Critique Ciné : Pillion (2026)

Critique Ciné : Pillion (2026)

Pillion // De Harry Lighton. Avec Harry Melling, Alexander Skarsgård et Douglas Hodge.

 

Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, où il a reçu le Prix du scénario, Pillion marque les débuts du réalisateur britannique Harry Lighton derrière la caméra. Inspiré du roman Box Hill, ce premier long métrage s’aventure sur un terrain délicat : celui d’une relation sadomasochiste entre deux hommes que tout oppose. Sur le papier, l’idée pourrait facilement tourner au film provocateur ou au simple exercice de style. Pourtant, Pillion choisit un ton différent, mélangeant romance étrange, humour noir et chronique d’apprentissage.

 

Colin, un jeune homme introverti, rencontre Ray, le séduisant et charismatique leader d’un club de motards. Ray l’introduit dans sa communauté et fait de lui son soumis.

 

L’histoire suit Colin, interprété par Harry Melling. Ce personnage discret et mal dans sa peau mène une existence plutôt terne. Il vit encore très proche de ses parents, fréquente peu de monde et cherche maladroitement l’amour. Rien ne semble vraiment fonctionner pour lui. Jusqu’au jour où il croise la route de Ray, un motard charismatique incarné par Alexander Skarsgård. Grand, sûr de lui, entouré d’un groupe de bikers, Ray représente tout l’inverse de Colin. L’attirance entre les deux hommes est immédiate, mais la relation qui s’installe est loin d’être classique. 

 

Ray impose rapidement une dynamique de domination très claire : Colin devient son soumis. Cela passe par des gestes du quotidien, comme préparer les repas ou dormir au pied du lit, mais aussi par des pratiques sexuelles assumées. Le film ne cache pas cet aspect et certaines scènes sont particulièrement explicites, ce qui explique son interdiction aux moins de 16 ans dans plusieurs pays. Le terme pillion désigne en anglais le passager assis à l’arrière d’une moto. Le titre résume finalement assez bien la relation entre les deux personnages : Ray conduit, Colin suit. 

 

Cette position de passager devient une métaphore assez évidente de la place qu’occupe Colin dans sa propre vie. Ce qui surprend dans Pillion, c’est le ton adopté par Harry Lighton. Le sujet aurait pu donner lieu à un film lourd ou moralisateur sur le BDSM. Au contraire, le réalisateur semble préférer l’observation et laisse les spectateurs se faire leur propre opinion. La relation entre Colin et Ray peut apparaître à la fois troublante, touchante et parfois franchement dérangeante. Le film pose ainsi plusieurs questions sans vraiment chercher à y répondre. Une relation de domination peut-elle être une forme d’amour ? Jusqu’où peut-on aller pour plaire à quelqu’un ? 

 

Et surtout, Colin agit-il par désir ou simplement par peur de rester seul ? Ces interrogations traversent tout le récit. Dans ses meilleurs moments, Pillion fonctionne presque comme une comédie romantique étrange. Certaines situations flirtent avec l’humour noir, notamment lorsque Colin accepte des demandes humiliantes avec un sérieux désarmant. Le décalage entre sa personnalité timide et l’univers viril des bikers crée parfois des scènes assez cocasses. Mais derrière cet humour, il y a aussi une vraie mélancolie. Colin apparaît souvent comme un personnage fragile, presque pathétique par moments, mais difficile à détester. 

 

Harry Melling parvient à rendre cette figure attachante malgré les situations parfois humiliantes dans lesquelles il se retrouve. Face à lui, Alexander Skarsgård compose un Ray beaucoup plus mystérieux. Le personnage reste volontairement opaque. Le film ne dit presque rien de son passé, de son travail ou de ce qui le pousse à vivre ce type de relation. Ce choix peut intriguer mais aussi frustrer. Ray finit parfois par ressembler davantage à une figure de fantasme qu’à un véritable personnage. La grande force du film repose donc surtout sur l’alchimie entre les deux acteurs. Leur opposition physique et émotionnelle structure tout le récit. 

 

D’un côté, Colin, maladroit et en manque de confiance. De l’autre, Ray, presque animal dans sa façon d’occuper l’espace. Ce contraste donne au film une tension constante. Visuellement, Pillion reste assez sobre. Harry Lighton privilégie une mise en scène simple qui s’intéresse surtout aux corps, aux regards et aux silences. L’univers des bikers apporte aussi une certaine texture au film, avec ses codes et ses rituels. Mais le réalisateur ne cherche jamais à transformer cet environnement en décor spectaculaire. Le scénario, récompensé à Cannes, joue davantage sur l’évolution intérieure de Colin. La relation avec Ray agit comme un déclencheur. 

 

À force de se soumettre, Colin commence peu à peu à se poser des questions sur ce qu’il veut réellement. Cette évolution devient particulièrement intéressante dans la dernière partie du film, même si celle-ci arrive assez vite. C’est d’ailleurs l’un des points faibles de Pillion. Après avoir pris le temps d’installer cette relation étrange, le film semble accélérer dans son dernier acte. Certains développements auraient mérité davantage d’espace pour être pleinement explorés. Malgré cela, Pillion reste une proposition assez singulière. Le film aborde la sexualité, la domination et la quête d’amour sans chercher à provoquer gratuitement. 

 

Il y a parfois des scènes crues, parfois de la tendresse, et souvent un mélange des deux. Au final, Pillion ressemble moins à un film sur le BDSM qu’à un récit sur la solitude et le besoin d’être aimé. Colin est prêt à accepter beaucoup de choses pour ne plus être seul, quitte à se perdre un peu au passage. Ce premier film d’Harry Lighton n’est pas toujours équilibré et laisse quelques zones d’ombre. Mais il propose une approche assez inhabituelle de la romance et s’appuie sur un duo d’acteurs qui donne au récit une vraie présence. Un film curieux, parfois dérangeant, parfois touchant, qui ne cherche pas à donner de réponse simple à la relation qu’il met en scène. Et c’est peut-être là son principal intérêt.

 

Note : 6.5/10. En bref, Pillion ressemble moins à un film sur le BDSM qu’à un récit sur la solitude et le besoin d’être aimé. Ce premier film d’Harry Lighton n’est pas toujours équilibré, mais il propose une approche assez inhabituelle de la romance et s’appuie sur un duo d’acteurs qui donne au récit une vraie présence.

Sorti le 4 mars 2026 au cinéma

 

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