Critique Ciné : Orphelin (2026)

Critique Ciné : Orphelin (2026)

Orphelin // De László Nemes. Avec Bojtorján Barabas, Andrea Waskovics et Grégory Gadebois.

 

Avec Orphelin, László Nemes revient à un terrain plus classique après des expériences de mise en scène qui avaient divisé. Le cinéaste hongrois, révélé par Le fils de Saul, choisit ici de raconter une histoire plus intime, ancrée dans une période trouble de l’histoire européenne. Le résultat intrigue autant qu’il frustre. L’intrigue se déroule à Budapest en 1957, dans une ville encore marquée par les blessures de la Seconde Guerre mondiale et les conséquences de l’insurrection de 1956, écrasée par les chars soviétiques. Dans ce décor chargé, Andor, un jeune garçon, grandit avec une absence : celle d’un père qu’il imagine disparu dans les camps. 

 

Budapest 1957, après l'échec de l'insurrection contre le régime communiste. Andor, un jeune garçon juif, vit seul avec sa mère Klara qui l'élève dans le souvenir de son mari disparu dans les camps. Mais quand un homme rustre tout juste arrivé de la campagne prétend être son vrai père, le monde d’Andor vole soudain en éclats…

 

Mais un homme surgit un jour et affirme être ce père. Une révélation qui vient fissurer un équilibre déjà fragile. Ce point de départ avait tout pour donner un grand récit de filiation et de reconstruction. Pourtant, Orphelin prend une direction plus froide, presque clinique. Le film préfère s’attarder sur les silences, les regards et les tensions diffuses plutôt que sur des émotions directes. Ce choix peut séduire, mais il met aussi une distance entre les personnages et le spectateur. Dès les premières minutes, la mise en scène impose une atmosphère très particulière. Budapest est filmée comme une ville fantôme, marquée par les cicatrices de l’histoire. Les rues semblent figées, les intérieurs étouffants. 

 

La caméra reste souvent proche des visages, sans jamais vraiment les livrer complètement. Il y a une volonté claire de créer une sensation d’enfermement, presque physique. Ce travail visuel est sans doute l’un des points forts du film. Chaque plan est pensé avec précision. La lumière, souvent tamisée, accentue le côté crépusculaire du récit. Rien n’est laissé au hasard. Pourtant, cette rigueur finit par peser. À force de contrôle, le film donne parfois l’impression de retenir ses propres émotions. Le personnage d’Andor reste difficile à cerner. Ce jeune garçon, pris entre plusieurs vérités, aurait pu devenir le cœur battant du film. Mais son parcours manque de relief. 

 

Ses réactions restent souvent en retrait, comme si le film hésitait à le laisser exister pleinement. Ce choix renforce le sentiment de distance. L’arrivée de cet homme qui prétend être son père apporte une tension nouvelle. Le personnage, incarné par Grégory Gadebois, dégage une présence troublante. Sa manière de s’imposer dans le quotidien d’Andor crée un malaise constant. Il y a quelque chose d’inquiétant dans sa façon de parler, de regarder, de s’installer. Pourtant, le film ne cherche jamais à trancher clairement sur ses intentions, ce qui entretient une ambiguïté intéressante… mais parfois frustrante. C’est d’ailleurs l’un des problèmes du scénario : il multiplie les pistes sans toujours les développer. 

 

Plusieurs intrigues apparaissent, certaines disparaissent sans réelle conclusion. Le récit semble se disperser, comme s’il cherchait sa propre direction. Cette structure donne une impression de lenteur, accentuée par une durée qui aurait gagné à être resserrée. Malgré cela, Orphelin n’est pas un film vide. Il parle d’identité, de mémoire, de transmission. Dans un pays marqué par les traumatismes, la question de savoir qui l’on est devient centrale. Andor est pris entre plusieurs versions de son histoire, sans savoir laquelle croire. Ce conflit intérieur résonne avec celui d’un pays lui-même en crise. Le film explore aussi la manière dont le passé continue de hanter le présent. 

 

Les personnages semblent coincés dans une époque qu’ils ne peuvent pas vraiment dépasser. Cette idée est forte, mais elle reste souvent suggérée plutôt qu’exploitée. La musique et le travail sonore participent à cette ambiance pesante. Les bruits du quotidien prennent une place importante, comme pour rappeler que la vie continue malgré tout. Mais là encore, le film choisit la retenue, parfois au détriment de l’impact émotionnel. Il y a pourtant une vraie montée en puissance dans la dernière partie. Le récit gagne en intensité, les enjeux deviennent plus clairs, et certaines scènes trouvent enfin une résonance plus forte. 

 

Le final apporte une forme de conclusion plus marquante, presque inattendue, qui donne du sens à l’ensemble. C’est sans doute là que le film révèle le mieux ce qu’il avait en réserve depuis le début. Mais ce regain d’énergie arrive tard. Avant cela, Orphelin peut sembler long, voire monotone. Certaines scènes donnent le sentiment de tourner en rond. Le rythme manque de variations, ce qui peut décourager. Ce qui reste, au final, c’est une impression contrastée. D’un côté, un vrai savoir-faire derrière la caméra, une maîtrise évidente du cadre et de l’ambiance. De l’autre, un récit qui peine à toucher pleinement, comme retenu par une volonté de contrôle trop forte.

 

Orphelin est un film exigeant, qui demande de la patience. Cette approche peut plaire à certains, mais elle laisse aussi de côté une part d’émotion qui aurait pu rendre l’expérience plus marquante. Il y a dans ce film une vraie ambition, mais aussi une certaine rigidité. Comme si tout était trop calculé pour laisser place à l’imprévu. Et dans une histoire qui parle justement de chaos intérieur et de perte de repères, ce paradoxe se fait sentir.

 

Note : 5/10. En bref, une œuvre singulière, imparfaite, mais pas dénuée d’intérêt. Un film qui impressionne par moments, mais qui peine à embarquer complètement. Une expérience à la fois captivante et distante, qui ne laisse pas indifférent, même lorsqu’elle frustre.

Sorti le 11 mars 2026 au cinéma 

 

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