1 Avril 2026
Anemone - Les racines du mensonge // De Ronan Day-Lewis. Avec Daniel Day-Lewis, Sean Bean et Samantha Morton.
Il y avait pourtant de quoi être curieux face à Anemone – Les racines du mensonge. Un premier film signé Ronan Day-Lewis, le retour d’un acteur mythique après une longue pause, un projet familial présenté comme intime et profond… Sur le papier, tout invitait à espérer un drame puissant, habité, presque viscéral. À l’écran, la réalité est nettement plus laborieuse. Le film raconte l’histoire de Jem, qui part retrouver son frère Ray, retiré depuis des années au fond des bois. L’objectif est clair : comprendre, parler, faire remonter à la surface des blessures anciennes. Le récit s’ancre dans les traumatismes familiaux, les silences accumulés et une violence héritée.
Voilà 10 ans que Ray Stroker s'est exilé au cœur d'une forêt reculée d'Angleterre, coupé du monde et de sa famille. Mais lorsque celle-ci décide de renouer le contact, les traumatismes de chacun refont surface. Après une décennie de silence, l'heure est venue pour Ray de se confronter à ses secrets.
Sur le fond, difficile de reprocher au film son ambition. Sur la forme, c’est une autre histoire. Dès les premières minutes, Anemone – Les racines du mensonge installe une atmosphère lourde, presque étouffante. Le décor naturel, les forêts, les ciels changeants, tout semble pensé pour créer une immersion. Le problème, c’est que cette ambiance finit par tourner en rond. Les plans s’étirent, les silences s’accumulent, et le film donne rapidement l’impression de vouloir dire beaucoup sans vraiment savoir comment s’y prendre. Le cœur du récit repose sur les retrouvailles entre les deux frères. Ray, incarné par Daniel Day-Lewis, vit en ermite, marqué par son passé.
Jem tente de renouer un lien, de comprendre ce qui a brisé leur famille. Sur le papier, cette confrontation promet des moments forts. Dans les faits, elle se transforme souvent en une succession de monologues lourds, parfois presque théâtraux, qui peinent à toucher réellement. Il faut reconnaître une chose : Daniel Day-Lewis reste impressionnant. Même dans un film qui ne l’aide pas, il parvient à donner de l’épaisseur à son personnage. Chaque regard, chaque geste semble réfléchi. Il habite littéralement l’écran. Le problème, c’est que tout repose sur lui. Le reste du casting, pourtant solide, semble relégué au second plan, sans véritable espace pour exister.
Le film aborde des thèmes universels : la culpabilité, la transmission de la violence, le poids du passé. Mais il le fait de manière appuyée, presque insistante. Là où un peu de subtilité aurait permis de créer une émotion sincère, Anemone préfère souligner chaque idée, chaque symbole. Résultat : l’ensemble devient vite pesant. La mise en scène n’aide pas non plus. Les ralentis, les gros plans, les coupures brutales… tout semble vouloir donner une dimension artistique au film. Mais à force d’en faire trop, le résultat paraît artificiel. Certaines séquences ressemblent davantage à un exercice de style qu’à un moment de cinéma. Le film donne souvent l’impression de chercher à impressionner plutôt qu’à raconter.
Le scénario, coécrit par le réalisateur et son père, est sans doute le point le plus fragile. L’histoire avance lentement, parfois sans direction claire. Les révélations, censées être fortes, sont souvent prévisibles. Et surtout, elles arrivent tard, après une accumulation de scènes contemplatives qui finissent par user la patience. Le film joue aussi avec une dimension plus mystique, presque onirique. Des touches de symbolisme viennent s’ajouter au récit principal. Sur le principe, l’idée n’est pas mauvaise. Mais ici, elle semble déconnectée du reste, comme un ajout qui ne trouve jamais vraiment sa place. Cela renforce cette impression de confusion générale.
Il y a pourtant de bonnes choses. La photographie est soignée, certains plans sont vraiment beaux. La nature est mise en valeur, presque comme un personnage à part entière. Mais là encore, cela ne suffit pas à compenser les faiblesses du récit. Un beau cadre ne remplace pas une histoire solide. Le rythme, lui, pose un vrai problème. Le film prend son temps, parfois beaucoup trop. Certaines scènes semblent s’étirer sans raison, comme si le montage refusait de trancher. Cette lenteur peut fonctionner dans certains drames. Ici, elle finit surtout par créer de l’ennui. Ce qui frappe, c’est ce décalage entre l’ambition affichée et le résultat. Anemone – Les racines du mensonge veut être un grand drame familial, une œuvre introspective, presque méditative.
Mais il manque de maîtrise pour atteindre cet objectif. Le film donne souvent l’impression d’être une première version, pas totalement aboutie. La question de la filiation, au cœur du film, dépasse même l’histoire racontée à l’écran. Difficile de ne pas voir dans ce projet une œuvre très personnelle, presque intime. Mais ce qui peut être touchant sur le papier devient ici un peu gênant, comme si le film restait enfermé dans sa propre bulle. C’est le genre de film qui cherche à marquer les esprits, une œuvre qui se regarde, parfois avec intérêt, souvent avec distance, et qui s’oublie plus vite qu’elle ne le pense.
Note : 4/10. En bref, Anemone – Les racines du mensonge n’est pas un désastre total, mais il laisse un sentiment de frustration. Il y avait des idées, un acteur capable de porter le projet, un sujet fort. Mais tout cela se dilue dans une mise en scène trop appuyée, un scénario hésitant et un rythme mal maîtrisé.
Sorti le 25 mars 2026 au cinéma
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