30 Mars 2026
Dreamers // De Joy Gharoro-Akpojotor. Avec Ronkẹ Adékoluẹjo, Ann Akinjirin et Aiysha Hart.
Avec Dreamers, la réalisatrice Joy Gharoro-Akpojotor propose un film centré sur une réalité bien actuelle : le parcours des demandeurs d’asile au Royaume-Uni. Mais ici, pas de grand discours politique ni de démonstration appuyée. Le film choisit une approche plus discrète, presque en retrait, en se concentrant sur l’humain avant tout. Un choix qui donne au long métrage une certaine sincérité, mais qui montre aussi rapidement ses limites. L’histoire suit Atefeh, une Nigérienne vivant illégalement à Londres, arrêtée puis envoyée dans un centre de détention pour immigrés.
Emmenée dans un centre de détention britannique, renfrognée et trop pétrifiée pour parler, Isio, une Nigériane sans papiers fuyant l’homophobie, est assignée à la même chambre que Farah, une artiste douce mais courageuse, qui en sait plus sur les rouages du système d’immigration. Alors qu’Isio préfère vivre son désespoir plutôt que de se faire des amis, l’aide de Farah lors de la procédure d’appel lui offre une nouvelle perspective sur son avenir. Tandis que leur amitié se transforme en amour, Isio trouve une chance inespérée de bonheur et s’offre le droit de rêver.
Dès son arrivée, le décor est posé : un lieu fermé, surveillé, où le temps semble suspendu. Les démarches administratives s’enchaînent, les attentes s’allongent, et chaque décision peut tout faire basculer. Le film retranscrit bien cette sensation d’être coincé dans une sorte de parenthèse, où l’avenir dépend de décisions lointaines et impersonnelles. Mais Dreamers ne s’intéresse pas tant aux rouages du système qu’à ce qu’il provoque chez celles qui le subissent. Le cœur du film repose sur la relation entre Atefeh et Isio, une autre détenue présente depuis plus longtemps. D’abord méfiante, Atefeh apprend progressivement à s’adapter grâce à Isio, qui connaît les règles non écrites du centre.
Entre conseils pratiques et soutien moral, une relation se construit, évoluant doucement vers quelque chose de plus intime. Cette relation est clairement le point fort du film. L’alchimie entre les deux actrices fonctionne, sans en faire trop. Les moments de complicité sont simples, parfois silencieux, mais ils apportent une vraie respiration dans un environnement étouffant. Le film prend le temps de montrer ces instants, et c’est dans ces détails qu’il trouve sa justesse. Le choix de ne pas tomber dans le misérabilisme est aussi à saluer. Dreamers ne cherche pas à forcer l’émotion ni à manipuler le spectateur. La réalisatrice préfère une approche plus douce, presque distante par moments.
Le problème, c’est que cette retenue finit par créer une certaine frustration. L’émotion est là, mais elle reste souvent en surface. Cela vient en partie du manque de développement des personnages. Atefeh et Isio existent à l’écran, mais leurs histoires personnelles restent parfois trop floues ou peu exploitées. Certains éléments importants sont évoqués, mais jamais vraiment approfondis. Quant aux personnages secondaires, ils manquent clairement de nuance et tombent parfois dans des archétypes assez simples. Le film semble aussi hésiter sur sa direction. Entre drame social et romance, il ne tranche jamais vraiment. Cette indécision donne une impression d’inachevé.
La romance apporte une dimension sensible, mais elle arrive assez rapidement et manque de construction. À l’inverse, la partie liée au système d’asile reste en arrière-plan, alors qu’elle aurait pu donner plus de poids au récit. La durée du film n’aide pas non plus. Avec un peu moins de 80 minutes, Dreamers va à l’essentiel, mais laisse de côté des éléments qui auraient mérité d’être développés. Certaines scènes donnent l’impression d’être des fragments plutôt qu’un ensemble pleinement construit. Le film prend son temps dans certains moments, mais semble en manquer pour aller au bout de ses idées. Sur le plan visuel, le travail reste cohérent avec le propos. Le centre de détention est filmé de manière assez froide, avec des couleurs neutres qui renforcent l’idée d’un espace sans vie.
À l’inverse, les moments entre Atefeh et Isio apportent un peu de chaleur, sans tomber dans une esthétique trop marquée. La mise en scène reste simple, mais elle accompagne bien l’ambiance générale. Le rythme peut diviser. Certains apprécieront cette lenteur qui reflète l’attente des personnages. D’autres risquent de décrocher face à un récit qui avance sans réel pic dramatique. Le film préfère les petits gestes aux grandes scènes, ce qui est cohérent avec son approche, mais limite aussi son impact. Ce qui ressort malgré tout, c’est une volonté sincère de raconter une histoire humaine. Dreamers ne cherche pas à impressionner, mais à montrer.
À travers le regard d’Atefeh, il rappelle que derrière les dossiers administratifs, il y a des vies en suspens, des espoirs fragiles, et des liens qui se créent malgré tout. Mais cette sincérité ne suffit pas toujours à porter le film. Il manque un vrai élan, quelque chose qui permette au récit de dépasser le simple constat. Le potentiel est là, notamment dans la relation entre les deux personnages principales, mais il reste partiellement exploité.
Note : 6/10. En bref, Dreamers est un film touchant par moments, intéressant dans son intention, mais limité dans son exécution. Il laisse l’impression d’un projet honnête, mais pas totalement abouti. Un film qui se regarde sans difficulté, mais qui ne marque pas autant qu’il le pourrait.
Prochainement en France au cinéma
Sorti le 30 mars 2026 en avant-première au cinéma Espace Vivans à Les Vans.
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