Critique Ciné : Les inconnus du parc (2026, Netflix)

Critique Ciné : Les inconnus du parc (2026, Netflix)

Les inconnus du parc // De Juan José Campanella. Avec Eduardo Blanco, Luis Brandoni et Verónica Pelaccini.

 

Avec Les inconnus du parc, le réalisateur Juan José Campanella propose un film assez particulier dans le paysage actuel. Là où beaucoup de productions cherchent le rythme et les rebondissements, ce long-métrage préfère prendre son temps. L’essentiel de l’histoire se déroule sur un simple banc de parc, dans le quartier de Parque Lezama à Buenos Aires. Derrière cette idée minimaliste se cache en réalité une adaptation d’une pièce célèbre : I'm Not Rappaport, écrite par Herb Gardner et récompensée à Broadway dans les années 1980. Le film reste fidèle à cet esprit théâtral, avec des dialogues très présents et une intrigue construite autour de conversations entre deux hommes âgés qui se retrouvent régulièrement au même endroit. 

 

Un ancien militant communiste et un libre penseur nouent une amitié improbable sur un banc et partagent leurs histoires avec humour et émotion.

 

Ce choix donne un film calme, parfois drôle, parfois mélancolique, qui parle surtout du temps qui passe et de la place des personnes âgées dans la société. L’intrigue de Les inconnus du parc tient finalement en peu de choses. Antonio, interprété par Eduardo Blanco, est un homme discret qui travaille comme gardien d’immeuble. Sa vue commence à baisser et il craint de perdre son emploi. Chaque jour ou presque, il vient s’asseoir sur un banc du parc pour souffler un peu. C’est là qu’il rencontre León, joué par Luis Brandoni. León est tout l’inverse d’Antonio : bavard, fantasque, parfois envahissant. 

 

Il raconte sans cesse des histoires sur son passé, évoquant une carrière d’espion ou des engagements politiques héroïques. Impossible de savoir ce qui est vrai ou inventé. Au début, Antonio supporte mal cette logorrhée permanente. Mais avec le temps, une relation inattendue se crée entre les deux hommes. Le banc devient leur lieu de rendez-vous, un espace où ils partagent souvenirs, regrets et anecdotes, pendant que la vie du parc continue autour d’eux. Le film repose presque entièrement sur ce duo. Dans un projet aussi minimaliste, tout dépend forcément des acteurs. Heureusement, Luis Brandoni et Eduardo Blanco portent l’histoire avec une certaine sincérité.

 

Leur relation évolue doucement. Antonio reste réservé, presque fataliste face aux difficultés qui arrivent dans sa vie. León, lui, refuse de se résigner. Il invente des récits, transforme la réalité et agit comme un agitateur permanent. Cette opposition crée plusieurs scènes assez amusantes. À un moment, León improvise par exemple un numéro d’avocat improvisé pour défendre son ami face à une situation professionnelle compliquée, multipliant les mensonges avec une assurance déconcertante. Dans une autre séquence, les deux hommes tentent maladroitement d’intimider un petit dealer qui traîne dans le parc, ce qui tourne rapidement au ridicule.

 

Ces moments donnent un peu de légèreté au film, même si l’histoire reste globalement marquée par une certaine nostalgie. Derrière ses dialogues parfois humoristiques, Les inconnus du parc aborde plusieurs thèmes assez sérieux. Le film parle d’abord du vieillissement et du regard que la société porte sur les personnes âgées. Antonio et León sont deux hommes que le monde semble peu à peu oublier. Leur présence dans le parc devient presque symbolique : ils occupent un espace où le temps paraît suspendu, loin d’une société qui avance sans eux. Le film évoque aussi la perte d’autonomie, la peur de devenir un poids pour ses proches ou de disparaître socialement. 

 

À travers ces deux personnages, le récit montre comment la vieillesse peut entraîner une forme d’effacement progressif. Mais Les inconnus du parc ne tombe pas dans une vision uniquement triste de cette période de la vie. Les deux protagonistes conservent une certaine dignité et continuent de défendre leur liberté, parfois avec obstination. Ce qui ressort surtout du film, c’est la place centrale de l’amitié. La relation entre Antonio et León dépasse rapidement le simple hasard d’une rencontre dans un parc. Leur complicité devient une sorte de résistance face au monde extérieur. Les discussions, les blagues et les souvenirs partagés créent un espace où ils peuvent encore se sentir utiles et vivants.

 

Le film montre aussi comment l’imagination peut servir de protection face à la réalité. León, avec ses histoires souvent improbables, transforme le quotidien en aventure. Ces récits inventés ne sont pas seulement des blagues : ils permettent d’échapper, au moins un instant, à une réalité parfois plus dure. Le choix de rester proche de la pièce originale donne au film une forme assez particulière. Contrairement à beaucoup d’adaptations, Juan José Campanella ne cherche pas vraiment à “ouvrir” l’histoire avec de nombreux décors ou une intrigue plus dynamique. La plupart des scènes se déroulent autour du banc du parc. Les dialogues occupent donc une place centrale. 

 

Cette approche peut plaire à ceux qui apprécient les films très centrés sur les personnages, mais elle peut aussi donner une impression de lenteur. La mise en scène reste volontairement simple, presque discrète. La musique, assez nostalgique, accompagne souvent les moments émotionnels, parfois avec un peu trop d’insistance. Les inconnus du parc ressemble finalement à un film d’un autre temps. Le générique, la musique et même le rythme donnent parfois l’impression de voir une œuvre qui regarde vers le passé. Ce n’est pas forcément un défaut. Cette nostalgie fait partie de l’identité du film. Elle correspond aussi aux souvenirs et aux regrets qui traversent les conversations des deux personnages.

 

Le résultat est un film modeste, très centré sur ses acteurs et sur son texte. L’histoire ne cherche pas vraiment à surprendre, mais plutôt à observer deux hommes qui continuent d’exister dans un monde qui les regarde de moins en moins.

 

Note : 6.5/10. En bref, une rencontre simple, entre humour et mélancolie. Sans être un film marquant, Les inconnus du parc reste une proposition assez douce, portée par un duo d’acteurs attachant et par une réflexion simple sur le temps qui passe, l’amitié et la dignité face au vieillissement.

Sorti le 6 mars 2026 directement sur Netflix

 

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