Critique Ciné : The Chronology of Water (2025)

Critique Ciné : The Chronology of Water (2025)

The Chronology of Water // De Kristen Stewart. Avec Imogen Poots, Thora Birch et James Belushi.

 

Voir le nom de Kristen Stewart associé à la réalisation d’un film présenté dans des festivals comme Cannes ou Deauville aurait semblé improbable il y a encore une dizaine d’années. Longtemps cantonnée à des rôles très exposés, parfois mal compris, l’actrice a peu à peu tracé un chemin plus discret mais plus personnel. The Chronology of Water marque une étape importante : son premier long-métrage en tant que réalisatrice, et clairement pas un projet anodin. Le film est l’adaptation du livre autobiographique de Lidia Yuknavitch. Il raconte le parcours chaotique d’une femme marquée dès l’enfance par des abus sexuels, une violence familiale omniprésente, puis une succession d’excès à l’âge adulte. 

 

Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

 

Drogue, alcool, sexualité sans limites, relations toxiques : tout semble devenir un moyen de survivre, ou au moins de ressentir quelque chose. L’écriture apparaît plus tard comme un possible point d’ancrage, sans jamais être présentée comme une solution miracle. Dès les premières minutes, The Chronology of Water annonce la couleur. Le récit est fragmenté, éclaté, volontairement désordonné. Kristen Stewart ne cherche pas à raconter une vie de manière classique ou chronologique. Le film fonctionne plutôt comme une suite de souvenirs, de sensations, de chocs émotionnels. Le montage est haché, parfois agressif, avec une accumulation d’images, de sons, de voix off et de ruptures de ton. 

 

Cette approche peut déstabiliser, voire fatiguer, mais elle correspond clairement à l’état mental du personnage principal. L’eau est le fil conducteur du film. Elle est partout : dans la natation, dans les douches, dans le sang, dans la mer. Elle symbolise à la fois l’apaisement, la menace, la perte et la reconstruction. Kristen Stewart utilise ce motif de manière insistante, parfois jusqu’à l’excès. À force de répétition, le symbole finit par devenir un peu trop appuyé, mais il reste cohérent avec le propos global du film, centré sur le corps et la mémoire. La mise en scène est très physique. La caméra bouge beaucoup, s’approche des corps, capte des textures, des détails. 

 

Le son joue aussi un rôle important, souvent envahissant, avec des bruitages et une musique rock omniprésents. Cette saturation sensorielle crée une tension constante. Il y a peu de moments de calme, peu de respiration. Le film donne parfois l’impression de ne jamais vouloir relâcher la pression, comme s’il craignait de perdre le spectateur en chemin. Imogen Poots incarne Lidia avec un engagement impressionnant. Son jeu est avant tout corporel. Tout passe par les gestes, les regards, la manière d’occuper l’espace. Elle donne au personnage une fragilité permanente, mêlée à une forme de rage sourde. Cette performance porte clairement le film, même si elle rend aussi certaines scènes difficiles à encaisser. 

 

Le visionnage peut devenir éprouvant, non pas par voyeurisme, mais par accumulation d’émotions négatives. Le film aborde frontalement des sujets délicats, notamment la sexualité après le traumatisme. The Chronology of Water refuse une vision simpliste ou morale. La sexualité n’est ni idéalisée ni condamnée. Elle est montrée comme un terrain instable, parfois destructeur, parfois libérateur. Cette approche est intéressante, car elle évite les discours trop balisés et laisse place à des zones grises, inconfortables mais honnêtes. Cependant, la seconde moitié du film peine à renouveler ce qu’elle met en place. Les effets de style se répètent, le chaos reste constant sans vraiment évoluer. 

 

Là où le début intrigue par sa radicalité, la suite donne parfois l’impression de tourner en rond. Une écriture plus resserrée, quelques silences supplémentaires, auraient sans doute permis au propos de gagner en impact. Il faut aussi accepter que The Chronology of Water n’est pas un film accessible. Il ne cherche pas à séduire ni à expliquer. Certaines intentions restent floues, certains passages semblent volontairement opaques. Ce choix peut frustrer, mais il s’inscrit dans une démarche très personnelle. Kristen Stewart filme davantage un ressenti qu’un récit, quitte à perdre une partie du public en route. Malgré ses limites, le film témoigne d’une vraie sincérité.  On sent une réalisatrice investie, habitée par son sujet, qui ose des choix radicaux sans chercher à les adoucir. 

 

Note : 6/10. En bref, Kristen Stewart passe derrière la caméra pour un film brut et dérangeant plutôt réussi. The Chronology of Water est imparfait, parfois excessif, mais difficile à ignorer. Il confirme surtout que Kristen Stewart ne se contente pas d’un simple passage derrière la caméra, mais qu’elle cherche déjà à imposer une voix, même maladroite, dans le paysage du cinéma indépendant.

Sorti le 15 octobre 2025 au cinéma

 

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