Critique Ciné : Dites-lui que je l'aime (2025)

Critique Ciné : Dites-lui que je l'aime (2025)

Dites-lui que je l’aime // De Romane Bohringer. Avec Romane Bohringer, Clémentine Autain et Eva Yelmani.

 

Avec Dites-lui que je l’aime, Romane Bohringer propose un objet de cinéma difficile à ranger dans une case. À mi-chemin entre documentaire, fiction et introspection personnelle, le film s’appuie sur le livre de Clémentine Autain pour tisser un récit à deux voix. Une œuvre qui parle avant tout d’enfance, d’absence et de transmission, avec une sincérité qui ne laisse pas indifférent. Dès les premières minutes, le projet intrigue. L’idée de croiser deux histoires personnelles marquées par la disparition d’une mère pose une base forte.

 

Romane décide d’adapter pour le cinéma le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère. Ce projet va l’obliger à se confronter à son passé et à sa propre mère qui l’a abandonnée quand elle avait neuf mois.

 

D’un côté, Clémentine Autain, autrice du livre original, revient sur son passé et sur la figure de sa mère, l’actrice Dominique Laffin. De l’autre, Romane Bohringer fait écho à ce récit en explorant sa propre histoire familiale. Le film devient alors un miroir, parfois troublant, entre deux trajectoires qui se répondent. Ce qui frappe dans Dites-lui que je l’aime, c’est son format. Le film ne se contente pas d’adapter un livre. Il joue avec plusieurs registres : lecture à voix haute, scènes rejouées, images d’archives, moments plus proches du documentaire. Ce mélange peut surprendre au début, surtout parce que le rythme met un peu de temps à s’installer.

 

Certaines séquences montrent Clémentine Autain en train de lire son texte face caméra. Ces passages apportent une forme de douceur, presque de retenue, mais ils peuvent aussi casser l’élan du film. À plusieurs reprises, l’impression de répétition s’installe, comme si le récit avançait par à-coups. Et pourtant, dès que le film quitte cette approche statique pour aller vers des images plus incarnées, il gagne en force. Les scènes inspirées du passé, ou les images d’archives, donnent une vraie matière émotionnelle. Là, le cinéma prend le relais du texte, et l’histoire devient plus vivante. Le cœur du film repose sur un parallèle entre deux enfances marquées par une mère absente. 

 

Clémentine Autain et Romane Bohringer partagent une expérience commune : grandir sans figure maternelle stable, puis faire face à une disparition prématurée. Ce point commun crée une vraie cohérence thématique. Le film parle de manque, de construction personnelle, mais aussi de résilience. Il montre comment ces failles peuvent devenir une force avec le temps. Mais ce choix narratif a aussi ses limites. À force d’entremêler les deux récits, le film peut perdre en lisibilité. Il arrive de ne plus savoir immédiatement de quelle histoire il est question. Certains souvenirs se ressemblent, certaines situations se font écho, au point de brouiller les repères.

 

Cette confusion n’est pas forcément un défaut en soi, mais elle demande une certaine attention. Le film ne guide pas toujours clairement, et chacun doit faire l’effort de suivre ces deux trajectoires en parallèle. Malgré son sujet très intime, Dites-lui que je l’aime ne tombe jamais dans quelque chose de déplacé. La démarche reste pudique. Romane Bohringer se met à nu, mais sans chercher à provoquer. Le film aborde des thèmes lourds : abandon, alcoolisme, enfance instable. Pourtant, il ne s’installe pas dans la plainte. Il y a même une forme d’apaisement qui se dessine au fil du récit. Les deux femmes semblent chercher à comprendre plutôt qu’à juger.

 

Ce regard apporte une certaine justesse. Il y a de la douleur, bien sûr, mais aussi une volonté de reconstruire quelque chose. Le film parle autant des mères que des filles, avec leurs failles et leurs contradictions. La réalisation de Romane Bohringer oscille entre deux approches. D’un côté, une mise en scène très simple, presque minimaliste, avec des plans fixes et des lectures. De l’autre, des moments plus incarnés, où le film s’autorise une vraie dimension cinématographique. Certaines idées fonctionnent bien, notamment l’utilisation d’images d’archives qui renforcent le réalisme du récit. D’autres choix, comme certaines reconstitutions ou essais de casting, semblent moins aboutis.

 

Le film donne parfois l’impression de chercher sa forme en cours de route. Ce côté expérimental peut séduire, mais il peut aussi créer une distance. Tout ne s’imbrique pas parfaitement, et certaines séquences paraissent moins nécessaires. Impossible de parler du film sans évoquer la figure de Dominique Laffin, dont la présence plane sur tout le récit. Actrice marquante, disparue jeune, elle devient ici un symbole à la fois de liberté et de fragilité. Le film donne envie de redécouvrir son parcours, mais aussi celui des autres figures évoquées. Il y a quelque chose de fort dans cette manière de faire revivre des souvenirs à travers le cinéma. À l’inverse, certains choix peuvent frustrer. 

 

La présence de Richard Bohringer, par exemple, reste très discrète. Une apparition presque muette, qui laisse un sentiment d’inachevé. Dites-lui que je l’aime ne cherche pas à plaire à tout le monde. Son format, son rythme et son ton peuvent dérouter. Il y a des longueurs, des hésitations, et des choix qui ne convainquent pas toujours. Mais il y a aussi une vraie proposition. Le film ose une forme personnelle, presque fragile, qui reflète son sujet. Il ne suit pas les codes classiques, et c’est aussi ce qui le rend intéressant. Même sans adhérer totalement à l’ensemble, difficile de rester indifférent. Certaines scènes touchent, certaines idées restent en tête, et l’émotion finit par s’installer.

 

Note : 6.5/10. En bref, avec Dites-lui que je l’aime, Romane Bohringer livre un film personnel, parfois déséquilibré, mais sincère. Entre adaptation et introspection, le long métrage explore des thèmes universels à travers un prisme très intime. Le résultat n’est pas toujours fluide, mais il a le mérite d’exister tel qu’il est : fragile, direct, et sans filtre. Un film qui demande de la patience, mais qui peut toucher là où il ne l’avait pas forcément prévu.

Sorti le 3 décembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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