Critique Ciné : Waltzing with Brando (2026)

Critique Ciné : Waltzing with Brando (2026)

Waltzing with Brando // De Bill Fishman. Avec Billy Zane, Richard Dreyfuss et Tia Carrere.

 

Avec Waltzing with Brando, le cinéma tente une nouvelle fois de s’approcher de la figure insaisissable de Marlon Brando. Sur le papier, le projet intrigue : raconter une période méconnue de la vie de l’acteur, lorsqu’il cherchait à construire une sorte de refuge écologique sur une île en Polynésie. Pourtant, malgré un point de départ intéressant, le film laisse une impression étrange, comme s’il passait constamment à côté de son sujet. L’histoire ne suit pas directement Brando, mais Bernard Judge, un architecte californien chargé de concrétiser ce projet ambitieux entre la fin des années 60 et le début des années 70. 

 

L'histoire vraie de la rencontre entre un architecte et Marlon Brando. De 1969 à 1974, les deux hommes se côtoyent sur une île minuscule de l'archipel de Tahiti en vue d'y bâtir un petit paradis habitable et retiré du monde.

 

Un choix narratif qui peut se défendre, mais qui pose rapidement problème. Car face à une personnalité aussi fascinante que celle de Brando, difficile de s’intéresser pleinement à un personnage beaucoup plus effacé. Bernard Judge est présenté comme un homme sérieux, presque rigide, plongé dans un univers qui ne lui ressemble pas. Son arrivée à Tahiti marque un tournant dans sa vie, autant professionnel que personnel. Il découvre un environnement radicalement différent, mais surtout un homme imprévisible, parfois charmeur, parfois déroutant. Le film joue beaucoup sur cette opposition entre les deux hommes, mais sans jamais vraiment creuser leur relation.

 

Le principal défaut de Waltzing with Brando, c’est justement cette incapacité à aller plus loin. Le film accumule les anecdotes, les situations parfois amusantes, mais sans construire un vrai fil émotionnel. Il donne l’impression d’enchaîner des moments sans jamais leur donner de réelle importance. Résultat : difficile de s’attacher aux personnages ou de comprendre ce qui est vraiment en jeu. Et pourtant, il y avait matière à raconter quelque chose de fort. Entre la volonté de Brando de fuir Hollywood, ses idées sur l’écologie, ses contradictions, ou encore les difficultés concrètes liées à la construction sur une île isolée, le sujet est riche. Mais le film reste en surface, préférant une approche légère, parfois trop.

 

Ce ton hésitant se ressent tout au long du métrage. Entre comédie et drame, Waltzing with Brando ne choisit jamais vraiment. Certaines scènes semblent vouloir faire rire, d’autres tentent d’apporter de la profondeur, mais l’ensemble manque de cohérence. Le résultat donne une œuvre un peu déséquilibrée, qui peine à trouver son rythme. Le cas de Bernard Judge illustre bien ce problème. Censé être le personnage principal, il n’a pourtant jamais le poids nécessaire pour porter le film. Sa transformation, son évolution, ses dilemmes personnels restent assez superficiels. 

 

Même ses relations familiales, pourtant évoquées à plusieurs reprises, manquent de développement et semblent parfois ajoutées sans réel impact. À l’inverse, chaque apparition de Marlon Brando capte immédiatement l’attention. Et pour cause : Billy Zane livre une performance marquante. Grâce à un travail soigné sur le maquillage et une vraie implication dans le rôle, il parvient à recréer une présence crédible. Il ne se contente pas d’imiter, il propose une version du personnage qui attire le regard, avec ses gestes, ses silences et ses excès. Le problème, c’est que le film ne lui laisse pas assez de place pour exister pleinement. Brando reste en retrait, presque utilisé comme un élément secondaire, alors qu’il est clairement le moteur de l’intérêt. 

 

À chaque fois qu’il disparaît de l’écran, le film perd en intensité. Cela crée un déséquilibre constant entre ce que le film montre et ce qu’il aurait pu explorer. Certaines scènes tentent pourtant de donner un peu plus de consistance au personnage, notamment à travers des reconstitutions de moments célèbres de sa carrière. Mais ces passages, bien que techniquement réussis, coupent souvent le rythme du récit. Ils donnent parfois l’impression d’être là pour montrer le travail de l’acteur plutôt que pour servir l’histoire. Le décor, lui, fonctionne plutôt bien. Les paysages de Tahiti apportent une vraie dimension visuelle au film. L’île est filmée comme un lieu à part, presque irréel, ce qui renforce l’idée d’un projet hors norme. 

 

Mais là encore, le film reste en surface, utilisant ce cadre comme un simple décor plutôt que comme un élément narratif à part entière. Sur le fond, Waltzing with Brando aborde aussi des thèmes intéressants, comme l’écologie ou le rejet du système hollywoodien. Mais ces idées sont souvent évoquées sans être vraiment développées. Elles apparaissent, disparaissent, sans jamais structurer le récit. Le film donne parfois l’impression de vouloir tout aborder sans jamais approfondir. Le dernier acte accentue encore ce sentiment. Le projet de construction devient plus compliqué, les enjeux financiers apparaissent, mais tout semble traité de manière un peu rapide. 

 

Certaines tensions sont évoquées puis abandonnées, comme si le film ne savait pas comment les intégrer. Au final, Waltzing with Brando laisse une impression de potentiel non exploité. Il y avait une vraie histoire à raconter, un personnage central fascinant, et un contexte original. Mais le film ne parvient jamais à assembler ces éléments de manière convaincante. Reste la performance de Billy Zane, qui sauve en partie l’ensemble. Sans lui, le film aurait sans doute du mal à retenir l’attention. Mais même avec cette prestation, difficile d’oublier que Waltzing with Brando passe à côté de ce qui faisait toute sa promesse.

 

Note : 4.5/10. En bref, un biopic bancal sauvé par une performance inattendue. Billy Zane sauve en partie l’ensemble. Un film qui se regarde sans déplaisir, mais qui laisse surtout l’impression d’une occasion manquée.

Prochainement en France

 

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