Critique Ciné : Dolly (2026)

Critique Ciné : Dolly (2026)

Dolly // De Rod Blackhurst. Avec Fabianne Therese, Seann William Scott et Ethan Suplee.

 

Avec Dolly, le réalisateur propose un retour assumé à un certain cinéma d’horreur à l’ancienne. Dès les premières minutes, le ton est donné : grain d’image en 16 mm, ambiance sale, forêt isolée et menace qui rôde. L’intention est claire, presque revendiquée. Le film cherche à renouer avec les sensations des vieux slashers des années 70 et 80, ceux qui misaient autant sur le malaise que sur la violence frontale. L’histoire suit un couple parti en randonnée dans les bois, avec une idée bien précise en tête : une demande en mariage. Mais ce moment intime bascule rapidement lorsqu’ils croisent la route de Dolly, une figure inquiétante cachée derrière un masque de poupée en porcelaine. 

 

Une jeune femme, Macy, lutte pour survivre après avoir été enlevée par une créature monstrueuse bien décidée à l’élever comme sa propre enfant.

 

Le personnage intrigue au premier regard. Entre silhouette imposante et comportement enfantin, Dolly cherche à s’imposer comme une nouvelle icône du cinéma d’horreur. Sur le papier, l’idée fonctionne. Dans les faits, le résultat reste plus hésitant. Le film tente de construire un univers autour de cette tueuse, notamment avec une obsession autour de la maternité. Dolly ne se contente pas de traquer ses victimes, elle semble vouloir recréer une forme de famille déformée. Cette approche apporte quelques idées dérangeantes, notamment dans certaines scènes où la violence se mêle à une forme de rituel malsain. Pourtant, ces moments ne sont jamais vraiment exploités sur la durée. 

 

Ils apparaissent, choquent brièvement, puis disparaissent sans réelle conséquence. C’est d’ailleurs l’un des problèmes majeurs de Dolly. Le film enchaîne les scènes choc sans toujours prendre le temps de les inscrire dans une logique globale. Certaines séquences semblent pensées uniquement pour provoquer une réaction immédiate, sans se soucier de leur impact sur le récit. Cela crée un sentiment d’incohérence, comme si le film avançait par à-coups. Le gore, lui, est bien présent. Visages écrasés, corps mutilés, violence brute : les amateurs du genre y trouveront quelques images marquantes. Mais paradoxalement, cette violence ne provoque pas toujours l’effet attendu. 

 

Au lieu de susciter la peur ou le malaise, certaines scènes deviennent presque involontairement absurdes. Le manque de réalisme dans certaines situations casse rapidement l’immersion. Un exemple frappant : des personnages subissent des blessures qui devraient être fatales, mais continuent à se déplacer ou à parler comme si de rien n’était. Ce type de détail peut sembler anodin, mais à répétition, il affaiblit la tension. Le spectateur a du mal à croire au danger réel, ce qui pose problème pour un film d’horreur. Le personnage de Dolly lui-même divise. Son design, avec ce masque de poupée, fonctionne visuellement dans certains plans. Il y a une vraie volonté de créer une image marquante. 

 

Mais le comportement du personnage, oscillant entre rage incontrôlée et infantilisation, manque parfois de cohérence. L’intention est de déranger, mais le résultat penche souvent vers quelque chose de maladroit. Du côté des acteurs, l’ensemble reste inégal. Certains visages connus apportent un peu de relief, mais peinent à s’imposer face à un scénario qui ne leur laisse pas beaucoup de place. Les dialogues manquent de naturel, et les réactions des personnages face au danger semblent souvent décalées. Il devient difficile de s’attacher à eux, ce qui réduit encore l’impact des scènes les plus violentes. Le scénario, justement, reste assez basique. 

 

Le film reprend des codes très connus : un groupe isolé, une menace imprévisible, une lutte pour survivre. Rien de surprenant en soi, mais Dolly ne parvient pas à renouveler ces éléments. L’intrigue avance sans réelle surprise, et certaines décisions des personnages frôlent l’absurde. Voir un protagoniste s’approcher volontairement du danger ou ignorer des opportunités évidentes de fuite devient vite frustrant. Pourtant, tout n’est pas à rejeter. Le travail visuel mérite d’être souligné. Le choix du 16 mm apporte une texture particulière à l’image, qui renforce l’impression de regarder une œuvre sortie d’une autre époque. Certaines séquences, notamment dans la dernière partie, proposent même des plans assez travaillés, presque psychédéliques. 

 

Dans un autre contexte, ces idées auraient pu donner un résultat plus abouti. Mais Dolly reste coincé entre deux intentions. D’un côté, un hommage sincère aux films d’horreur old school. De l’autre, une envie de proposer quelque chose de plus extrême, plus frontal, proche du torture porn moderne. Ce mélange ne trouve jamais vraiment son équilibre. Le film semble hésiter entre nostalgie et provocation, sans choisir clairement sa direction. 

 

Note : 4/10. En bref, Dolly donne l’impression d’un projet qui avait du potentiel mais qui ne va pas au bout de ses idées. L’univers est esquissé sans être développé, les personnages restent en surface, et la peur laisse souvent place à une forme de distance. Dolly n’est pas totalement vide, mais il peine à transformer ses intentions en véritable proposition forte. Un hommage qui regarde beaucoup vers le passé, sans réussir à s’imposer dans le présent.

Sorti le 1er avril 2026 au cinéma

 

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