20 Février 2026
Vous n’êtes pas seuls // De Marie-Hélène Viens et Philippe Lupien. Avec Pier-Luc Funk, Marianne Fortier et François Papineau.
Avec Vous n’êtes pas seuls, Marie-Hélène Viens et Philippe Lupien tentent un mélange assez rare dans le cinéma québécois : une histoire d’amour posée sur un fond de science-fiction. Sur le papier, l’idée intrigue. À l’écran, le résultat laisse un sentiment plus mitigé. Le film suit Léo, livreur de pizza un peu paumé, qui traverse la vie sans grand élan. Il livre, il boit, il traîne. Il n’a pas vraiment de projet ni d’ambition claire. Il existe, c’est tout. Sa routine bascule lorsqu’il rencontre Rita, une musicienne lumineuse qui voit en lui quelque chose qu’il ne perçoit pas lui-même. Leur relation démarre sur un ton léger, presque fragile, et devient rapidement le cœur émotionnel du récit.
Léo, un livreur de pizza solitaire et anxieux, tombe sur John, un mystérieux chauffeur de taxi à la recherche d’âmes esseulées. Cette rencontre insolite plonge le jeune homme dans un délire vertigineux, bouleversant l’éclosion de sa romance avec Rita. Alors que l’automne tire à sa fin et que les jours raccourcissent, le froid s’installe… Par chance, les premières flammes de l’amour réchauffent le cœur de Léo. Mais, attention : le feu, c’est dangereux.
En parallèle, un autre personnage observe Léo. Cet homme solitaire, interprété par François Papineau, n’est pas exactement humain. Sous ses airs banals se cache une entité extraterrestre qui cible les personnes isolées. Son objectif reste volontairement flou. On comprend qu’il cherche des âmes solitaires, peut-être pour survivre, peut-être pour autre chose. Rien n’est vraiment expliqué. Et c’est là que le film commence à diviser. D’un côté, Vous n’êtes pas seuls parle avec sincérité de solitude et de connexion. Le regard posé sur Léo est juste. Pier-Luc Funk incarne très bien ce jeune adulte un peu perdu, coincé entre l’envie de faire quelque chose de sa vie et la difficulté de savoir par où commencer.
Son jeu est naturel, presque discret. Il donne au personnage une vraie humanité. Face à lui, Marianne Fortier apporte une énergie différente. Rita est plus spontanée, plus vivante, et leur dynamique fonctionne. Il y a une douceur dans leurs scènes, une simplicité qui rend leur histoire crédible. De l’autre côté, la dimension science-fiction peine à convaincre complètement. L’idée d’un extraterrestre qui s’attaque aux solitaires aurait pu créer une tension forte. Mais le traitement reste énigmatique. Les motivations du personnage incarné par François Papineau sont à peine esquissées. Certaines scènes, notamment celles où il communique avec les siens à travers… un frigo, laissent perplexe.
Le film semble volontairement opaque, comme s’il refusait d’expliquer ses propres règles. Ce choix peut se défendre. Tout n’a pas besoin d’être surligné. Pourtant, ici, l’accumulation de zones d’ombre finit par frustrer. Pourquoi cette obsession pour le feu ? Comment fonctionne réellement cette capacité à entrer dans l’esprit des gens ? Que risque exactement Léo ? Le film ne donne pas de réponses claires. À force de suggérer sans préciser, il installe une distance. Visuellement, Vous n’êtes pas seuls affiche une vraie maîtrise. Les plans sont souvent longs, contemplatifs. La mise en scène privilégie une esthétique sobre, presque froide, qui colle bien au sentiment d’isolement du personnage principal.
Il y a un travail évident sur l’atmosphère. Certaines séquences dégagent une tension sourde, un malaise diffus qui fonctionne plutôt bien. Mais cette maîtrise technique ne suffit pas toujours à compenser un scénario parfois trop alambiqué. Le récit avance par touches, par sous-entendus. Il demande au spectateur de combler les vides. Cela peut créer une expérience immersive, mais aussi un certain flottement. J’ai souvent eu l’impression que le film retenait des informations essentielles, comme s’il craignait de devenir trop accessible. Ce qui sauve l’ensemble, ce sont les moments plus humains. Les scènes entre Léo et Rita apportent une respiration. Leur relation n’est pas idéalisée, elle reste fragile, hésitante.
On sent que Rita perçoit chez Léo une vulnérabilité qui la touche. Et lui, progressivement, commence à envisager autre chose qu’une vie en pilote automatique. Cette évolution est l’aspect le plus abouti du film. Quelques touches d’humour viennent aussi alléger l’ambiance. Une apparition inattendue de Roch Voisine dans une scène tendue surprend et arrache un sourire. De même, une séquence impliquant Micheline Lanctôt apporte un ancrage très concret, presque terre-à-terre, qui contraste avec la dimension extraterrestre. Ces moments montrent que les réalisateurs savent jouer avec les tonalités. Le problème, à mes yeux, vient surtout de l’équilibre entre les genres.
Vous n’êtes pas seuls hésite constamment entre romance et science-fiction. Il n’explore jamais complètement l’un ou l’autre. La menace extraterrestre manque d’impact. La romance, elle, est touchante mais parfois freinée par les détours du scénario. À vouloir mélanger les registres sans les assumer pleinement, le film donne l’impression de rester en surface. Je ne dirais pas que Vous n’êtes pas seuls est raté. Il y a une intention sincère, une envie de parler de solitude, de seconde chance, de ces rencontres qui peuvent changer une trajectoire. Mais l’exécution manque parfois de clarté. Le mystère devient un obstacle plutôt qu’un moteur.
Note : 5/10. En bref, Vous n’êtes pas seuls reste donc une proposition intéressante, imparfaite, qui séduira sans doute les amateurs de films d’auteur hybrides. Pour ma part, j’y ai vu un potentiel réel, freiné par un scénario trop opaque pour me convaincre totalement.
Sorti le 8 octobre 2025 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog