14 Mars 2026
Oxana // De Charlène Favier. Avec Albina Korzh, Maryna Koshkina et Lada Korovai.
Avec Oxana, Charlène Favier signe un biopic librement inspiré de la vie d’Oksana Chatchko, cofondatrice du mouvement Femen. Dès les premières images, le film cherche à traduire l’intensité et l’urgence d’une militante confrontée à l’oppression et aux contradictions de son époque. L’héroïne, incarnée par Albina Korzh, impose immédiatement sa présence à l’écran. La jeune actrice ukrainienne ne se contente pas de jouer : elle habite chaque plan, donnant vie à une Oxana à la fois fragile et bouillonnante, capable de transformer son corps en instrument de protestation.
Ukraine, 2008. La jeune Oxana et son groupe d’amies multiplient les actions, slogans peints sur le corps et couronnes de fleurs dans les cheveux, contre un gouvernement arbitraire et corrompu. C’est la naissance d'un des mouvements les plus importants du XXIe siècle : FEMEN. Réfugiée politique, artiste, activiste, Oxana franchira les frontières et militera sans relâche pour les droits des femmes et la liberté, jusqu'à risquer sa propre vie.
Le film débute par l’Ukraine de 2008, où Oxana découvre le collectif Femen. Elle est fascinée par la force et l’audace de ces jeunes femmes qui n’hésitent pas à braver le patriarcat et les régimes corrompus pour se faire entendre. À travers des scènes de répétition, de manifestation et d’entraînement au corps à corps, la réalisatrice capture cette énergie de groupe, cette fièvre collective qui fait des Femen une icône de la contestation. Les slogans tracés sur la peau, les cris dans les rues et les flashs des photographes deviennent autant de symboles de la révolte, mais également de la fragilité de celles qui s’exposent au monde. Charlène Favier choisit une approche visuelle très travaillée.
Les couleurs, les contrastes et la lumière créent une atmosphère à la fois stylisée et poétique. Dans les scènes d’intérieur, les tons pastels et les jeux d’ombre reflètent les états d’âme d’Oxana, son trouble et sa mélancolie. Mais cette volonté de beauté et d’esthétisme peut, par moments, faire perdre de la force au propos. La révolte y est codifiée, presque domestiquée, alors qu’elle devrait éclater avec brutalité. Le film alterne entre deux époques et deux lieux : l’Ukraine des débuts du mouvement et la France, où Oxana s’exile et devient réfugiée politique. Ce va-et-vient chronologique cherche à dresser un portrait complet, mais il brouille parfois la lisibilité et la tension dramatique.
Les flashbacks se succèdent sans toujours créer de lien émotionnel fort avec le spectateur. Si la jeunesse militante est intense et bouillonnante, les scènes françaises paraissent plus froides, plus distantes, comme si la caméra hésitait à plonger dans le désenchantement final de l’héroïne. Malgré ces choix de narration un peu maladroits, Albina Korzh parvient à maintenir l’intérêt. Sa performance est le fil conducteur du film. Ses silences, ses regards et ses gestes traduisent plus que de longs dialogues ne pourraient le faire. À ses côtés, quelques comédiennes comme Noée Abita dans le rôle d’Appolonia Sokov apportent de courts mais puissants moments d’émotion, insufflant un frisson réel là où le scénario se montre plus sage.
Les autres figures du collectif sont davantage en arrière-plan, presque anecdotiques, ce qui renforce l’idée que le film est centré sur Oxana plutôt que sur le mouvement Femen dans son ensemble. La mise en scène de Favier, héritée de son travail sur Slalom, reste très stylisée. Les scènes de manifestations, de cris et de chaos sont souvent ralenties, théâtralisées, donnant au spectateur le temps d’observer la gestuelle et les expressions, mais au prix d’une certaine urgence. La révolte se retrouve intellectualisée, presque théorisée, là où elle aurait gagné à être brute et immédiate. Cette distance rend le film plus contemplatif que secouant, plus poétique que politique.
Le récit tente de montrer le parcours d’Oksana, de ses débuts d’artiste peintre d’icônes à son engagement radical, jusqu’à sa dernière période en France. Le film s’attarde sur sa solitude, sur les tensions internes au sein du collectif et sur le poids de l’exil. Cette partie, centrée sur la vie personnelle de l’héroïne, est plus lente, presque introspective. Elle permet de ressentir le coût émotionnel de l’engagement, mais elle peut sembler un peu longue et détacher le spectateur du souffle initial du film. Pourtant, Oxana réussit à transmettre quelque chose d’important : la puissance d’une militante qui transforme son corps et son art en arme politique.
Même si le film ne parvient pas à transmettre la violence et la radicalité attendues, il illustre avec soin la complexité d’Oksana Chatchko. Son engagement, son idéal, son rapport ambigu à la religion et son désenchantement final apparaissent à travers une direction artistique précise, qui privilégie les images et les sensations aux dialogues explicatifs. Au final, Oxana se présente comme un biopic sensible et esthétique, habité par l’interprétation d’Albina Korzh. Il ne délivre pas le choc ou la claque attendus face à un mouvement radical comme Femen, mais il propose un portrait mélancolique et poétique d’une jeune militante face à un monde hostile.
Note : 6.5/10. En bref, entre la fièvre de la révolte et la douceur du souvenir, le film oscille, parfois à la limite de la retenue excessive, mais conserve la force d’un hommage à celles qui ont choisi de se battre pour leurs convictions.
Sorti le 16 avril 2025 au cinéma - Disponible sur Canal+ et en VOD
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