10 Mars 2026
Plainclothes // De Carmen Emmi. Avec Tom Blyth et Russell Tovey, Amy Forsyth.
Avec Plainclothes, la réalisatrice Carmen Emmi propose un premier long métrage qui plonge dans une réalité peu évoquée du passé récent : les opérations policières visant les hommes homosexuels dans les années 1990. Le film suit un policier infiltré chargé d’arrêter ces hommes… jusqu’au moment où il tombe amoureux de l’un d’eux. Entre drame intime et romance clandestine, Plainclothes s’intéresse surtout au conflit intérieur d’un homme qui passe son temps à poursuivre ce qu’il est lui-même. Le film se déroule dans les années 90 et suit Lucas, interprété par Tom Blyth.
Années 90. Un officier d'infiltration chargé de piéger et d'appréhender des homosexuels se retrouve attiré par l'une de ses cibles.
Ce jeune policier travaille pour une unité particulière de la police : une brigade chargée d’arrêter des hommes homosexuels dans les lieux publics, notamment les toilettes de centres commerciaux. La méthode est simple et assez dérangeante. Lucas joue l’appât. Par regards ou gestes discrets, il attire l’attention d’hommes en quête de rencontres discrètes. Une fois la situation suffisamment ambiguë, un collègue surgit pour procéder à l’arrestation. Le principe repose entièrement sur la honte et la peur. Ces hommes risquent leur réputation, parfois leur famille, simplement pour avoir répondu à une invitation implicite.
Pour Lucas, la situation est encore plus difficile : il est lui-même gay, mais vit dans le secret. Chaque arrestation lui renvoie une image de lui-même. Plus l’opération avance, plus le malaise devient visible. Un jour, lors d’une opération dans un centre commercial, Lucas croise Andrew, interprété par Russell Tovey. Andrew semble être l’archétype de l’homme discret de banlieue : peut-être marié, peut-être père de famille. Mais la connexion entre les deux hommes est immédiate. Contrairement aux autres rencontres organisées pour piéger des suspects, celle-ci ne ressemble pas à un simple jeu de regard.
Entre Lucas et Andrew, l’échange devient rapidement plus sincère. Ce qui devait être une opération policière se transforme peu à peu en relation clandestine. Pour Andrew, cette relation rappelle ce qu’une vie plus libre aurait pu être. Pour Lucas, elle agit comme un réveil brutal. Il découvre ce qu’il pourrait vivre s’il acceptait enfin sa véritable identité. Plainclothes ne se contente pas de raconter une romance. Le film s’intéresse surtout à la pression sociale qui entoure Lucas. Sa famille occupe une place importante dans l’histoire. Lucas n’a pas grandi dans un environnement violent ou chaotique. Il a eu un père présent, une famille relativement stable et même un grand-père qui l’a inspiré à rejoindre la police.
Mais cela ne change rien à sa réalité : il aime les hommes. Le problème vient surtout du regard des autres, et notamment de certains membres de sa famille. Son oncle Paul, interprété par Gabe Fazio, incarne cette mentalité agressive et ouvertement homophobe qui dominait encore largement à l’époque. Lors d’une scène de confrontation familiale, Paul affirme sans détour que le simple fait d’être hétérosexuel fait de lui un homme supérieur. Le personnage est volontairement désagréable, mais il reflète aussi une attitude très répandue dans les années 90. Cette pression permanente explique pourquoi Lucas reste enfermé dans le silence.
Sur le plan visuel, Carmen Emmi choisit une approche assez nerveuse. Le film multiplie les montages rapides et mélange plusieurs formats d’image : séquences numériques propres, images vidéo volontairement plus brutes et souvenirs fragmentés. Ces montages servent à représenter le chaos intérieur du personnage principal. Lucas pense constamment à ce qui pourrait arriver s’il était découvert : le regard de ses collègues, la réaction de sa famille, les conséquences sur sa carrière. Au début, ce style fonctionne plutôt bien. Le spectateur est plongé dans l’anxiété du personnage. Mais à force de répétition, ces effets peuvent devenir un peu envahissants.
La musique très présente et les coupes rapides donnent parfois l’impression que le film force son intensité. Un peu plus de retenue aurait probablement rendu certains moments plus efficaces. Si Plainclothes fonctionne malgré ses excès visuels, c’est surtout grâce à ses acteurs. Tom Blyth livre une performance assez touchante. Connu pour son rôle dans The Hunger Games: The Ballad of Songbirds & Snakes, il incarne ici un personnage très différent : un homme tiraillé entre ses convictions, son travail et son désir. Son jeu repose souvent sur des expressions discrètes : un regard inquiet, une hésitation dans la voix, un silence un peu trop long. Ces détails suffisent à transmettre la tension permanente dans laquelle vit Lucas.
Face à lui, Russell Tovey apporte une énergie plus calme. Andrew semble plus résigné face à sa situation, mais aussi plus lucide. Le personnage comprend les risques, mais choisit malgré tout de vivre cette relation.
Les scènes entre les deux hommes sont clairement les moments les plus réussis du film. Qu’il s’agisse d’un échange discret dans un cinéma ou d’une rencontre dans un lieu isolé, ces instants offrent une pause dans l’agitation générale du récit. Plainclothes ressemble à un film très personnel pour sa réalisatrice. L’histoire semble inspirée par des faits réels et par une période où l’homosexualité pouvait encore entraîner des arrestations humiliantes dans certains contextes.
Le film rappelle ainsi une réalité historique souvent oubliée : dans les années 90, certaines unités de police menaient encore des opérations destinées uniquement à piéger des hommes homosexuels. Cette dimension donne au récit une vraie force. Cependant, le film souffre aussi de quelques problèmes de narration. Les nombreux allers-retours dans le temps ne sont pas toujours clairs, et certaines scènes familiales apparaissent un peu tard dans l’histoire. Il faut parfois attendre la fin pour comprendre à quel moment précis se déroulent certains événements. Le rythme peut également sembler irrégulier.
Il est vrai que le thème du coming-out a déjà été largement exploré au cinéma. Plainclothes ne révolutionne pas ce type de récit. Mais le film apporte tout de même un angle intéressant grâce à son contexte policier et à cette idée de traquer ce que l’on tente soi-même de cacher.
Note : 6.5/10. En bref, malgré ses défauts visuels et quelques choix de montage discutables, Plainclothes reste un drame honnête sur l’identité, la peur du rejet et le poids du regard des autres. Le résultat n’est pas parfait, mais l’histoire de Lucas possède suffisamment de sincérité pour laisser une impression durable après le générique.
Prochainement au cinéma
Vu en avant-première dans le cadre du Festival Ecrans Mixtes 2026 à Lyon
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