Critique Ciné : Bagarre (2026)

Critique Ciné : Bagarre (2026)

Bagarre // De Julien Royal. Avec Nassim Lyes, Ramzy Bedia, Anaïde Rozam et Audrey Lamy.

 

On va être clair : quand on lance Bagarre, on ne s'attend pas à du Shakespeare, et c’est tant mieux. Le cinéma français s’essaie ici à un exercice périlleux, celui de la comédie d’action qui cogne dur tout en essayant de nous faire marrer. Porté par un Nassim Lyes qui semble né pour ce genre de rôles, le film débarque avec ses gros sabots, son humour qui ne s'excuse de rien et une générosité qui fait plaisir à voir, même si le résultat final manque parfois un peu de souffle. L'histoire nous présente Naïm, un gars qui détonne complètement dans le paysage habituel des films de baston. On a l'habitude des héros torturés, sombres, ou carrément terrifiants. 

 

Naim est un amour dans la vie et un monstre quand il s’agit de se battre. Pour soigner sa chienne malade il est contraint d’intégrer « Allo Bagarre » un service de combattants de rue qui règlent les embrouilles à coups de poings. Mais le jour où il comprendra que les conflits se règlent par le dialogue, Naim aura bien du mal à se faire entendre.

 

Naïm, lui, c’est la crème de la crème. Il est d’une gentillesse presque maladive, un peu naïf, voire totalement décalé par rapport à la brutalité du monde qui l'entoure. C’est ce contraste permanent qui fait le sel du film. On se retrouve avec un type qui s’excuse presque avant de décrocher une droite monumentale. Ce décalage immédiat donne une identité propre au projet et évite de tomber dans le simple copier-coller des productions d'action classiques. Le pitch de départ est aussi simple qu’efficace. Naïm a besoin d’argent, et vite. Pour s’en sortir, il se retrouve embarqué dans des combats de rue. C’est là qu'intervient l’idée d’“Allo Bagarre”, une sorte de service à la demande pour distribuer des baffes, qui sert de fil rouge à l’intrigue. 

 

C’est absurde, c’est tiré par les cheveux, mais ça permet d’enchaîner les situations improbables sans avoir besoin de nous servir des explications interminables. On est là pour l'action, et le film l'a bien compris. Dès les premières minutes, le ton est donné. Bagarre n'est pas là pour faire dans la dentelle ou la poésie. Les dialogues sont crus, le langage est fleuri et l’humour tape souvent en dessous de la ceinture. C’est un parti pris assumé qui, forcément, va diviser. Certains trouveront ça rafraîchissant de voir un film qui ne se censure pas, tandis que d’autres risquent de saturer devant la répétition de certains ressorts comiques un peu lourds. C’est un équilibre fragile : parfois ça tombe pile poil, parfois ça force un peu trop le trait.

 

Pourtant, ce qui sauve l’ensemble, c’est l’énergie communicative du film. Ça bouge tout le temps, le rythme est soutenu et on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. Un point d'honneur a été mis sur les scènes de combat. Les chorégraphies ne sont pas brouillonnes ; au contraire, c’est lisible, bien cadré et ça a de l’impact. On sent que Nassim Lyes s’est donné physiquement pour que les affrontements soient crédibles. Sans être une révolution technique, le film livre une marchandise honnête pour quiconque aime voir de la belle castagne. Nassim Lyes, justement, est le moteur principal de cette machine. Il arrive à rendre Naïm attachant malgré ses côtés parfois un peu trop "idiot du village". 

 

Il y a un vrai capital sympathie qui se dégage de sa performance. Le reste de la distribution suit le mouvement avec une belle alchimie. On sent que l’équipe s’est amusée sur le plateau, et cette complicité transparaît à l’écran. Les quelques caméos et visages familiers viennent pimenter le tout, même si c’est plus pour le clin d’œil que pour l'apport réel au scénario. Plus surprenant encore, le film essaie, par petites touches, de raconter quelque chose sur la gestion de la violence. À travers le parcours de Naïm, on perçoit une réflexion, certes légère, sur la manière d'affronter les conflits. C’est loin d'être un essai philosophique, mais cette petite couche supplémentaire évite au film de n'être qu'une succession de gnons gratuits. 

 

Malheureusement, le scénario a tendance à s’essouffler à mi-parcours. On a parfois l’impression que le récit tourne en rond pour atteindre la durée réglementaire, avec des scènes qui n'apportent pas grand-chose à la progression de l'histoire. Visuellement, on reste sur du fonctionnel. Le décor urbain est bien exploité, c’est propre, mais ça manque peut-être d’une petite patte artistique qui aurait permis au film de vraiment sortir du lot. L’esthétique est mise au service de l’efficacité pure. Au bout du compte, Bagarre est un divertissement qui assume ses défauts. L’écriture est parfois inégale, l’humour pourra en fatiguer certains, mais la sincérité du projet est indéniable. 

 

Note : 6.5/10. En bref, on est face à une comédie d’action qui remplit son contrat : on débranche le cerveau, on apprécie la performance de l’acteur principal et on profite des scènes d’action bien troussées. Ce n’est pas le film de l’année, mais c’est une proposition honnête pour une soirée sans prise de tête. Si vous aimez le style brut et les personnages un peu lunaires, vous y trouverez largement votre compte.

Sorti le 15 avril 2026 au cinéma

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article