30 Avril 2026
Je m’appelle Agneta // De Johanna Runevad. Avec Eva Melander, Claes Månsson et Jérémie Covillault.
Parfois, on tombe sur un film qui ne cherche pas à faire de vagues, et c’est précisément ce qui le rend précieux. C’est le cas de Je m’appelle Agneta, réalisé par Johanna Runevad. Adapté du roman d’Emma Hamberg, ce long-métrage suédois débarque sur nos écrans sans fracas, préférant nous raconter l’histoire d’une femme que tout le monde, elle la première, semble avoir oubliée. On est loin des blockbusters survitaminés : ici, on prend le temps de respirer, d’observer et de ressentir. Agneta a 49 ans. Elle vit en Suède, et si on devait résumer son quotidien, le mot « transparent » serait sans doute le plus juste.
Agneta est pleine de couleurs et d’humour — mais on ne le devinerait pas au premier abord. À 49 ans, avec ses enfants partis et un emploi stagnant au service de la circulation, elle a l’impression de s’effacer dans le décor de sa propre vie. Tandis que son mari trouve un sens à son existence dans les bains glacés et un équipement de cyclisme hors de prix, Agneta aspire à un changement. Elle quitte la Suède pour travailler comme fille au pair en France, rêvant d’un nouveau départ — seulement pour découvrir que la personne dont elle doit s’occuper, Einar, n’est pas un jeune garçon suédois, mais un vieil homme excentrique. S’ensuit une aventure chaotique et touchante qui pousse Agneta à se poser la question : comment vivre pleinement sa seule et précieuse vie ?
Elle est mariée à un homme qui ne la voit plus, mère de deux enfants qui ne l’appellent que lorsqu’ils ont besoin de quelque chose, et employée dans un job qui ne l’intéresse pas. Dès les premières minutes, le film pose un constat assez dur mais terriblement universel : Agneta existe pour les autres, mais elle n’existe plus pour elle-même. Elle subit sa vie comme une longue suite de tâches répétitives, sans étincelle. Le déclic ne vient pas d’un grand drame, mais d’une opportunité presque absurde. Licenciée, elle tombe sur une annonce pour un poste de « jeune fille » au pair en France, en Provence. Sur un coup de tête qui ressemble à un dernier cri de survie, elle part.
Elle ne cherche pas l’aventure avec un grand A, elle veut juste un ailleurs, n’importe lequel, tant que l’air y est différent. Une fois arrivée dans le Sud de la France, le décalage est immédiat. Agneta pensait s’occuper d’un enfant, elle se retrouve face à Einar, un vieil homme excentrique et un peu lunatique qui vit dans une bastide en plein chaos. Leur rencontre n’est pas un coup de foudre amical immédiat. C’est gênant, c’est un peu « roots », et le film a la bonne idée de ne pas transformer ça en comédie potache. On reste dans le vrai, dans l’humain. Ce qui est beau dans ce récit, c’est la lenteur de la métamorphose. Agneta ne devient pas une nouvelle femme en changeant de coiffure ou de garde-robe en deux minutes de montage musical.
Son changement est interne. Il passe par des moments tout bêtes : apprendre à ne rien faire, partager un verre de vin, s’occuper d’une maison qui a une âme, et surtout, discuter avec Einar. Ces deux-là sont deux solitudes qui se percutent et finissent par se soutenir. Einar n’est pas juste le « vieux sage » de service, c’est un homme blessé par son passé, ce qui rend leur lien encore plus crédible. L’actrice Eva Melander est formidable dans ce rôle. Elle arrive à transmettre énormément de choses avec presque rien : un regard un peu perdu au début, puis une posture qui se redresse au fil des scènes. Elle incarne parfaitement cette réappropriation de soi.
Face à elle, Claes Månsson apporte une présence à la fois fragile et imposante. Le duo fonctionne sans jamais tomber dans le mélo. Le cadre de la Provence joue aussi pour beaucoup. On évite le cliché de la carte postale pour touristes. C’est plutôt la lumière et la chaleur du lieu qui servent de moteur à Agneta. On ressent physiquement le contraste avec la froideur, tant climatique qu’émotionnelle, de sa vie suédoise. C’est un décor qui invite à la liberté, à l’improvisation, loin du cadre rigide qu’elle s’était imposé pendant des décennies. Alors oui, on pourra dire que le thème de la « crise de la cinquantaine » et du départ pour se retrouver a déjà été traité mille fois. Le film n’invente rien de révolutionnaire sur le papier.
Mais la sincérité avec laquelle il traite son sujet fait toute la différence. Le récit ne cherche jamais à en faire trop, il reste à hauteur d’homme (et de femme). On aurait aimé que le film creuse un peu plus les rapports conflictuels avec sa famille restée en Suède, qui sont un peu vite expédiés, mais l’essentiel est ailleurs.
Note : 6.5/10. En bref, Je m’appelle Agneta est une parenthèse qui fait du bien. C’est une œuvre sur la possibilité de recommencer, peu importe l’âge ou le passé. C’est simple, c’est honnête, et ça nous rappelle que pour être aimé des autres, il faut peut-être d’abord se souvenir qu’on existe. Un joli moment de cinéma, à voir si vous avez envie d’une histoire qui réchauffe sans être sirupeuse.
Sorti le 29 avril 2026 directement sur Netflix
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