Critique Ciné : Maspalomas (2026)

Critique Ciné : Maspalomas (2026)

Maspalomas // De Aitor Arregi et José Mari Goenaga. Avec José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu et Kandido Uranga.

 

Avec Maspalomas, les réalisateurs Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga proposent un film très intime sur l’identité, la vieillesse et la difficulté d’assumer qui l’on est. Ce drame espagnol suit un homme de 76 ans qui pensait avoir enfin trouvé sa liberté, avant qu’un accident de santé ne le ramène brutalement vers un passé qu’il avait quitté depuis longtemps. Entre humour discret, moments touchants et scènes parfois très directes, Maspalomas parle surtout de ce que signifie vieillir quand une partie de sa vie a longtemps été cachée. Le film commence dans les dunes de Maspalomas, aux Canaries. Vicente, interprété par Jose Ramon Soroiz, y mène une existence plutôt libre. 

 

Vicente, un vieil homme ouvertement homosexuel qui, lorsqu'il est admis dans une maison de retraite, décide de cacher son orientation sexuelle.

 

À 76 ans, il profite de la vie nocturne de la station balnéaire, rencontre des hommes et semble vivre sans trop de contraintes. Les premières scènes sont assez explicites et peuvent surprendre. Le film ne cherche pas à édulcorer le désir ou la sexualité, même à un âge avancé. Cette franchise peut mettre mal à l’aise, mais elle donne aussi le ton : l’histoire va parler du corps, du désir et de ce qu’il reste de tout cela avec le temps. Malgré cette ouverture très physique, Maspalomas n’est jamais un film frivole. Derrière cette liberté apparente se cache un personnage qui porte beaucoup de blessures. La vie de Vicente bascule après un accident vasculaire cérébral. 

 

En quelques minutes, l’homme qui vivait sans attaches se retrouve affaibli et dépendant des autres. Sa convalescence l’oblige à retourner à San Sebastián, la ville qu’il avait quittée des décennies plus tôt. Là-bas, il est placé dans une maison de repos et doit renouer avec sa fille Nerea, interprétée par Nagore Aranburu. Le problème est que Vicente n’a plus parlé à sa fille depuis plus de vingt-cinq ans. À l’époque, il avait quitté sa famille pour vivre ouvertement son homosexualité. Ce retour ressemble presque à un voyage à l’envers. Après avoir passé une grande partie de sa vie à sortir du silence, Vicente se retrouve à nouveau confronté au regard des autres.

 

Dans la maison de repos, Vicente décide peu à peu de cacher son orientation sexuelle. Comme si la liberté acquise au fil des années disparaissait d’un coup. Le film montre bien ce paradoxe : un homme qui avait fini par vivre librement choisit de revenir dans le placard dès qu’il se retrouve vulnérable. Son colocataire Xanti, interprété par Kandido Uranga, semble d’abord être son opposé total. Bruyant, provocateur et très conservateur, il représente tout ce que Vicente fuit habituellement. Pourtant, contre toute attente, une vraie amitié se construit entre les deux hommes. Cette relation devient l’un des aspects les plus touchants du film. Maspalomas aborde un sujet rarement traité au cinéma : la vieillesse dans la communauté LGBTQ+.

 

Le film rappelle que beaucoup d’hommes de la génération de Vicente ont passé une grande partie de leur vie à cacher qui ils étaient. Certains ont même construit une famille avant de pouvoir vivre ouvertement leur identité. Avec l’âge, une nouvelle peur apparaît : celle de perdre cette liberté durement gagnée. Le film montre bien ce sentiment. Dans un environnement comme une maison de repos, où les règles sociales sont souvent très traditionnelles, certains peuvent ressentir la tentation de redevenir invisibles. Cette question donne au film une dimension assez forte. Même si le film parle beaucoup d’identité et de sexualité, il reste surtout une histoire de relations humaines.

 

La relation entre Vicente et sa fille évolue progressivement. Le dialogue est difficile, parfois maladroit. Les deux personnages tentent de reconstruire quelque chose malgré les années perdues. Le film évoque aussi la découverte d’un petit-fils que Vicente ne connaît pas. Cet aspect reste un peu en arrière-plan et aurait pu être davantage développé. Mais le cœur du récit reste l’amitié inattendue entre Vicente et Xanti. Cette relation apporte plusieurs moments d’humour et montre que les liens peuvent naître là où on ne les attend pas. La mise en scène de Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga reste assez sobre. Le film passe de la lumière chaude des Canaries à l’atmosphère plus grise du nord de l’Espagne.

 

Ce contraste visuel accompagne l’évolution du personnage principal. Maspalomas représente la liberté et le désir, tandis que San Sebastián évoque le passé et les regrets. Le film mélange aussi plusieurs tonalités. Certaines scènes sont émouvantes, d’autres plus légères. Quelques moments d’humour viennent alléger un récit qui pourrait facilement devenir trop lourd. Le film repose en grande partie sur la performance de Jose Ramon Soroiz. L’acteur incarne Vicente avec beaucoup de nuances. Le personnage n’est pas toujours sympathique. Il peut être égoïste, distant ou même un peu dur avec les autres. Mais au fil du récit, ses fragilités apparaissent. 

 

La perte d’autonomie, la peur de vieillir et la honte qui ressurgit rendent ce personnage plus complexe qu’il n’y paraît au début. Cette évolution rend l’histoire plus touchante. Maspalomas n’est pas un film parfait. Certains éléments de l’histoire restent un peu en surface, notamment la relation familiale ou certaines étapes de la réconciliation. Mais le film possède une vraie sincérité. Il parle d’un sujet rarement mis en avant : la manière dont les personnes LGBTQ+ vivent le passage du temps. L’histoire rappelle aussi une idée simple : la liberté ne s’obtient pas une fois pour toutes. Elle peut se perdre, se cacher, puis se retrouver.

 

Note : 6.5/10. En bref, Maspalomas reste un film humain, parfois drôle, parfois mélancolique. Un portrait sensible d’un homme qui découvre qu’il n’est jamais trop tard pour être honnête avec lui-même.

Sorti le 24 juin 2026 au cinéma

Vu en avant-première dans le cadre du Festival Ecrans Mixtes 2026 à Lyon

 

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