25 Mars 2026
Victor comme tout le monde // De Pascal Bonitzer. Avec Fabrice Luchini, Chiara Mastroianni et Marie Narbonne.
Difficile de ne pas commencer par un fait marquant : Pascal Bonitzer a sorti deux films en à peine deux mois. Après Maigret et le mort amoureux en février, voilà Victor comme tout le monde qui arrive déjà en salles. Un rythme étonnant, presque à contre-courant, qui pouvait laisser espérer une vraie dynamique créative. Mais à l’arrivée, ce nouveau long-métrage donne plutôt l’impression d’un projet inégal, porté par une bonne idée… mais jamais vraiment exploitée. Le film suit Robert Zuchini, un comédien passionné par Victor Hugo, qui se produit sur scène en récitant ses textes.
Habité par Victor Hugo, le comédien Robert Zucchini traîne une douce mélancolie lorsqu'il n'est pas sur scène. Chaque soir, il remplit les salles en transmettant son amour des mots. Jusqu’au jour où réapparaît sa fille, qu’il n’a pas vue grandir… Et si aimer, pour une fois, valait mieux qu’admirer ?
À côté de cette vie d’artiste, son existence personnelle est plus fragile : il a perdu le lien avec sa fille depuis des années. La mort de son ex-compagne devient alors un point de bascule, une occasion de renouer avec elle et d’entamer un voyage, à la fois géographique et intime, jusqu’à Guernesey, lieu emblématique de l’exil de Hugo. L’idée de départ fonctionne. Le parallèle entre la vie de Victor Hugo — notamment la perte de sa fille Léopoldine — et celle de ce père absent est pertinent. Il y avait là matière à un vrai film sur la transmission, le regret et la difficulté d’aimer. Mais cette promesse reste en grande partie sur le papier.
Ce qui capte vraiment l’attention, ce sont les scènes de spectacle. Et pour cause : il ne s’agit pas de simples reconstitutions. Le film intègre directement des captations du véritable spectacle de Fabrice Luchini, « Fabrice Luchini est Victor Hugo ». Et là, il se passe quelque chose. Luchini est dans son élément, précis, habité, totalement connecté au texte. Ces moments-là sont vivants, incarnés, et donnent un aperçu de ce que le film aurait pu être s’il avait davantage misé sur cette dimension. Ces séquences ont une valeur presque documentaire. Elles montrent un acteur en pleine maîtrise de son art, capable de rendre Hugo accessible, vibrant, parfois même drôle.
C’est sans doute ce qu’il y a de plus réussi dans Victor comme tout le monde. Et paradoxalement, cela met encore plus en évidence les limites du reste. Car en dehors de ces captations, le film change de ton… et perd en intérêt. Le récit devient vite ennuyeux, avec une impression de surplace qui s’installe. Les dialogues s’enchaînent, souvent longs, parfois pesants, comme si le film cherchait à compenser son manque d’action par une accumulation de mots. Résultat : une sensation de lourdeur qui empêche l’émotion de circuler. La relation entre Zuchini et sa fille aurait dû être le cœur du film. Pourtant, elle reste assez froide. Le lien ne prend pas vraiment, malgré les intentions affichées.
Le scénario insiste, explique, répète, mais sans réussir à créer une vraie connexion. Le parallèle avec Hugo devient alors appuyé, presque démonstratif, au lieu de s’intégrer naturellement au récit. Le film donne aussi l’impression de ne jamais vraiment décoller. Il avance lentement, sans véritable montée dramatique. Même les moments censés être plus intenses arrivent de manière prévisible, sans surprise. Il manque une tension, un enjeu clair, quelque chose qui donne envie de s’investir émotionnellement. La mise en scène, de son côté, reste assez discrète. Cela pourrait être un choix cohérent, mais ici, cela accentue le côté plat du récit.
Les passages à Guernesey, pourtant chargés de symboles, ressemblent parfois davantage à une illustration qu’à un moment fort de cinéma. Là encore, l’idée est là, mais son traitement reste trop sage. Un autre problème vient du déséquilibre entre les personnages. Fabrice Luchini occupe presque tout l’espace, ce qui laisse peu de place aux autres. Sa fille, pourtant essentielle à l’histoire, manque de consistance. Les seconds rôles apparaissent puis disparaissent sans vraiment marquer. Au final, Victor comme tout le monde repose presque entièrement sur son acteur principal. Et si l’on apprécie Luchini, il y a de quoi trouver un certain plaisir dans ses performances, surtout sur scène.
Mais cela ne suffit pas à faire tenir un long-métrage. Ce qui ressort, c’est une forme de frustration. Le film avait des éléments intéressants : un acteur habité, un matériau littéraire riche, un thème universel. Mais tout cela reste dispersé, comme si le projet n’avait pas trouvé sa bonne direction. Le mélange entre fiction et captation de spectacle aurait pu être une force. Ici, il crée surtout un contraste qui dessert la partie narrative.
Note : 3/10. En bref, un film porté par Luchini mais freiné par son propre scénario. Seules les captations du spectacle de Fabrice Luchini font mouche.
Sorti le 11 mars 2026 au cinéma
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