20 Avril 2026
Le dernier pour la route // De Francesco Sossai. Avec Filippo Scotti, Sergio Romano et Pierpaolo Capovilla.
Si vous cherchez un film qui vous transporte sous le soleil de Toscane avec un verre de Spritz à la main, passez votre chemin. Avec Le dernier pour la route, Francesco Sossai nous emmène ailleurs. On est loin des clichés de l'Italie pour touristes. Ici, c'est la Vénétie grise, celle des zones industrielles et des bars de bord de route. Ce film, c'est l'histoire de deux types de cinquante ans, un peu fatigués par la vie, qui décident de rouler sans but précis. Leur seule boussole ? Le prochain comptoir. Le pitch est volontairement simple. On suit deux potes qui errent dans leur bagnole, enchaînant les arrêts pour boire un coup.
Carlobianchi et Doriano, deux cinquantenaires fauchés, errent la nuit en voiture de bar en bar, obsédés par l’idée d’un dernier verre, lorsqu’ils croisent la route de Giulio, un étudiant en architecture aussi timide que naïf. Entre confidences et gueule de bois, cette rencontre inattendue avec ces deux mentors improbables va bouleverser la vision que Giulio porte sur le monde, l’amour… et son avenir.
Ils repoussent systématiquement le moment de rentrer, comme s'ils essayaient de fuir une réalité qui va trop vite pour eux. En chemin, ils récupèrent un étudiant en architecture, un gamin un peu paumé qui se retrouve catapulté dans leur délire alcoolisé. Ce trio improbable forme le cœur battant d'un récit qui refuse de choisir entre la comédie pure et le drame social. Ce qui frappe dès le départ, c'est l'ambiance. Le film ne cherche pas à vous arracher des rires toutes les deux minutes. L'humour est là, mais il est discret, presque triste. L'alcool n'est pas utilisé comme un simple gag de vaudeville ; il sert de refuge. C'est une manière pour ces personnages de mettre le monde sur pause et de ralentir un temps qui leur échappe.
On sent une mélancolie constante, un peu comme un lendemain de fête où la lumière fait mal aux yeux mais où on n'a pas envie que ça s'arrête. Le choix des décors joue un rôle énorme. Oubliez les canaux de Venise et les palais historiques. Sossai filme une Italie brute, monotone, faite de routes nationales et de parkings déserts. C'est visuellement assez sec, presque documentaire, mais c'est hyper cohérent avec l'état d'esprit des personnages. On est dans le vrai, dans le quotidien de ceux qu'on ne voit jamais au cinéma. Ces deux hommes sont le moteur du film, même s'ils peuvent parfois être agaçants. Ils boivent trop, ils disent des bêtises, ils semblent totalement déconnectés du système.
Mais c'est justement ce détachement qui les rend attachants. Ils vivent dans leur propre bulle, sans rendre de comptes à personne. Il y a une forme de liberté là-dedans, une sorte de rébellion passive contre les responsabilités et le stress de la vie moderne. L'arrivée du jeune étudiant crée un contraste salvateur. Lui, il a encore des objectifs, des études, un futur à construire. Il observe ces deux spécimens avec un mélange de curiosité et d'incompréhension totale. C'est le choc des générations : d'un côté, la jeunesse qui cherche encore sa place ; de l'autre, des adultes qui ont visiblement décidé de lâcher l'affaire. Par contre, il faut prévenir : le film n'a pas d'intrigue classique.
Il ne se passe pas grand-chose, au sens dramatique du terme. Il n'y a pas de grand secret révélé à la fin, pas de course-poursuite haletante. Les scènes s'enchaînent de façon un peu décousue, comme des tranches de vie chopées au passage. Parfois, on a l'impression que le film tourne en rond, tout comme les personnages. Si vous aimez les histoires bien structurées avec un début, un milieu et une fin claire, ça risque de vous fatiguer un peu. Il y a aussi quelques facilités dans le scénario. Certaines rencontres tombent un peu trop bien, et on sent parfois que l'improvisation a pris le dessus sur l'écriture. Ça donne un côté spontané et frais, mais ça manque parfois de solidité.
On se demande de temps en temps où le réalisateur veut nous emmener, et il est possible qu'il ne le sache pas vraiment lui-même. Pourtant, malgré ces longueurs, le film touche juste par moments. Ce sont les petits instants qui fonctionnent le mieux : un silence dans la voiture, un regard échangé au comptoir, une phrase lancée dans le vide. Le film capte très bien cette fatigue universelle face à la pression sociale. Il nous dit que c'est ok de vouloir juste disparaître un moment, de vouloir ralentir quand tout le monde nous demande d'accélérer.
Note : 5.5/10. En bref, Le dernier pour la route est un objet cinématographique à part. C'est une parenthèse étrange, une dérive entre deux verres et quelques kilomètres de bitume. Ce n'est pas un chef-d'œuvre qui va plaire à tout le monde, mais c'est un portrait honnête et humain de ces gars paumés dans la ville.
Sorti le 8 avril 2026 au cinéma
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