Critique Ciné : Scarlet et l'éternité (2026)

Critique Ciné : Scarlet et l'éternité (2026)

Scarlet et l’éternité // De Mamoru Hosoda. Avec Mana Ashida, Masaki Okada et Masachika Ichimura.

 

Mamoru Hosoda signe avec Scarlet et l’Éternité une œuvre ambitieuse qui se place entre hommage shakespearien et exploration onirique. Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans un univers à la fois médiéval et fantastique : Scarlet, princesse et fille d’un roi récemment assassiné, se retrouve propulsée dans un royaume suspendu entre la vie et la mort. Sa quête initiale, motivée par la vengeance contre son oncle Claudius, sert de fil rouge à un récit qui peine à se fixer, mais qui brille par sa singularité visuelle. Le film débute sur un terrain connu pour Hosoda : un drame familial au parfum classique, où la jeune héroïne tente de faire justice à la mémoire de son père. 

 

Scarlet, une princesse médiévale experte en combat à l'épée se lance dans une périlleuse quête pour venger la mort de son père. Son plan échoue et grièvement blessée elle se retrouve projetée dans un autre monde, le Pays des Morts. Elle va croiser la route d'un jeune homme idéaliste de notre époque, qui non seulement l'aide à guérir mais lui laisse également entrevoir qu'un monde sans rancœur ni colère est possible. Face au meurtrier de son père, Scarlet devra alors mener son plus grand combat : briser le cycle de la haine et donner un sens à sa vie en dépassant son désir de vengeance.

 

Les premières scènes rappellent immédiatement Hamlet, non seulement par l’intrigue de vengeance mais aussi par la lourdeur morale qui accompagne les actions des personnages. Cependant, très vite, l’histoire s’éloigne du cadre classique pour nous plonger dans un "Pays des Morts" étrange, à mi-chemin entre purgatoire et espace mental, où les âmes de toutes les époques cohabitent. Cette idée de mélange des temporalités aurait pu devenir le moteur du récit. Dans les faits, elle reste surtout un outil esthétique : Scarlet croise des figures d’époques variées, mais ces rencontres ne servent pas toujours le scénario. Visuellement, le film se distingue. 

 

Hosoda conserve sa signature : un savant mélange de 2D traditionnelle et d’animation 3D, qui donne aux scènes un relief singulier. Les personnages sont finement dessinés, et certaines séquences — comme la danse collective vers la fin — témoignent d’un vrai sens de la mise en scène. Les panoramas du royaume suspendu, les combats et les plans en contre-plongée sur des paysages fantasmagoriques sont autant de moments où le style visuel prend le pas sur la narration. L’animation, parfois presque expérimentale, crée des contrastes saisissants : des décors minimalistes du monde des morts aux visages expressifs des protagonistes, le spectateur navigue entre émerveillement et confusion.

 

Le principal défaut du film réside dans sa structure narrative. Après une exposition qui s’accroche à Hamlet, le récit se disperse. L’intrigue, censée suivre Scarlet dans sa vengeance, se transforme en une succession de rencontres et de défis sans lien clair avec le fil principal. L’introduction du personnage de Hijiri, un infirmier moderne censé influencer la princesse vers le pardon et la réconciliation, illustre bien cette mécanique. La dynamique entre les deux est trop mécanique et n’atteint jamais le cœur émotionnel attendu. Le conflit intérieur de Scarlet, pourtant central, perd de sa force sous le poids de trop de thématiques et d’une morale trop appuyée. 

 

Le message sur le pardon, si noble soit-il, tombe comme une leçon un peu forcée, déconnectée de la gravité des actes qu’il est censé compenser. Pour autant, Hosoda parvient à maintenir une certaine tension grâce à des moments de pure virtuosité visuelle. Le prologue en 2D traditionnelle, violent et précis, rappelle l’intensité de certaines adaptations médiévales de George R.R. Martin, tandis que le final, au-delà des nuages, mêle effets 3D et couleurs éthérées qui donnent au spectateur un sentiment de grandeur et de liberté. La bande originale, discrète mais efficace, accompagne ces moments avec justesse, ajoutant une couche de profondeur sans jamais surcharger les images.

 

Le mélange des styles graphiques, oscillant entre manga, animation européenne et références à Miyazaki, donne au film une texture unique mais parfois fatigante pour l’œil. La variété visuelle est audacieuse, mais elle contribue également à l’impression de flou qui traverse le récit. Le spectateur se retrouve souvent face à des séquences qui semblent sorties de nulle part, comme certaines scènes clairement inspirées de comédies musicales contemporaines, et la logique interne du monde présenté n’est jamais totalement établie. L’ambition thématique du film est manifeste : Hosoda cherche à explorer la vengeance, la violence et la rédemption dans un cadre qui mélange vie et mort, passé et présent. Cette audace est à la fois sa force et sa limite. 

 

L’univers qu’il crée a un potentiel énorme, mais le récit ne parvient pas toujours à le justifier pleinement. Les enjeux dramatiques s’affaiblissent quand la morale prend le dessus, et l’émotion qui faisait la force de ses précédents films, peine à s’installer. Pour autant, Scarlet et l’Éternité n’est pas un film à rejeter. Il témoigne d’une volonté d’expérimenter, d’oser des choix visuels et narratifs différents, et conserve la sincérité qui caractérise Hosoda. Les spectateurs attentifs pourront y retrouver les thèmes récurrents de son cinéma : le deuil, la famille, et la confrontation entre le réel et le fantastique. Le film laisse une trace, parfois confuse, mais toujours travaillée, et certaines scènes restent gravées par leur beauté et leur inventivité.

 

En conclusion, Scarlet et l’Éternité est un film d’animation à la fois séduisant et frustrant. Il impressionne par son esthétique, ses combats et ses paysages oniriques, tout en peinant à structurer un récit clair et émotionnellement percutant. Si le film ne rivalise pas avec les chefs-d’œuvre précédents de Hosoda, il montre un réalisateur prêt à prendre des risques et à expérimenter, même au risque de diviser son public. Une expérience visuelle qui mérite d’être vue, mais qui laisse une impression mitigée, entre fascination et déception.

 

Note : 5/10. En bref, Scarlet et l’Éternité est un film d’animation à la fois séduisant et frustrant. Il impressionne par son esthétique, ses combats et ses paysages oniriques, tout en peinant à structurer un récit clair et émotionnellement percutant.

Sorti le 11 mars 2026 au cinéma

 

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