Critique Ciné : Personhood (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Personhood (2026, direct to SVOD)

Personhood // De Richard Jordan. Avec Elliot Harris, Agathe Levi et Alan Emrys.

 

Acheter une présence pour combler le vide, c'est un thème que la science-fiction explore sous toutes les coutures depuis pas mal d'années. Dans Personhood, le réalisateur Richard Jordan suit le quotidien de Waylen, un type isolé, handicapé et coincé chez lui en télétravail. Pour rompre sa routine de solitude et meubler son grand pavillon, il décide de s'offrir Gala, une androïde conçue sur mesure pour satisfaire le moindre de ses besoins au quotidien. Mais très vite, un constat s'impose au protagoniste : exécuter des tâches ménagères ou obéir sur commande ne suffit pas. Ce que Waylen recherche au fond, ce n'est pas un robot obéissant, c'est quelqu'un qui choisit librement de rester à ses côtés.

 

Dans un futur proche, un homme solitaire en situation de handicap achète un robot de compagnie pour échapper à son isolement, mais ses propres doutes et un frère jaloux menacent ses chances de trouver l'amour.

 

C'est là que le film pose la question la plus intéressante de son scénario : une relation peut-elle avoir une valeur quand l'autre est programmé pour tout accepter ? Pour tenter de forcer le destin, Waylen essaie de sortir son androïde de son cadre initial. Il l'incite à lire, à prendre des initiatives, à faire des choix personnels ou à donner son avis. Mais le piège se referme vite sur lui : chaque petit signe d'autonomie qu'elle montre vient lui rappeler cruellement que tout cela n'est que du code et du paramétrage. Le problème, c'est que le récit s'arrête exactement là où l'histoire aurait dû devenir vraiment captivante. 

 

Richard Jordan aligne les grands sujets de société comme le libre arbitre, la dépendance affective ou la conscience artificielle, mais sans jamais prendre le temps de les creuser jusqu'au bout. On sent que le scénario cherche absolument à faire passer des réflexions philosophiques, au lieu de laisser les situations et l'action parler d'elles-mêmes. Tout passe par des répliques d'exposition très lourdes plutôt que par des moments d'émotion brute, ce qui rend l'ensemble assez plat au fil des minutes. Cette froideur générale se ressent aussi directement sur l'écriture des personnages. Waylen est un protagoniste abîmé par la vie, mais son comportement à l'écran a du mal à emporter l'adhésion ou la sympathie du public. 

 

Ses réactions tournent souvent en boucle autour de sa propre frustration, ce qui rend son évolution psychologique difficile à suivre ou à comprendre. Sa relation tendue avec son frère Anders donnait pourtant quelques pistes d'explication intéressantes sur son manque d'estime personnelle et ses blessures d'enfance, mais le réalisateur préfère glisser rapidement sur ce conflit familial. Finalement, c'est Gala qui s'en sort le mieux à l'écran. Son parcours, qui la fait passer d'un simple produit de consommation à une forme de conscience propre, fonctionne plutôt bien dans le récit. 

 

Ses doutes et ses hésitations apportent une vraie nuance au film, jusqu'à un dernier acte où son émancipation devient presque le seul point marquant de toute l'histoire. C'est assez ironique : la machine s'avère nettement plus intéressante à suivre que l'humain qui l'a achetée. Sur le plan de la réalisation, Richard Jordan choisit une approche visuelle très sobre. L'esthétique est propre, la lumière est soignée, mais l'ensemble manque cruellement d'une véritable identité visuelle. On se retrouve face à un futur discret, presque banal, qui ne dégage pas grand-chose à l'image. Ce choix de mise en scène minimaliste, combiné à des dialogues très écrits qui manquent de naturel, crée un rythme particulièrement monotone tout au long de la projection. 

 

Les scènes s'enchaînent comme une suite de discussions posées sans jamais créer de vraie tension ni de montée en puissance dramatique. Du côté des acteurs, Elliot Harris fait ce qu'il peut dans la peau de Waylen avec un jeu très retenu, tandis qu'Agathe Levi gère bien le passage progressif d'une attitude rigide à des gestes plus humains. Mais ils se retrouvent tous les deux freinés par une écriture trop théorique qui les empêche d'incarner pleinement leurs rôles et d'émouvoir. 

 

Note : 4/10. En bref, Personhood pose de bonnes questions sur notre rapport aux technologies et sur la solitude moderne, un sujet de plus en plus concret aujourd'hui. Mais d'autres œuvres contemporaines l'ont déjà fait avec beaucoup plus d'émotion, de tension et de maîtrise. Le film part d'intentions louables et propose quelques scènes réussies, mais il reste bloqué au stade de la bonne idée mal exploitée. Une curiosité à regarder pour les amateurs de science-fiction intimiste, mais pas une œuvre qui laisse un souvenir impérissable une fois le générique terminé.

Prochainement en France en SVOD

 

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