9 Février 2026
The Mastermind // De Kelly Reichardt. Avec Josh O'Connor, Alana Haim et John Magaro.
The Mastermind, présenté en compétition officielle à Cannes 2025, marque un sérieux faux pas dans le cinéma de Kelly Reichardt. Sur le papier, l’idée avait de quoi intriguer : un film de braquage sans glamour, situé dans l’Amérique des années 1970, porté par Josh O’Connor dans le rôle d’un père de famille dépassé. À l’écran, l’expérience se révèle longue, molle, et étonnamment creuse. L’histoire suit JB Mooney, un artiste raté confronté à des difficultés financières. Marié, père de deux enfants, il mène une vie discrète dans une petite ville, loin des grands bouleversements politiques de l’époque, pourtant marquée par la guerre du Vietnam.
Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d'un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d'œuvres d'art. Avec deux complices, il s'introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.
Lorsqu’il réalise que le musée d’art local est très peu sécurisé, il monte un plan pour voler plusieurs tableaux, aidé par deux complices peu inspirés. Le casse est censé être le point de bascule. Il devient surtout le début d’une errance interminable. Kelly Reichardt annonce vouloir revisiter le film de braquage, le fameux film de braquage, en le débarrassant de son côté spectaculaire. Ici, pas de génie criminel, pas de mécanique huilée, pas de tension basée sur la précision du plan. Le vol est maladroit, presque ridicule, et c’est clairement voulu. Le problème, c’est que ce choix narratif, intéressant au départ, s’étire jusqu’à l’épuisement. Certaines scènes durent bien trop longtemps pour ce qu’elles racontent.
Le camouflage des tableaux dans une ferme, filmé presque en temps réel, finit par provoquer l’ennui plutôt que l’inconfort. Le rythme est le principal point faible de The Mastermind. Le film avance à petits pas, sans jamais accélérer, sans véritable rupture. La cavale qui suit le braquage manque d’urgence, comme si chaque événement était traité avec la même intensité plate. Rien ne semble vraiment grave, ni vraiment important. Cette absence totale de tension narrative finit par désamorcer toute implication émotionnelle. Le personnage de JB Mooney, incarné par Josh O’Connor, pose également problème. L’acteur apporte un certain charme flegmatique, une maladresse touchante sur le papier.
Mais le scénario ne lui offre jamais de vraie profondeur. JB enchaîne les erreurs, subit les événements, ressasse son échec, sans jamais évoluer. Cette passivité constante rend le personnage difficile à suivre sur la durée. L’intention est claire : montrer un homme ordinaire qui se rêve plus malin qu’il ne l’est. À force d’insister sur son incompétence, le film le rend surtout antipathique et vide. Les personnages secondaires sont à peine esquissés. La famille de JB ressemble davantage à un décor qu’à un vrai noyau émotionnel. Quelques apparitions de Gaby Hoffman et John Magaro laissent entrevoir quelque chose de plus humain, mais ces moments sont trop courts pour contrebalancer l’ensemble.
Le reste du casting semble relégué au rang de simples accessoires narratifs, sans épaisseur ni enjeu. La mise en scène adopte une grande austérité. Plans fixes, cadres symétriques, couleurs sourdes : tout est maîtrisé, mais figé. Le silence, omniprésent, finit par ne plus rien dire. Là où le cinéma de Reichardt savait autrefois capter la solitude ou la fatigue du monde, The Mastermind donne l’impression d’un exercice appliqué, mais sans âme. Le réalisme revendiqué se transforme en neutralité, presque en absence de regard. La bande originale, très présente, joue un rôle ambigu. Composée de jazz et de trompette, elle cherche à installer une atmosphère rétro et nerveuse.
À force de répétition, elle devient envahissante, voire agaçante, soulignant artificiellement des scènes déjà trop étirées. Là encore, l’intention est perceptible, mais l’exécution lasse rapidement. Il y a pourtant des qualités à reconnaître. La photographie est élégante, les costumes soignés, et la première partie du film installe une ambiance plutôt séduisante. La scène du vol au musée, avec cette bande de pieds nickelés mal organisés, fonctionne presque comme une parenthèse ironique. Malheureusement, le film s’enlise juste après, incapable de transformer cette idée en véritable trajectoire. The Mastermind ressemble à un faux film de braquage vintage, minimaliste jusqu’à l’asphyxie.
La lenteur devient prévisible, l’errance répétitive, et l’intrigue se désagrège peu à peu. Le dernier plan, avec JB gesticulant derrière une vitre pour clamer son innocence, résume assez bien le sentiment général : un personnage enfermé dans son propre vide, et un film qui ne sait plus quoi raconter. Kelly Reichardt cherche à filmer l’échec, la perte de repères, la désillusion masculine. L’intention est respectable. Le résultat reste anecdotique, presque expérimental, et surtout très ennuyeux sur la durée. The Mastermind demande une vraie préparation, mais pas celle attendue : de la patience, beaucoup de patience. Un film qui observe l’échec sans jamais parvenir à en faire du cinéma vraiment vivant.
Note : 4/10. En bref, Kelly Reichardt cherche à filmer l’échec, la perte de repères, la désillusion masculine. L’intention est respectable. Le résultat reste anecdotique, presque expérimental, et surtout très ennuyeux sur la durée.
Sorti le 4 février 2026 au cinéma
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