surprendre, dans un registre sérieux qui ne sort jamais de sa zone de confort. En face, Rebecca Ferguson prête ses traits à Mercy, l’IA juge, jury et bourreau. Son rôle se limite en grande partie à un visage lisse et impassible, mais sa présence apporte une certaine tension, notamment grâce à un jeu très contrôlé, presque clinique. Là où Reconnu coupable divise davantage, c’est sur l’écriture.
Le scénario démarre de manière efficace, installe rapidement ses enjeux et plonge le spectateur dans une ambiance de procès sous haute surveillance. Le problème, c’est que le film peine à aller au-delà de son concept. La réflexion sur la responsabilité humaine face aux dérives de l’intelligence artificielle est évoquée, surtout dans le dernier acte, mais elle reste assez superficielle. Le discours sur la surveillance de masse et l’utilisation des données personnelles est parfois flou, comme si le film hésitait à vraiment prendre position. Le récit gagne en rythme dans sa seconde moitié, avec plusieurs retournements de situation et une montée de la tension liée au compte à rebours permanent.
Certains rebondissements sont prévisibles, d’autres un peu forcés, notamment dans un final qui frôle le rocambolesque. À force de vouloir élargir son intrigue vers une conspiration plus vaste, le film perd en crédibilité ce qu’il gagne en agitation. Sur le plan technique, Reconnu coupable montre clairement où sont passés les moyens : interfaces numériques, scènes d’action finales, poursuites spectaculaires. Pourtant, même ces moments-là donnent parfois une impression de déjà-vu. Le semi-huis clos finit aussi par fatiguer, renforçant ce sentiment de film très conceptuel, mais un peu statique. Au final, Reconnu coupable est un thriller de science-fiction qui se regarde sans déplaisir, porté par un tempo soutenu et une idée de départ pertinente.
Il manque cependant de finesse, de surprise et d’audace pour réellement marquer les esprits. Le film ressemble davantage à une production pensée pour une plateforme de streaming qu’à une œuvre conçue pour le grand écran. Dans un salon, l’expérience fonctionne très bien. En salle, l’intérêt est plus discutable. Timur Bekmambetov livre ici un divertissement correct, parfois prenant, mais rarement marquant. Cependant, c’est moins pire que ce que j’avais imaginé en allant voir le film au cinéma. Disons que ça passe pour un dimanche soir.
Note : 5/10. En bref, un thriller d’anticipation efficace mais sans grande prise de risque. Un petit film de plateforme qui a eu les honneurs d’une sortie cinéma.
Sorti le 28 janvier 2026 au cinéma
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