Critique Ciné : Destins croisés (2026, Disney+)

Critique Ciné : Destins croisés (2026, Disney+)

Destins croisés // De Andrew Stanton. Avec Daveed Diggs, Kate McKinnon et Rashida Jones.

 

Avec Destins croisés, Andrew Stanton tente un retour ambitieux au cinéma en prises de vues réelles. Le réalisateur, connu pour avoir signé des classiques de l’animation comme Wall-E et Le Monde de Nemo, n’a jamais vraiment retrouvé la même reconnaissance hors du giron Pixar. Après l’épisode compliqué de John Carter, ce nouveau projet de science-fiction avait tout d’un pari risqué. Le résultat ? Un film sincère, visuellement soigné, mais qui peine à donner toute la portée à ses idées. Destins croisés s’articule autour de trois lignes temporelles. 45 000 ans avant notre ère : une famille de Néandertaliens tente de survivre dans un environnement rude.

 

Trois intrigues, s’étendant sur des milliers d’années, s’entrecroisent et réfléchissent sur le cycle de la vie.

 

Peu de dialogues, beaucoup de paysages, et une approche quasi contemplative. En 2025 : une étudiante en anthropologie brillante traverse une période trouble entre une relation naissante et la maladie de sa mère. En 2417 : une astronaute au long cours transporte des embryons humains vers une planète lointaine afin d’assurer la survie de l’espèce. Sur le papier, la promesse est forte. Relier passé, présent et futur pour parler d’évolution, d’héritage, d’amour, de transmission. Le film cherche clairement à montrer que, quels que soient les siècles, les moteurs humains restent les mêmes : la peur de disparaître, le besoin d’aimer, l’envie de laisser une trace. Le problème, c’est que cette ambition dépasse parfois le format choisi.

 

Avec une durée d’un peu plus d’1h30, Destins croisés donne souvent l’impression d’être le résumé d’un récit plus vaste. Les allers-retours constants entre les époques finissent par fragmenter l’émotion. Chaque segment a des idées intéressantes, mais aucun n’a vraiment le temps de respirer. La partie préhistorique est visuellement réussie. Les paysages rappellent par moments certaines fresques naturalistes à la manière de The Tree of Life, avec cette volonté de capter quelque chose de presque cosmique. Pourtant, le récit reste à l’état d’esquisse. Quelques moments forts émergent, mais l’ensemble manque de chair. Le segment contemporain est sans doute le plus fragile. 

 

La relation amoureuse peine à convaincre, non pas à cause des acteurs, mais parce que l’écriture ne leur laisse pas assez d’espace. Les émotions sont là, mais souvent survolées. Certaines scènes donnent même une impression de déjà-vu, comme si le film reprenait des motifs familiers sans vraiment les renouveler. Quant à la partie futuriste, elle soulève des questions intéressantes sur la reproduction, l’intelligence artificielle et la survie programmée de l’humanité. Mais là encore, le traitement reste superficiel. Les enjeux éthiques sont évoqués, jamais creusés. Le voyage spatial devient un décor pour une réflexion qui aurait mérité plus de complexité.

 

Il serait injuste de dire que Destins croisés est un échec total. Andrew Stanton a une vraie sensibilité humaniste. Son regard sur la fragilité des liens humains reste perceptible. Certaines scènes, notamment dans les transitions entre les époques, fonctionnent grâce à une mise en scène élégante et à une musique enveloppante. La bande originale de Thomas Newman soutient énormément le film. Par moments, elle compense même le manque de développement dramatique. Les raccords entre les temporalités doivent beaucoup à cette musique, qui apporte une continuité émotionnelle que le montage peine parfois à assurer seul.

 

Mais malgré ces qualités, le film donne l’impression d’avoir été contraint, raccourci, simplifié. Les idées sont nombreuses : évolution, extinction, mémoire collective, futur post-terrestre… Trop nombreuses peut-être. À vouloir embrasser toute l’histoire de l’humanité, Destins croisés finit par rester en surface. Le film insiste sur l’idée que nos existences individuelles participent à quelque chose de plus vaste. Que chaque choix, chaque amour, chaque naissance s’inscrit dans une chaîne ininterrompue. Le message est clair, parfois un peu trop. Certaines scènes paraissent presque démonstratives. Ce côté appuyé enlève une part de subtilité. 

 

Là où les films d’animation de Stanton parvenaient à toucher sans insister, Destins croisés semble parfois vouloir guider l’émotion. L’intention est louable, mais le résultat manque de spontanéité. Ce qui frappe le plus, c’est le potentiel du projet. Le concept de récits entremêlés à travers les siècles n’est pas nouveau – des œuvres comme Cloud Atlas l’ont déjà exploré – mais il reste fertile. Ici, la volonté de relier les destins par-delà le temps avait de quoi marquer. Au lieu de cela, le film ressemble à une version condensée d’un récit plus ambitieux. Comme si une partie de la matière avait disparu en route. Certaines explications arrivent tardivement, d’autres ne viennent jamais. 

 

On sent des coupes, des accélérations, un dernier acte expédié. Cela ne rend pas l’expérience désagréable, mais elle laisse une impression d’inachevé. Destins croisés n’est pas dénué d’intérêt. Il se regarde sans déplaisir, porté par une esthétique soignée et quelques belles intentions. Mais il ne parvient pas à transformer son ambition en véritable émotion durable. Le film parle d’humanité, de survie et de transmission. Il tente de rappeler que chaque instant compte à l’échelle du temps. Pourtant, paradoxalement, il manque de ces instants forts qui restent en mémoire.

 

Note : 4.5/10. En bref, un grand voyage à travers le temps… mais à moitié abouti. Destins croisés donne surtout le sentiment d’un projet sincère mais inabouti. Un film qui vise large, touche parfois juste, mais ne trouve jamais totalement son équilibre.

Sorti le 27 février 2026 directement sur Disney+

 

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