12 Mars 2026
Le son des souvenirs // De Oliver Hermanus. Avec Josh O'Connor, Paul Mescal et Chris Cooper.
Avec Le son des souvenirs, le réalisateur sud-africain Oliver Hermanus propose un film délicat qui mêle histoire d’amour, mémoire et musique traditionnelle américaine. Adapté d’une nouvelle de Ben Shattuck issue de son recueil La forme et la couleur des sons, le long-métrage s’inscrit dans un cinéma plutôt contemplatif. Le film s’intéresse moins aux grands rebondissements qu’aux émotions discrètes, à ce que le temps emporte et à ce qui reste dans les souvenirs. L’histoire se déroule au début du XXᵉ siècle et suit Lionel, interprété par Paul Mescal, un jeune musicien passionné par les chants populaires américains.
Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, grandit au son des chansons que son père chantait sur le perron de leur maison. En 1917, il quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston, où il fait la rencontre de David, un étudiant en composition aussi brillant que séduisant, mais leur lien naissant est brutalement interrompu lorsque David est mobilisé à la fin de la guerre. En 1920, réunis le temps d’un hiver, Lionel et David sillonnent les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli. Cette parenthèse marquera à jamais Lionel. Au cours des décennies suivantes, Lionel connaît la reconnaissance, la réussite, et d’autres histoires d’amour au fil de ses voyages à travers l’Europe. Mais ses souvenirs avec David le hantent encore, jusqu’au jour où une trace de leur œuvre commune ressurgit et lui révèle combien cette relation a résonné plus fort que toutes les autres..
Sa rencontre avec David, joué par Josh O'Connor, va changer sa trajectoire. Tous deux partagent un intérêt pour ces chansons traditionnelles qui circulent encore dans certaines régions rurales des États-Unis. Leur projet devient alors simple en apparence : parcourir les campagnes pour enregistrer ces morceaux et conserver une mémoire musicale menacée de disparition. À travers ce point de départ, Le son des souvenirs parle autant de musique que d’amour. La relation entre les deux hommes se développe lentement, dans un contexte historique où l’homosexualité ne peut pas être vécue librement. Le film ne transforme jamais cette romance en drame démonstratif.
Au contraire, tout se joue dans les regards, les silences et les moments suspendus. Le réalisateur choisit une mise en scène très classique. Les images prennent souvent le temps de s’installer, notamment dans les paysages de l’Est américain. Les forêts, les routes de campagne ou les petites maisons isolées créent un décor qui participe à l’atmosphère du film. Cette Amérique rurale apparaît comme un monde en train de disparaître, remplacé peu à peu par une modernité qui efface certaines traditions. La musique occupe évidemment une place centrale. Les chansons folkloriques enregistrées par les personnages donnent au film une identité particulière. Elles servent à la fois de témoignage culturel et de lien entre Lionel et David.
Chaque morceau capturé devient un fragment de mémoire, une trace d’un monde qui s’efface. Cette idée de mémoire traverse tout le film. Le récit ne cherche pas uniquement à raconter une histoire d’amour. Il s’intéresse surtout à l’impact qu’une relation peut laisser dans une vie entière. Le temps qui passe devient presque un personnage. La voix off accompagne parfois le récit et renforce cette impression de nostalgie. Dans ce registre, Paul Mescal porte une grande partie du film. Son interprétation reste sobre, presque retenue, ce qui correspond bien au ton général.
Lionel apparaît comme un personnage habité par la musique et par des sentiments qu’il ne sait pas toujours exprimer. Josh O'Connor apporte un contrepoint intéressant, avec un jeu tout aussi discret mais complémentaire. Le duo fonctionne surtout dans les premières parties du film. Les scènes où les deux hommes parcourent les campagnes pour collecter des chansons donnent au récit une vraie direction. La relation se construit naturellement au fil de ce voyage musical. Pourtant, le film prend ensuite une orientation différente. Après ce début prometteur, l’histoire s’éloigne progressivement de cette quête musicale.
Le récit se concentre davantage sur la vie de Lionel et sur les traces laissées par cette relation dans son existence. Ce choix peut surprendre car il met de côté ce qui semblait être le cœur du film : la collecte des chansons et le lien direct entre musique et mémoire. Le rythme contribue aussi à cette impression. Le son des souvenirs dépasse les deux heures et adopte un tempo assez lent. Cette approche peut séduire les spectateurs qui apprécient les films contemplatifs, mais elle risque aussi d’en perdre certains. Certaines scènes s’étirent et donnent le sentiment que le récit avance moins vite que les émotions qu’il cherche à transmettre.
Malgré cela, le film conserve plusieurs qualités évidentes. La photographie est particulièrement soignée et met en valeur les paysages ainsi que les visages des acteurs. La direction artistique recrée avec précision l’ambiance du début du XXᵉ siècle, sans chercher à en faire trop. La dernière partie du film se révèle plus touchante. Lorsque le temps a passé et que les personnages doivent vivre avec leurs souvenirs, les émotions deviennent plus fortes. La nostalgie prend alors tout son sens et le film retrouve une forme d’intensité. Le son des souvenirs évoque souvent l’idée que certaines histoires d’amour marquent une vie entière même lorsqu’elles ne durent pas longtemps.
Ce thème dépasse largement la question de l’homosexualité. Le film parle avant tout de la difficulté à accepter ce qui appartient désormais au passé. Le résultat reste un film assez singulier. Sa mise en scène volontairement classique peut paraître austère par moments, mais elle correspond au ton choisi par Oliver Hermanus. Le réalisateur préfère la retenue à l’émotion facile.
Note : 6.5/10. En bref, Le son des souvenirs est un film mélancolique qui demande un peu de patience. L’histoire avance lentement, parfois au risque de perdre une partie de son élan initial. Mais certaines scènes, notamment dans la dernière partie, rappellent la beauté simple du projet : raconter comment la musique et les rencontres peuvent laisser une empreinte durable dans une vie.
Sorti le 25 février 2026 au cinéma
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