25 Mars 2026
Le crime du 3ème étage // De Rémi Bezançon. Avec Gilles Lellouche, Laetitia Casta et Guillaume Gallienne.
Avec Le crime du 3ème étage, Rémi Bezançon s’attaque à un terrain délicat : celui de la comédie policière teintée de références cinéphiles. Un exercice qui peut vite tourner à vide, surtout quand il revendique ouvertement ses influences. Ici, le film assume pleinement ses inspirations, notamment du côté d’Alfred Hitchcock, tout en essayant de raconter une histoire accessible et légère. Le résultat est plutôt sympathique, mais pas toujours équilibré. L’histoire repose sur un couple un peu à bout de souffle. Entre routine et petites tensions, leur quotidien manque clairement de relief.
Colette, professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre de Hitchcock, soupçonne son nouveau voisin d’en face d’avoir tué sa femme. Réalité ou déformation professionnelle ? Son mari, François, écrivain de romans historico-policiers un peu désuets, est d’abord sceptique face à l’obsession de Colette pour ce prétendu crime. Il se laisse cependant embarquer dans cette enquête rocambolesque, et, à mesure que les indices s’accumulent et que le mystère s’épaissit, ce couple ordinaire se transforme en duo de détectives hors pair. Alors, y a-t-il vraiment eu un crime au 3 e étage ?
Tout change lorsqu’ils commencent à s’intéresser à ce qui se passe chez leurs voisins. Un comportement étrange, des détails qui interpellent… et voilà que leur imagination s’emballe. Très vite, une simple curiosité se transforme en enquête improvisée, avec tout ce que cela implique de quiproquos, de fantasmes et de situations absurdes. Ce point de départ fonctionne bien. Il rappelle forcément Fenêtre sur cour ou encore Meurtre mystérieux à Manhattan, deux œuvres qui jouaient déjà sur cette idée de voisinage suspect et d’enquête amateur. Le film ne cherche d’ailleurs pas à cacher ces références, bien au contraire.
Elles sont affichées, répétées, parfois même expliquées à voix haute. C’est là que le film divise. D’un côté, il y a un vrai plaisir à reconnaître ces clins d’œil. Les amateurs de cinéma y verront une forme de jeu, une manière de revisiter des codes connus avec une touche plus légère. De l’autre, cette accumulation finit par peser. À force de souligner ses inspirations, le film perd en subtilité. Certaines scènes donnent presque l’impression d’un cours de cinéma un peu appuyé. Heureusement, le duo principal apporte une vraie énergie. Gilles Lellouche et Laetitia Casta fonctionnent bien ensemble. Lui joue un personnage un peu brut, pas toujours à l’aise, tandis qu’elle apporte une touche plus vive et spontanée.
Leur relation, avec ses tensions et ses moments de complicité, reste l’un des fils conducteurs les plus agréables du film. L’enquête devient presque secondaire face à cette dynamique de couple qui se reconstruit au fil de l’histoire. Le ton du film oscille entre comédie romantique et thriller léger. Il y a des moments où l’humour fonctionne, souvent grâce à des situations absurdes ou des réactions décalées. D’autres fois, le film tente de créer du suspense, avec des scènes d’infiltration ou des moments plus tendus. Ce mélange n’est pas toujours maîtrisé, mais il permet au film de rester accessible. Le problème vient surtout du rythme. Le film prend son temps, parfois un peu trop.
Certaines séquences s’étirent, d’autres se répètent, et l’ensemble donne une impression de longueur. L’enquête, qui devrait être le moteur du récit, avance par à-coups. Il y a des idées intéressantes, mais elles ne sont pas toujours exploitées de manière fluide. Le scénario montre aussi ses limites dans les moments clés. Certaines situations manquent de logique, et quelques retournements semblent sortir de nulle part. Le final, notamment, laisse une impression étrange. Tout s’enchaîne très vite, avec des solutions un peu faciles. Cela casse une partie de la tension construite auparavant. Malgré ces défauts, le film garde un certain charme. Il y a une envie de cinéma, une affection visible pour les œuvres qui l’ont inspiré.
On sent que Rémi Bezançon cherche à rendre hommage à un certain style, tout en proposant quelque chose de plus léger. Cette intention se ressent, même si elle n’aboutit pas toujours. Visuellement, le film reste assez classique, mais efficace. Quelques idées de mise en scène rappellent les codes du suspense, avec des jeux de regard, des cadrages qui suggèrent plus qu’ils ne montrent. Rien de révolutionnaire, mais une cohérence avec l’univers proposé. Le troisième personnage, interprété par Guillaume Gallienne, apporte aussi une touche différente. Son rôle joue sur le décalage, parfois jusqu’à l’absurde. Certaines scènes fonctionnent bien, d’autres paraissent un peu hors sujet, mais elles participent à l’identité particulière du film.
Note : 6/10. En bref, Le crime du 3ème étage ne cherche pas à être un grand thriller ni une comédie pure. Il se situe entre les deux, avec ses qualités et ses limites. Il y a de bonnes idées, une vraie complicité entre les acteurs, mais aussi un manque de rigueur dans l’écriture.
Sorti le 11 mars 2026 au cinéma
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