7 Avril 2026
Jumpers // De Daniel Chong. Avec la voix de Mallory Wanecque, Piper Curda et Artus.
Avec Jumpers, le studio Pixar (ou du moins un projet qui s’inscrit clairement dans son ADN) tente de renouer avec une recette qu’il maîtrise bien : mêler aventure, émotion et réflexion autour d’un thème contemporain. Ici, il est question d’écologie, de rapport au vivant et de colère face à un monde qui change trop vite. Sur le papier, tout semble réuni pour proposer un film d’animation marquant. Dans les faits, l’expérience laisse une impression plus contrastée. L’histoire suit Mabel, une jeune militante marquée par une sensibilité très forte à la cause animale. Dès les premières scènes, le personnage est présenté comme impulsif, presque débordé par ses émotions.
Mabel, une adolescente passionnée par les animaux, saute (littéralement !) sur l’occasion d’essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de communiquer avec eux d’une manière totalement inédite… en se glissant dans la peau d’une adorable femelle castor. Conçu par des scientifiques visionnaires, ce dispositif permet de transférer la conscience humaine dans le corps de robots-animaux plus vrais que nature. Mabel se lance alors dans une aventure unique et riche en découvertes au cœur du règne animal.
Cette colère, qui semble d’abord excessive, prend racine dans quelque chose de plus profond : une forme d’éco-anxiété, mais aussi un attachement personnel à un espace naturel menacé. Une clairière, lieu chargé de souvenirs, doit disparaître au profit d’un projet urbain porté par un maire aux intentions pas si caricaturales qu’il n’y paraît. Le point de bascule arrive lorsque Mabel utilise une technologie expérimentale qui lui permet de transférer sa conscience dans le corps d’un castor robot. Une idée qui peut sembler étrange, mais qui devient rapidement le cœur du film. En découvrant la vie animale de l’intérieur, elle accède à un monde structuré, avec ses règles, ses équilibres et ses contradictions.
Les animaux ne sont pas simplement là pour attendrir : ils vivent, s’organisent, et parfois se dévorent. Le film ne cherche pas à édulcorer complètement cette réalité, ce qui peut surprendre dans une production destinée à un jeune public. Visuellement, Jumpers propose de belles choses. Les textures de l’eau, des plantes, ou encore des constructions de castors sont travaillées avec soin. Certaines séquences, notamment celles qui jouent sur le contraste entre point de vue humain et animal, fonctionnent bien. Il y a même quelques idées de mise en scène assez inventives, notamment dans les moments où le film bascule vers quelque chose de plus étrange, presque dérangeant par instants.
Une scène impliquant une créature hybride ou un robot humanoïde apporte par exemple une tension inattendue. Mais tout n’est pas aussi maîtrisé. Le design de certains animaux peut laisser perplexe, avec un rendu parfois trop artificiel. Ce choix esthétique, qui accentue le côté anthropomorphique, casse un peu l’immersion. D’autres créatures semblent moins travaillées, comme si l’ensemble manquait d’unité. Ce n’est pas catastrophique, mais suffisant pour sortir du film à plusieurs reprises. Sur le plan narratif, Jumpers donne l’impression de vouloir aborder beaucoup de sujets sans toujours aller au bout. Le conflit entre Mabel et le maire aurait pu être plus frontal, mais le film choisit une approche plus nuancée.
Le problème, c’est que cette nuance finit par diluer le propos. Le maire n’est ni un véritable antagoniste, ni un allié. Il agit par intérêt, mais sans réelle malveillance. Résultat : la tension dramatique reste limitée. Le film tente aussi de parler de compromis, d’équilibre entre développement humain et respect de la nature. Une idée intéressante, mais qui arrive tardivement et sans être vraiment creusée. La conclusion donne le sentiment d’un message un peu adouci, comme si le film n’osait pas aller au bout de sa logique. Côté humour, le résultat est inégal. Certains gags fonctionnent, notamment ceux liés aux réactions de Mabel dans son corps de castor ou aux interactions entre animaux.
D’autres tombent à plat, souvent parce qu’ils visent un public très jeune. L’équilibre entre humour accessible et second degré, souvent réussi chez Pixar, est ici plus fragile. L’émotion, élément clé du studio, est également en retrait. Le film tente de construire une dimension sensible autour de la relation entre Mabel et sa grand-mère, mais cela reste assez attendu. Là où d’autres productions arrivaient à toucher avec simplicité, Jumpers semble parfois forcer le trait. Le résultat manque de naturel, et certaines scènes peinent à créer un véritable attachement. Cela dit, tout n’est pas à jeter. Le film propose une réflexion intéressante sur la place de l’humain dans un écosystème plus large.
Il rappelle que la nature n’est pas un décor figé, mais un ensemble vivant, avec ses règles parfois dures. Il y a aussi une volonté de montrer que les conflits ne sont jamais totalement simples, et que chacun agit selon ses propres logiques. Le rythme, lui, reste globalement correct, même si certaines séquences donnent l’impression de tourner en rond. Le film prend un peu de temps à démarrer, mais parvient ensuite à enchaîner les situations avec une certaine efficacité. Les scènes d’action, sans être mémorables, apportent un peu de dynamisme à l’ensemble. Ce n’est pas un échec total, loin de là. Il y a même quelque chose d’attachant dans cette tentative imparfaite de raconter une histoire sur la nature, la colère et le besoin de trouver sa place.
Mais difficile de ne pas penser que le film aurait pu aller plus loin, prendre plus de risques, et surtout faire davantage confiance à son sujet. Jumpers reste donc une proposition correcte, qui trouvera sans doute son public, surtout chez les plus jeunes. Pour les autres, il faudra accepter ses limites et se laisser porter par ce qu’il a de plus simple : une aventure un peu étrange, parfois drôle, et portée par une idée de départ qui mérite au moins d’être saluée.
Note : 6/10. En bref, Jumpers est un film d’animation qui ne manque pas d’idées, mais qui peine à les assembler de manière cohérente. Il oscille entre moments inspirés et passages plus convenus, entre ambition écologique et prudence narrative. Le résultat est regardable, parfois divertissant, mais rarement marquant.
Sorti le 4 mars 2026 au cinéma
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