29 Avril 2026
Il y a des sujets dont on parle peu, ou alors avec une pudeur qui finit par masquer la réalité. La série Babies prend le contre-pied total de cette tendance. En six épisodes, elle nous plonge dans l’intimité de Lisa et Stephen, un couple qui traverse ce que beaucoup vivent dans l’ombre : l’enchaînement des fausses couches. Mais au-delà du désir d’enfant, c’est surtout une autopsie du couple et de la solitude à deux que nous propose la série. Dès le départ, Lisa et Stephen nous ressemblent. Ils s'aiment, ils rigolent, ils ont leurs petites habitudes. C’est un couple normal, et c’est précisément ce qui rend la suite si percutante.
Le portrait bouleversant d’un couple, face à la difficulté d’avoir un enfant. Entre espoir, désillusion et chagrin et malgré les moments sombres et la solitude qui les traversent, la vie de Lisa et Stephen suit son cours, unis par l’humour et l’amour. Une traversée qui révèle la force de leur lien et les rapproche plus que jamais.
Quand la première grossesse s’arrête, puis la deuxième, la fissure apparaît. Ce n'est pas un grand drame hurlé, c’est quelque chose de plus sournois. Le silence s’installe, non pas par manque d’amour, mais parce qu’ils ne savent tout simplement plus quoi se dire. La force de la série réside dans son refus du spectaculaire. On suit leur quotidien presque mécaniquement. Les salles d'attente, les rendez-vous médicaux qui se ressemblent tous, les espoirs qui retombent... Tout est filmé avec une forme de banalité qui rend l'impuissance du couple encore plus concrète. On ressent ce blocage permanent, cette impression de faire du surplace pendant que le reste du monde continue de tourner.
C’est frustrant, et c’est exactement ce que vivent les personnages. La narration prend son temps, parfois peut-être un peu trop, mais c'est un choix cohérent. En étirant certaines scènes, la série nous force à rester dans l’inconfort avec eux. On ne zappe pas la douleur, on la subit à leur rythme. Ce n’est pas toujours agréable, mais c’est d’une justesse rare. Le cercle social qui gravite autour d’eux apporte un contraste nécessaire, même s'il est parfois agaçant. On pense surtout à Dave, l’ami de Stephen. Il représente cette part de l’entourage qui, faute de savoir gérer ses propres émotions, se réfugie dans un humour un peu lourd et des remarques déplacées.
C’est le pote qui veut détendre l’atmosphère mais qui finit par rendre le malaise encore plus épais. À travers lui, la série pointe du doigt l'immaturité émotionnelle et la difficulté qu'ont certains hommes à aborder de vrais sujets de fond. Stephen, de son côté, incarne parfaitement cette posture du "pilier" qui finit par s'effriter. Il veut rester positif, il veut avancer, il répète des phrases rassurantes comme des mantras. Mais à force de vouloir tout gérer par l’optimisme, il s’enferme dans un déni qui l’éloigne de Lisa. Il est là physiquement, mais émotionnellement, il y a un mur. Lisa, elle, ne cache rien. Sa colère, sa tristesse et même sa jalousie envers les autres femmes enceintes éclatent sans filtre.
Ce décalage entre les deux est le cœur du problème : l’un veut contrôler la situation, l’autre veut juste vivre son deuil. Aucun des deux n’est le méchant de l’histoire, ils sont juste deux personnes qui souffrent différemment et qui n'arrivent plus à se rejoindre sur le même terrain. Techniquement, la série fait le choix de la sobriété. La caméra reste souvent en retrait, comme pour respecter une intimité qu'on aurait presque l'impression de violer. Il n'y a pas de musiques larmoyantes pour nous dire quoi ressentir. Le silence des scènes est parfois plus pesant que n'importe quel violon. Certes, tout n'est pas parfait. Le format de six épisodes d'une heure peut sembler long pour un sujet aussi intimiste.
Certains personnages secondaires manquent de nuance et tombent parfois dans la caricature. Mais l'essentiel est ailleurs. La série pose les bonnes questions : comment on continue après avoir tout essayé ? Est-ce que l'espoir peut devenir toxique ? Comment ne pas se perdre de vue quand la douleur nous isole ? Le final ne cherche pas à nous offrir une fin parfaite ou une solution miracle. Il propose une ouverture, une forme de lucidité fragile. On comprend que les choses peuvent changer, mais que ça demandera du temps et, surtout, une sincérité brutale. En résumé, Babies n'est pas une série plaisir au sens classique du terme. C’est une expérience immersive, parfois difficile, mais nécessaire.
Elle lève le voile sur un sujet tabou avec une honnêteté qui fait du bien, malgré la dureté du propos. Si vous cherchez un récit qui prend le temps d'explorer la psychologie humaine sans artifices, c'est une œuvre qui mérite vraiment votre attention. On en ressort avec une sensation étrange, entre mélancolie et compréhension, conscient que les batailles les plus dures sont souvent celles qui se mènent à voix basse, dans le salon d'un appartement ordinaire.
Note : 7.5/10. En bref, Babies livre un portrait d'une justesse rare sur le tabou des fausses couches, délaissant le mélo facile pour explorer la lente érosion d'un couple qui ne sait plus se parler. Malgré quelques longueurs et des personnages secondaires inégaux, cette série frappe fort par son refus des faux-semblants et sa mise en scène d'un quotidien d'une sincérité désarmante.
Prochainement en France
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