Critique Ciné : Le Testament d’Ann Lee (2026)

Critique Ciné : Le Testament d’Ann Lee (2026)

Le Testament d’Ann Lee // De Mona Fastvold. Avec Amanda Seyfried, Lewis Pullman et Tim Blake Nelson.

 

Avec Le Testament d’Ann Lee, Mona Fastvold propose un film qui ne ressemble pas vraiment à ce que le cinéma américain offre habituellement. À mi-chemin entre fresque historique, expérience sensorielle et portrait de femme hors norme, ce long-métrage intrigue autant qu’il divise. Inspiré d’une figure réelle du XVIIIe siècle, ce biopic musical s’intéresse à Ann Lee, fondatrice du mouvement religieux des Shakers, une communauté marquée par la foi, la chasteté et des rituels pour le moins singuliers. Dès les premières minutes, le film installe une ambiance particulière. 

 

La fascinante et incroyable histoire vraie d’Ann Lee, fondatrice du culte religieux connu sous le nom de Shakers. Cette prophétesse passionnée, qui prêchait l’égalité entre les genres et la justice sociale et était adorée par ses fidèles.

 

L’histoire débute en Angleterre, à Manchester, avant de suivre Ann Lee jusqu’aux États-Unis, où elle fonde sa communauté. Le récit repose autant sur des éléments historiques que sur une dimension plus floue, presque mystique. Entre faits documentés et visions, la frontière devient vite poreuse. Cette approche donne au film un ton assez unique, mais elle peut aussi désorienter. Le choix de mise en scène est clairement assumé. Mona Fastvold ne cherche pas à raconter cette histoire de manière classique. Au contraire, elle multiplie les séquences chantées et dansées, qui traduisent les moments de prière et de transe des fidèles. 

 

Ces passages, très présents tout au long du film, créent une sensation d’immersion dans cette communauté. Les corps s’agitent, les voix s’élèvent, et l’ensemble donne parfois l’impression d’assister à un rituel plus qu’à une scène de cinéma. Visuellement, Le Testament d’Ann Lee impressionne souvent. Les décors, les costumes et la photographie témoignent d’un vrai souci du détail. Chaque plan semble travaillé, presque pensé comme un tableau. Il y a une rigueur formelle évidente, une volonté de créer une œuvre marquante sur le plan esthétique. Mais cette recherche constante de style finit aussi par prendre le dessus sur le reste. Car derrière cette enveloppe soignée, le film peine parfois à créer une véritable émotion. 

 

Le parcours d’Ann Lee est pourtant riche : marquée par des drames personnels, notamment la perte de ses enfants, elle trouve dans la religion une forme de réponse et décide de transmettre ses croyances. Sur le papier, le destin est fort. À l’écran, il reste étonnamment distant. La mise en scène semble observer son personnage sans vraiment chercher à entrer dans sa tête. Cette distance pose une question centrale : qui est vraiment Ann Lee ? Une figure spirituelle sincère ou une femme emportée par ses convictions ? Le film ne tranche jamais. Il montre, il expose, mais il ne guide pas. Cette absence de point de vue peut être vue comme une qualité, laissant chacun se faire son opinion. 

 

Mais elle peut aussi laisser un sentiment d’inachevé. Malgré cela, difficile de passer à côté de la performance d’Amanda Seyfried. L’actrice s’investit totalement dans le rôle. Elle incarne une Ann Lee habitée, parfois inquiétante, parfois touchante. Son jeu porte une grande partie du film, notamment dans les scènes de transe ou de prière. Il y a une vraie intensité dans sa présence, même lorsque le récit tourne en rond. Car c’est l’un des problèmes du film : une certaine répétition. Les séquences de chants et de danses, aussi marquantes soient-elles au départ, finissent par se ressembler. Le film donne parfois l’impression de tourner en boucle, comme si l’idée initiale était étirée sans réelle progression. 

 

Cette structure peut fatiguer sur la durée, surtout pour un spectateur peu sensible à ce type de proposition. Sur le fond, Le Testament d’Ann Lee aborde plusieurs thèmes intéressants : la foi, le rapport au corps, la place des femmes dans une société dominée par des règles strictes, ou encore la frontière entre spiritualité et dérive sectaire. Le problème, c’est que ces sujets restent souvent en surface. Le film les évoque sans toujours les approfondir. Il y a pourtant des pistes fortes, notamment dans la manière dont la communauté des Shakers est représentée. Ces hommes et ces femmes, qui vivent selon des principes stricts, apparaissent à la fois fascinants et inquiétants. Là encore, le film refuse de juger. Il montre une réalité, sans chercher à la commenter. 

 

Note : 5/10. En bref, Le Testament d’Ann Lee est un film à part. Il propose une expérience plus qu’un simple récit. Certains y verront une œuvre audacieuse, portée par une vraie vision. D’autres resteront à distance, frustrés par son manque de clarté et de rythme. Ce qui ressort surtout, c’est une impression contrastée. Le film séduit par sa forme, par son ambition et par l’engagement de son actrice principale. Mais il laisse aussi un sentiment de flottement, comme si tout cela manquait d’un fil conducteur solide.

Sorti le 11 mars 2026 au cinéma

 

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