Critique Ciné : Agent Zeta (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Agent Zeta (2026, Amazon Prime Video)

Agent Zeta // De Dani de la Torre. Avec Mario Casas, Mariela Garriga et Luis Zahera.

 

Avec Agent Zeta, le cinéma d’espionnage espagnol tente clairement de jouer dans la cour des grands. Le film affiche une ambition évidente : proposer un thriller international, avec une intrigue dense, des agents secrets torturés et une enquête aux multiples ramifications. Sur le papier, tous les ingrédients sont là. À l’écran, le résultat laisse un sentiment plus mitigé. L’histoire suit un agent contraint d’interrompre ses vacances pour enquêter sur la mort de plusieurs anciens espions liés à une mission passée. Un survivant reste introuvable, et différentes agences semblent prêtes à tout pour le retrouver en premier.

 

Un agent espagnol du CNI, Zeta, est chargé de retrouver un ancien espion ayant participé à une mission d'infiltration 35 ans auparavant, avec un espion colombien, Alfa, qui tente également de le retrouver.

 

À partir de là, Agent Zeta promet une plongée dans les coulisses du renseignement, entre manipulations, secrets enfouis et trahisons. Mais très vite, le film donne l’impression de se compliquer sans raison. Les personnages s’accumulent, les dialogues s’enchaînent, et l’intrigue devient difficile à suivre. Au lieu de créer du mystère, cette densité finit par brouiller les pistes. Le spectateur passe plus de temps à essayer de comprendre qui est qui qu’à ressentir une réelle tension. Le problème ne vient pas seulement de la complexité. C’est surtout la manière dont le récit est construit qui pose question. Une grande partie du film repose sur des scènes où les personnages parlent, expliquent, racontent. 

 

L’enquête avance rarement par l’action ou l’observation, mais plutôt par des échanges souvent longs et parfois répétitifs. Cela donne une impression étrange : tout est dit, mais peu de choses sont vraiment vécues. Dans un thriller, le rythme joue un rôle essentiel. Ici, il peine à s’installer. Certaines séquences s’étirent, notamment celles centrées sur des souvenirs ou des événements passés. Les flashbacks sont nombreux, parfois trop. Ils alourdissent le récit au lieu de le dynamiser. À force de revenir en arrière, le film ralentit et perd en intensité. Le personnage principal aurait pu être un point d’ancrage solide. Pourtant, il reste assez lisse. 

 

Interprété par Mario Casas, l’agent Zeta manque de relief. Le jeu semble parfois mécanique, comme si les dialogues ne lui appartenaient pas vraiment. Il récite plus qu’il n’incarne. Ce manque d’implication se ressent et empêche de s’attacher à son parcours. À ses côtés, certains acteurs apportent un peu plus de présence. Luis Zahera, notamment, parvient à donner une certaine épaisseur à son personnage. Il impose une autorité naturelle, presque inquiétante. Mais même cette performance ne suffit pas à compenser les faiblesses du scénario. Visuellement, Agent Zeta tente de jouer la carte du grand spectacle. Le film multiplie les décors internationaux : Espagne, Amérique du Sud, Europe de l’Est… 

 

Cette volonté de donner une dimension mondiale est évidente. Pourtant, elle donne parfois l’impression d’un simple enchaînement de cartes postales. Les lieux défilent, mais sans toujours servir l’histoire. Certaines incohérences visuelles sautent même aux yeux. Des décors censés représenter un pays en évoquent clairement un autre. Ce genre de détail casse l’immersion. Dans un film d’espionnage, où la crédibilité est importante, ce type d’erreur devient difficile à ignorer. Les scènes d’action, quant à elles, restent assez rares et peu marquantes. Elles arrivent tard, sont souvent courtes, et manquent d’impact. Le film semble davantage intéressé par les discussions stratégiques que par le terrain. 

 

Ce choix pourrait fonctionner avec une écriture solide, mais ici, il renforce le sentiment de lenteur. Le scénario, justement, est sans doute le point le plus fragile. Il repose sur une structure déjà vue : une mission passée, des agents éliminés, un secret qui remonte à la surface. Le problème, ce n’est pas tant le manque d’originalité que l’absence de surprise. Les rebondissements sont souvent prévisibles. Les révélations arrivent sans vraiment bousculer. Il y a aussi cette impression que le film cherche à poser les bases d’un univers plus large. Certains éléments semblent introduits pour de futurs développements, comme si une suite était déjà envisagée. Mais au lieu de renforcer l’histoire, cela donne un côté inachevé. 

 

Le film paraît retenir certaines informations, sans que cela serve réellement le récit présent. Malgré tout, Agent Zeta n’est pas totalement dépourvu d’intérêt. Il y a une vraie ambition de proposer un thriller d’espionnage à grande échelle. La photographie est soignée, certaines ambiances fonctionnent, et quelques scènes arrivent à capter l’attention. Mais ces qualités restent isolées. Le film souffre surtout d’un déséquilibre. D’un côté, une volonté de complexité et de profondeur. De l’autre, une exécution qui manque de clarté et de rythme. Résultat : l’ensemble paraît plus confus que captivant. 

 

Agent Zeta donne le sentiment d’un projet qui visait haut mais qui n’a pas trouvé la bonne direction. Trop bavard, pas assez incarné, il peine à installer une vraie tension. L’expérience reste regardable, mais elle ne laisse pas une impression durable.

 

Note : 4/10. En bref, pour un thriller d’espionnage, l’attente était simple : du suspense, des enjeux, un minimum d’adrénaline. Ici, ces éléments sont présents, mais trop dilués pour vraiment fonctionner. Une occasion manquée pour un film qui avait pourtant les moyens de proposer quelque chose de plus solide.

Sorti le 20 mars 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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