24 Mars 2026
Peaky Blinders: l'Immortel // De Tom Harper (III). Avec Cillian Murphy, Rebecca Ferguson, Barry Keoghan et Tim Roth.
Il y avait forcément beaucoup d’attente autour de Peaky Blinders : L’Immortel. Après plusieurs saisons marquantes, l’idée de conclure l’histoire de Tommy Shelby au cinéma avait de quoi intriguer. Tout semblait réuni pour offrir une fin solide : un univers déjà bien installé, des personnages forts, et un acteur principal toujours aussi investi. Pourtant, le résultat laisse un sentiment étrange, comme si quelque chose n’avait pas vraiment fonctionné. Dès les premières minutes, le film replonge dans cette ambiance sombre propre à la saga. L’Angleterre d’après-guerre reste froide, marquée par la violence et les tensions politiques.
Dans la ville de Birmingham bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale, Tommy Shelby doit accomplir des missions secrètes dangereuses tandis que ses démons personnels s'immiscent dans le destin de la nation.
Les décors, les costumes, la musique : tout rappelle immédiatement la série. De ce côté-là, l’identité visuelle est respectée. Le problème vient plutôt de ce qui se passe à l’intérieur de ce cadre. L’histoire se concentre sur un Tommy Shelby toujours hanté par son passé. Le personnage est fatigué, abîmé, et passe une bonne partie du film dans une forme d’introspection. Cette approche aurait pu être intéressante si elle avait été mieux équilibrée. À force de s’attarder sur ses tourments, le récit finit par tourner en rond. Le rythme est lent, parfois trop, avec peu d’événements marquants avant la dernière partie. Le scénario donne l’impression de vouloir condenser beaucoup d’idées en un seul film.
Des éléments importants sont évoqués rapidement, sans vraiment être développés. Certains personnages disparaissent presque sans explication, d’autres arrivent sans véritable introduction. Cela crée un décalage, surtout pour ceux qui connaissent bien la série et qui s’attendaient à une continuité plus cohérente. Certaines décisions narratives surprennent, mais pas forcément dans le bon sens. Le sort réservé à plusieurs figures importantes manque d’impact. Des moments qui auraient dû être forts passent presque inaperçus, faute de préparation ou de mise en scène. L’émotion peine à s’installer, comme si le film enchaînait les événements sans prendre le temps de les faire exister.
Il y a aussi cette sensation que le film simplifie ce qui faisait la richesse de la série. Les jeux de pouvoir, les stratégies, les tensions politiques… tout cela est présent, mais reste en surface. Le récit devient plus direct, moins subtil, et perd une partie de ce qui rendait l’univers si prenant. Le personnage de Tommy Shelby lui-même semble différent. Toujours charismatique grâce à l’interprétation de Cillian Murphy, il apparaît pourtant moins calculateur, moins maître de la situation. Il subit davantage qu’il ne dirige. Ce changement peut se comprendre dans l’évolution du personnage, mais il est parfois difficile de reconnaître celui qui manipulait tout le monde dans les saisons précédentes.
Le casting, pourtant solide, fait ce qu’il peut avec ce matériau. Certains acteurs restent convaincants, mais d’autres semblent en retrait. L’absence ou la mise à l’écart de figures importantes se fait sentir. Cela enlève une partie de la dynamique qui faisait la force de la série. Les relations entre les personnages manquent de profondeur, et certaines interactions paraissent même un peu forcées. Du côté de la mise en scène, le film reste propre, mais sans réelle ambition. Certaines scènes fonctionnent, notamment dans les moments plus tendus ou lors des rares séquences d’action. Mais l’ensemble donne parfois l’impression d’un format plus proche de la télévision que du cinéma. Le manque de rythme accentue cette sensation.
L’intrigue principale, elle, manque de densité. Le conflit central aurait pu être développé davantage, avec un antagoniste plus marquant. À la place, le film avance de manière assez prévisible, sans réelle surprise. La confrontation finale, censée être un point culminant, arrive rapidement et se termine presque aussi vite. Malgré tout, tout n’est pas à jeter. Il y a encore des moments qui rappellent pourquoi la série a autant marqué. Certaines scènes gardent cette intensité particulière, ce mélange de tension et de silence. La musique, fidèle à l’identité de Peaky Blinders, accompagne bien l’ensemble et renforce l’atmosphère.
Mais le principal problème reste cette impression de précipitation. Comme si l’histoire avait été compressée pour tenir dans un format trop court. Beaucoup d’éléments auraient mérité plus de temps, plus de soin. À vouloir conclure rapidement, le film laisse plusieurs questions en suspens.
Note : 4.5/10. En bref, Peaky Blinders : L’Immortel ressemble à une conclusion imparfaite. Il ne détruit pas totalement l’héritage de la série, mais il ne parvient pas non plus à lui rendre pleinement justice. Il y a de bonnes intentions, quelques idées intéressantes, mais l’ensemble manque de cohérence et d’émotion.
Sorti le 20 mars 2026 directement sur Netflix
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