Critique Ciné : Colony (2026)

Critique Ciné : Colony (2026)

Colony // De Sang-Ho Yeon. Avec Gianna Jun, Kyo-hwan Koo et Ji Chang-Wook.

 

Depuis le choc Dernier train pour Busan, je surveille chaque sortie de Yeon Sang-ho avec un mélange d'impatience et de méfiance. Après un Peninsula trop lourd et décevant, le cinéaste coréen revient enfin aux fondamentaux avec Colony. Pas question ici de refaire le même film. Cette fois, l'action se focalise dans une gigantesque tour où une conférence sur les biotechnologies tourne au carnage. Un virus s'échappe et transforme les participants en créatures particulièrement féroces. Sur le papier, le pitch semble classique. Pourtant, le film se démarque très vite grâce à un concept redoutablement efficace : les infectés ne sont pas de simples monstres décérébrés qui courent droit devant eux. 

 

Dans un gratte-ciel du centre de Séoul, une mystérieuse contamination se propage brusquement. L’immeuble est bouclé et toutes les personnes présentes confinées. Au départ, les infectés rampent comme des bêtes. Mais peu à peu, ils évoluent…

 

Ils apprennent. Ils communiquent instantanément et adaptent leur tactique à chaque affrontement. Cette intelligence collective change totalement les règles du jeu. Pour les survivants, impossible d'appliquer deux fois la même recette. Chaque feinte, chaque piège ne fonctionne qu'une seule fois. Cette menace qui évolue sans arrêt m'a accroché dès le départ, insufflant une urgence constante au récit. Yeon Sang-ho montre une vraie maîtrise de son cadre. Après la vitesse brute du train, il enferme ses personnages dans un piège vertical. Les couloirs étroits, les ascenseurs bloqués et les bureaux confinés deviennent un terrain de jeu très étouffant. Le réalisateur profite aussi du genre pour glisser une sous-lecture contemporaine. 

 

Ces infectés hyperconnectés renvoient évidemment à notre propre dépendance aux réseaux et à la contagion des idées à l'ère numérique. Ce n'est pas d'une subtilité folle, mais le propos s'intègre bien au suspense sans alourdir le rythme. Côté fabrication, c'est très solide. Les maquillages et les déformations physiques flirtent avec l'horreur corporelle de manière très convaincante. Le film mise davantage sur la tension et la claustrophobie que sur le gore gratuit, même si certaines séquences restent brutales. La mise en scène exploite intelligemment les différents étages de la tour, transformant la progression de l'équipe en un véritable parcours d'obstacles. J'ai aussi apprécié le traitement du principal antagoniste humain. 

 

Son rôle va un peu plus loin que le simple scientifique fou de service, et sa présence au milieu des monstres offre quelques moments bien tendus. Malheureusement, Colony n'est pas exempt de défauts et manque la marche pour devenir un grand classique. Le souci majeur vient de l'écriture des personnages. On retrouve les figures imposées du genre : le leader courageux, l'égoïste de service, le pleutre et les victimes sacrifiées. Résultat, j'ai eu du mal à ressentir une réelle empathie pour eux. Quand certains disparaissent, l'émotion tombe un peu à plat, faute d'avoir pris le temps de construire de vrais attachements. Le scénario privilégie clairement l'action brute au détriment de la psychologie.

 

Cette faiblesse se fait sentir sur la durée. Avec plus de deux heures au compteur, une certaine routine finit par s'installer. Le schéma « astuce des humains, adaptation des infectés, fuite au niveau supérieur » se répète un peu trop. De plus, plusieurs rebondissements restent très prévisibles pour quiconque a déjà vu quelques films de survival horrifique. Enfin, le fonctionnement exact de cette pensée collective manque parfois de rigueur scientifique. Le film utilise ce concept pour faire avancer l'action sans toujours chercher à l'expliquer de façon cohérente, ce qui risque de chiffonner les spectateurs les plus exigeants. Heureusement, l'énergie de la réalisation sauve l'ensemble. 

 

Yeon Sang-ho sait maintenir une pression constante et relancer l'intérêt grâce au comportement imprévisible de ses créatures. La comparaison avec Dernier train pour Busan est inévitable, mais elle serait injuste : le premier cherchait l'émotion et le drame familial, tandis que Colony propose un exercice de survie purement tactique et conceptuel. 

 

Note : 6/10. En bref, Colony n'est pas le chef-d'œuvre ultime du film de zombies, mais c'est une proposition très solide. Son concept d'infectés en réseau fonctionne à merveille et le huis clos offre son lot de scènes marquantes. Malgré des personnages trop lisses et un milieu de film un peu répétitif, Yeon Sang-ho prouve qu'il a encore de très bonnes cartes en main pour dépoussiérer le genre.

Sorti le 27 mai 2026 au cinéma

 

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