7 Février 2026
Redux Redux // De Matthew McManus et Kevin McManus. Avec Michaela McManus, Jim Cummings et Jeremy Holm.
Avec Redux Redux, Kevin et Matthew McManus proposent un film qui mélange plusieurs genres sans chercher à les lisser. Le point de départ est simple, presque brutal : une mère traverse des réalités parallèles pour tuer encore et encore l’homme responsable de la mort de sa fille. Pas pour le plaisir, ni même pour la vengeance pure, mais dans l’espoir absurde qu’un monde existe où tout aurait pu se passer autrement. Le film s’inscrit à la croisée du thriller, du drame du deuil et de la science-fiction artisanale. Le multivers n’y est pas un terrain de jeu spectaculaire, mais un mécanisme répétitif, froid, presque administratif.
Irene Kelly voyage à travers des univers parallèles, tuant à répétition l’assassin de sa fille. Habitée par la haine et le désir de vengeance, son humanité ne tient plus qu’à un fil…
Chaque saut ressemble davantage à une rechute qu’à une libération. Irene Kelly est au centre de Redux Redux. Ancienne mère, désormais coquille vide, elle répète inlassablement le même rituel : localiser Neville, le tueur en série responsable du meurtre de sa fille, et l’éliminer. Elle possède une machine qui lui permet de changer de réalité, mais le résultat reste toujours le même. Le décor varie à peine, la fonction de Neville change légèrement, mais la perte demeure. Ce qui rend cette mécanique éprouvante, c’est sa dimension émotionnelle. Tuer une fois ne guérit rien. Le faire des centaines de fois ne fait qu’user un peu plus Irene.
Le film montre une femme vidée de tout, incapable de trouver une forme de clôture. Le multivers devient alors une métaphore directe du deuil : une succession de “et si” qui ne mènent nulle part. Michaela McManus incarne cette fatigue morale avec retenue. Le jeu est discret, presque effacé. Les gestes comptent plus que les mots, et cette économie fonctionne. Irene n’est pas une héroïne d’action, mais une survivante figée dans le passé. Face à elle, Neville est un antagoniste étrange. Il ne change jamais vraiment. Son apparence, son emploi, son cadre de vie varient légèrement, mais son essence reste intacte. Cette constance rend le personnage encore plus dérangeant.
Le danger ne vient pas d’un monstre spectaculaire, mais d’une figure banale, installée dans des lieux ordinaires : un diner, une chambre de motel, un espace familier. Jeremy Holm joue ce rôle sans excès. La menace est contenue, presque neutre, ce qui renforce l’inconfort. Le film ne cherche pas à expliquer Neville ni à lui donner une profondeur psychologique. Il est là, encore et encore, comme un rappel constant de l’irréversibilité de la violence. L’équilibre répétitif du récit change lorsque Irene arrive dans une réalité où une victime parvient à s’échapper. Cette adolescente, Mia, refuse d’être un dommage collatéral de la boucle de vengeance d’Irene. Leur rencontre agit comme une perturbation dans un système figé.
Mia apporte quelque chose de nouveau : une volonté de vivre, une résistance immédiate. Stella Marcus lui donne une énergie nerveuse, parfois brute, qui contraste avec l’épuisement d’Irene. La relation qui se crée entre elles n’est jamais confortable. Elle repose sur la méfiance, la nécessité, puis progressivement sur une forme de protection mutuelle. Cette dynamique donne enfin au film une autre direction. Il ne s’agit plus seulement de tuer Neville, mais de se demander ce que signifie sauver quelqu’un, même si ce n’est pas la bonne personne, même si ce n’est pas “la fille perdue”. Redux Redux adopte une narration en boucles. Chaque retour modifie des détails : un costume, une lumière, un lieu.
Cette répétition est cohérente avec le propos, mais elle peut aussi peser. Certaines séquences s’étirent sans apporter d’éléments nouveaux, donnant parfois l’impression que le film tourne en rond volontairement, au risque de fatiguer. À l’inverse, d’autres moments arrivent trop vite, notamment certaines décisions importantes d’Irene. Le film préfère suggérer plutôt qu’expliquer, ce qui fonctionne sur le plan émotionnel, mais laisse parfois des zones floues sur le plan narratif. Visuellement, Redux Redux reste ancré dans une réalité reconnaissable. Los Angeles apparaît comme une ville usée, presque interchangeable d’une timeline à l’autre. Les variations se font par petites touches : un papier peint, un éclairage, un angle de caméra.
La machine de saut, en forme de cercueil métallique, est l’un des symboles les plus forts du film. Elle rappelle que chaque tentative de correction passe par une forme de mort symbolique. La photographie alterne entre plans serrés et vues plus larges de la ville, renforçant l’idée d’un enfermement intérieur malgré l’immensité des mondes possibles. Le travail sonore joue aussi un rôle important. Les silences prennent souvent le dessus lors des meurtres, rendant ces moments moins spectaculaires et plus pesants. La musique électronique accompagne le récit sans chercher à le souligner excessivement.
Redux Redux n’essaie pas de redéfinir le film de multivers. Il utilise ce concept comme un outil, pas comme une finalité. Le cœur du film reste la question du deuil et de l’illusion de contrôle. Pouvoir changer de réalité ne signifie pas pouvoir réparer ce qui a été brisé. Le scénario montre clairement que la vengeance n’est pas une réponse durable. Elle occupe, elle distrait, mais elle n’apaise pas. En introduisant Mia, le film déplace progressivement son regard vers la transmission, la responsabilité et la possibilité de protéger plutôt que de punir. Ce n’est pas un film de science-fiction démonstratif, ni un simple thriller de vengeance. C’est une œuvre qui parle d’obsession, de perte et de la difficulté à accepter qu’aucun saut, aussi radical soit-il, ne permet d’effacer une absence.
Note : 6/10. En bref, Redux Redux est un film à petit budget qui assume ses limites. Certaines répétitions peuvent lasser, et plusieurs zones du récit restent volontairement peu développées. Pourtant, l’ensemble tient grâce à une ligne émotionnelle claire et à un engagement sincère envers ses personnages.
Prochainement en France en VOD
Sorti le 7 février 2026 au cinéma en séance unique à La Cinémathèque française (Paris 12ème)
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