14 Mars 2026
Un poète // De Simón Mesa Soto. Avec Ubeimar Rios, Rebeca Andrade et Guillermo Cardona.
Avec Un poète, le réalisateur colombien Simón Mesa Soto propose un film à part, quelque part entre la comédie de mœurs et la chronique mélancolique. Présenté au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard, où il a remporté le Prix du jury, ce long-métrage s’intéresse à un personnage rarement mis en avant au cinéma : un artiste raté qui continue malgré tout à croire en la poésie. Le film suit Óscar Restrepo, un professeur un peu fatigué par la vie et surtout un poète qui n’a jamais vraiment réussi à trouver sa place. Il traîne ses désillusions dans les rues de Medellín, entre bars, petits cercles littéraires et discussions interminables avec des pseudo-intellectuels.
Óscar Restrepo, poète en manque de reconnaissance, mène une existence solitaire marquée par les désillusions. Sa rencontre avec Yurlady, une adolescente d’un milieu populaire possédant un véritable talent d’écriture, va bouleverser le cours de sa vie. Il l’exhorte à se présenter à un concours national de poésie. Mais les choses ne se passent pas comme prévu…
Óscar fait partie de ces figures que la société regarde à peine : un homme qui persiste à écrire des vers dans un monde qui semble avoir oublié ce que la poésie signifie. Dès les premières scènes, Un poète installe un ton particulier. Le film navigue entre humour et tristesse, sans jamais choisir complètement l’un ou l’autre. Óscar est souvent drôle malgré lui. Ses maladresses sociales, ses discours un peu trop longs ou ses faux pas dans les soirées littéraires provoquent régulièrement des situations comiques. Mais derrière ces moments se cache aussi une certaine solitude. Le personnage ressemble à un clown triste. Il se rêve toujours grand poète alors que son entourage semble avoir tourné la page depuis longtemps.
Sa vie personnelle n’est guère plus simple : sa relation avec sa fille est compliquée et les tensions familiales pèsent sur son quotidien. Le film repose presque entièrement sur l’interprétation d’Ubeimar Rios, un acteur non professionnel qui exerce dans la vie comme instituteur. Son jeu apporte une authenticité évidente au personnage. Óscar apparaît à la fois ridicule et profondément humain. Impossible de le résumer à un simple loser : le film préfère observer ses contradictions sans jamais le juger. Cette approche donne naissance à une tragicomédie assez singulière. Le spectateur peut rire d’Óscar, mais rarement contre lui.
Simón Mesa Soto filme son antihéros avec une certaine tendresse, même lorsque ses décisions deviennent absurdes. L’un des tournants du récit arrive lorsque le poète rencontre Yurlady, une adolescente issue d’un milieu populaire. La jeune fille écrit elle aussi de la poésie. Cette rencontre redonne un peu d’énergie à Óscar, qui voit dans ce talent brut l’occasion de retrouver un sens à sa propre vocation. Le film explore alors une relation ambiguë. Au départ, Óscar semble vouloir transmettre quelque chose à cette jeune poète. Mais la dynamique entre les deux personnages devient progressivement plus trouble. La question de la transmission artistique se mélange avec celle de l’ego et du besoin de reconnaissance.
À travers cette relation, Un poète évoque aussi les fractures sociales en Colombie. Yurlady vient d’un environnement très différent de celui que fréquente habituellement Óscar. Le film aborde ces contrastes sans jamais devenir démonstratif, en laissant simplement apparaître les différences de perspectives entre les personnages. La mise en scène participe beaucoup à cette impression de réalisme. Simón Mesa Soto a choisi de tourner le film en pellicule 16 mm. L’image possède un grain visible, parfois un peu brut. La caméra à l’épaule accompagne souvent les déplacements d’Óscar, comme si elle essayait de suivre son errance dans la ville.
Ce style visuel donne au film une texture particulière. Certains plans semblent presque improvisés, avec des zooms rapides ou des raccords approximatifs. Cette apparente imperfection renforce pourtant l’impression de proximité avec les personnages. Le montage participe aussi à cette énergie un peu chaotique. Les scènes s’enchaînent parfois de manière abrupte, créant une narration qui reflète le désordre intérieur du héros. Ce choix peut surprendre, mais il correspond bien à l’univers du film. Au-delà du portrait d’un artiste raté, Un poète parle aussi d’un monde où la culture semble perdre du terrain face aux difficultés économiques et sociales.
Dans cet environnement, la poésie apparaît presque comme un acte de résistance. Même si Óscar échoue souvent, il continue d’écrire. Le film observe également avec une certaine ironie le petit milieu littéraire. Les cercles de poètes que fréquente Óscar ressemblent parfois à des lieux où chacun tente surtout de préserver son image. Le regard du réalisateur devient alors légèrement satirique, notamment lorsqu’il s’attarde sur ces réunions d’intellectuels où la sincérité semble parfois secondaire. Malgré cette dimension critique, le film ne tombe jamais dans le cynisme. Simón Mesa Soto préfère garder une distance douce avec ses personnages. Même dans ses moments les plus pathétiques, Óscar conserve une forme de dignité.
Le rythme du film reste assez tranquille. Certaines scènes prennent leur temps, notamment celles où le personnage marche dans la ville ou observe simplement son environnement. Cette lenteur participe à l’atmosphère mélancolique de l’ensemble. La deuxième partie du film insiste davantage sur les tensions entre les personnages et sur les limites de la relation entre Óscar et Yurlady. Le récit devient alors plus amer, sans perdre complètement son humour. Un poète n’est pas un film surprenant, il ne cherche pas non plus à proposer une vision idéalisée de l’artiste. Simón Mesa Soto préfère montrer la fragilité d’un homme qui continue de croire à quelque chose que beaucoup considèrent comme inutile.
Cette approche donne naissance à un film parfois maladroit mais souvent touchant. Derrière ses situations absurdes et ses dialogues parfois grinçants, Un poète reste avant tout le portrait d’un individu qui refuse de renoncer à sa passion. Dans un paysage cinématographique souvent dominé par des récits plus formatés, ce film colombien apporte un truc différent. Il rappelle que le cinéma peut aussi s’intéresser à des personnages marginaux, à leurs échecs et à leurs petites victoires invisibles.
Note : 7/10. En bref, Un poète n’est pas un film surprenant, il ne cherche pas non plus à proposer une vision idéalisée de l’artiste. Simón Mesa Soto préfère montrer la fragilité d’un homme qui continue de croire à quelque chose que beaucoup considèrent comme inutile. Cette approche donne naissance à un film parfois maladroit mais souvent touchant.
Sorti le 29 octobre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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