17 Mars 2026
Deux femmes et quelques hommes // De Chloé Robichaud. Avec Laurence Leboeuf, Karine Gonthier-Hyndman et Félix Moati.
Avec Deux femmes et quelques hommes, la réalisatrice Chloé Robichaud revisite une œuvre bien connue du cinéma québécois en la transposant dans un contexte plus contemporain. Derrière ce titre volontairement léger se cache une comédie de mœurs qui aborde des sujets assez actuels : le désir, la vie de couple, la maternité et cette sensation d’usure qui peut s’installer avec le temps. Le film suit Violette et Florence, deux voisines que rien ne semblait vraiment rapprocher au départ. L’une est une mère de famille un peu débordée, sous antidépresseurs, l’autre une jeune maman qui traverse une période de doute après la naissance de son enfant.
Violette et Florence sont voisines de palier et s’observent. L’une, en congé maternité, est à fleur de peau ; l’autre, en arrêt de travail, ne ressent plus rien. Leur rencontre bouscule soudain leur quotidien monotone et leur regard sur les hommes…. Et s’il était temps d’envisager une révolution sexuelle ?
Toutes les deux partagent un point commun : une forme de frustration dans leur vie personnelle et sentimentale. Leur rencontre donne lieu à une amitié assez inattendue. Petit à petit, elles se confient, comparent leurs situations et réalisent qu’elles vivent des choses assez similaires, malgré leurs différences. Le film repose beaucoup sur cette relation, qui devient le moteur principal du récit. L’idée de départ fonctionne plutôt bien. Le film prend le temps d’explorer le quotidien de ces deux femmes, avec ses routines, ses petits moments absurdes et ses tensions. Il y a une volonté de parler du désir féminin sans détour, mais aussi sans en faire un sujet lourd.
Le ton reste léger, souvent drôle, parfois un peu plus mélancolique. C’est d’ailleurs dans cette dimension comique que le film s’en sort le mieux. Certaines scènes font mouche, notamment lorsque les deux héroïnes se retrouvent ensemble. Leurs échanges sont naturels, parfois piquants, et donnent au film une vraie énergie. L’écriture des dialogues joue beaucoup sur le décalage, avec des situations qui flirtent parfois avec l’absurde. Les hommes, comme le titre le suggère, restent en arrière-plan. Ils ne sont pas particulièrement détestables, mais souvent absents ou un peu à côté. Leur principal défaut reste leur manque d’écoute.
Le film ne cherche pas à les caricaturer totalement, mais ils servent surtout à mettre en lumière les frustrations des deux femmes. Parmi eux, certains personnages apparaissent de manière ponctuelle, comme des figures presque caricaturales : le plombier, le livreur, ou d’autres hommes de passage. Ces séquences apportent un côté plus léger, presque burlesque, qui rappelle l’origine théâtrale du projet. Car Deux femmes et quelques hommes est adapté d’une pièce de théâtre, et cela se ressent. Les dialogues sont très présents, les situations parfois un peu théâtrales, avec une mise en scène qui reste assez simple. Ce n’est pas forcément un problème, mais cela donne au film un côté parfois un peu statique.
Le casting fonctionne bien dans l’ensemble. Karine Gonthier-Hyndman et Laurence Leboeuf portent le film avec une certaine justesse. Elles parviennent à rendre leurs personnages à la fois attachants et crédibles, même lorsque le scénario reste en surface. Leur complicité est l’un des points forts du film. Félix Moati, dans un rôle de compagnon peu attentif, s’inscrit dans cette galerie de personnages masculins un peu en retrait. Il fait le travail sans chercher à voler la vedette, ce qui correspond à la place que le film lui accorde. Sur le fond, le film aborde des thèmes intéressants. Il parle de la fatigue du couple, de la charge mentale, du décalage entre ce que l’on attend de la vie et ce qu’elle devient réellement.
Il y a aussi cette idée que le désir ne disparaît pas forcément, mais qu’il peut se transformer ou se retrouver étouffé par le quotidien. Le décor joue d’ailleurs un rôle important. L’histoire se déroule dans un environnement moderne, presque trop parfait, où tout semble organisé, maîtrisé. Ce cadre accentue le contraste avec le malaise des personnages, comme si cette quête de bien-être finissait par devenir une contrainte. Mais malgré ces bonnes intentions, le film montre aussi ses limites. Le principal problème vient du scénario, qui tourne un peu en rond. Les situations se répètent, les thèmes sont évoqués plusieurs fois sans vraiment évoluer. Cela finit par donner une impression de stagnation.
Lorsque le film tente d’aborder des sujets plus sérieux, comme la dépression ou les difficultés du couple, il reste assez en surface. Il y a une forme de retenue qui empêche d’aller plus loin. Le résultat est parfois frustrant, car le potentiel est bien là. Le rythme est également inégal. Certaines séquences fonctionnent très bien, notamment celles basées sur l’humour. Mais d’autres paraissent plus longues, avec des scènes qui n’apportent pas grand-chose de nouveau. Le film oscille entre moments réussis et passages plus faibles. Le ton lui-même peut sembler hésitant. Entre comédie légère et regard plus critique sur les relations modernes, le film ne choisit pas toujours clairement sa direction.
Cette hésitation n’est pas forcément un défaut en soi, mais elle contribue à cette impression d’ensemble un peu floue. Malgré tout, Deux femmes et quelques hommes reste une proposition honnête. Il y a une vraie volonté de parler de sujets actuels avec un regard féminin, sans tomber dans le discours trop appuyé. Le film préfère observer et montrer plutôt que juger.
Note : 5.5/10. En bref, il s’agit d’une comédie agréable, parfois drôle, portée par deux actrices convaincantes. Mais l’ensemble manque d’un peu de profondeur et de rythme pour vraiment marquer. Un film qui se regarde sans déplaisir, mais qui donne aussi l’impression d’être passé à côté de quelque chose d’un peu plus fort.
Sorti le 4 mars 2026 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog