23 Avril 2026
Michael // De Antoine Fuqua. Avec Jaafar Jackson, Colman Domingo et Nia Long.
S’attaquer à Michael Jackson au cinéma, c’est un peu comme vouloir gravir l’Everest en baskets : le défi est colossal, voire franchement casse-gueule. On parle d’une icône que tout le monde pense connaître par cœur, dont chaque geste a été analysé mille fois. Alors, quand les premières images de ce biopic ont filtré, je me suis demandé ce que le réalisateur allait bien pouvoir nous raconter de plus. Dès l’ouverture, le film pose ses bases. On ne nous balance pas une simple liste chronologique de records de ventes. Le scénario fait le choix de fouiller l’enfance, et plus précisément la cellule familiale. C’est le point névralgique du film.
Michael dresse le portrait cinématographique de la vie de l'un des artistes les plus influents de notre époque. Le film raconte l'histoire de Michael Jackson au-delà de la musique, depuis la découverte d'un talent hors du commun en tant que leader des Jackson Five, jusqu'à l'artiste visionnaire dont l'ambition créative a alimenté une quête incessante pour devenir le plus grand artiste au monde. Mettant en lumière sa vie hors scène et ses performances les plus emblématiques de ses débuts en solo, le film offre au public une place au premier rang pour découvrir Michael Jackson comme jamais auparavant. C'est ici que son histoire commence.
Tout tourne autour de la figure du père, Joe Jackson. Sa rudesse n'est pas jetée là pour faire du drame facile ; elle sert de moteur à toute l'intrigue. On sent cette tension permanente entre une discipline militaire et l’envie viscérale de s'évader. Le traitement du patriarche est d'ailleurs assez malin. Le film évite le piège du méchant de cartoon. On voit l'ambiguïté de l'homme : un père tyrannique, certes, mais dont la rigueur quasi obsessionnelle a permis aux Jackson 5 d'exister. Sans cette main de fer, le destin de Michael n'aurait sans doute pas été le même. Cette nuance apporte une épaisseur bienvenue à un récit qui aurait pu être bien trop plat. On suit ensuite cette construction psychologique.
Le gamin prodige devient un adulte qui semble ne jamais vouloir quitter l'enfance, comme si c’était son seul bouclier face au monde extérieur. Sur le papier, c'est passionnant. Dans les faits, le rythme du film est un peu plus cahoteux. On sent que couvrir deux décennies en quelques heures oblige à des coupes franches. Certaines scènes prennent le temps de respirer, d'autres passent à la moulinette du montage, nous laissant parfois sur notre faim. Le plus frustrant, c'est peut-être la partie créative. J’aurais aimé voir comment ses tubes sont nés, comment il construisait ses sons, ses arrangements. Ici, le film préfère nous montrer les résultats, les tableaux finaux, plutôt que le labeur en studio.
C’est un choix qui plaira au grand public, mais qui manque de sel pour ceux qui s'intéressent vraiment à la musique. Heureusement, dès que le film monte sur scène, l'énergie change de camp. Les séquences de concerts sont impressionnantes. On sent que la caméra se libère, la mise en scène devient électrique et l'émotion passe enfin. C’est là que le film trouve sa vraie raison d’être. Côté casting, c'était le gros point d'interrogation. Incarner le Roi de la Pop, c'est un cadeau empoisonné. Pourtant, la performance est là. L'acteur principal ne se contente pas de copier les mimiques ; il habite le personnage. Sa gestuelle est précise, sa voix crédible, et il parvient à retranscrire cette fragilité étrange qui caractérisait Michael.
Le duo qu'il forme avec celui qui joue son père fonctionne à merveille, créant une électricité palpable dans les moments de silence. Mais voilà, le film reste très sage. Il y a une retenue évidente dès qu'on s'approche des zones d'ombre ou des aspects plus complexes de sa vie. Le portrait est beau, mais il est très contrôlé. On sent que la production a voulu protéger l'image de la star, ce qui limite forcément l'impact du film. C’est plus un hommage qu’une enquête ou une exploration profonde de son âme. Certains spectateurs seront ravis de ce traitement respectueux, tandis que d’autres regretteront que le film ne prenne pas plus de risques. C’est le défaut des biopics officiels : on gagne en qualité visuelle ce qu’on perd en liberté de ton.
De plus, la structure même du film surprend. En s'arrêtant à un moment précis de sa carrière, on comprend vite qu'une suite est dans les tuyaux. Résultat : on sort de la salle avec un sentiment d'inachevé, comme si on n'avait vu que le premier chapitre d'un livre beaucoup plus vaste. Au final, Michael est un film solide, bien produit et porté par des acteurs qui se donnent à 200 %. On passe un bon moment, on vibre sur les morceaux cultes, mais on reste un peu en surface. Pour un artiste aussi complexe, c’est presque dommage de ne pas avoir osé aller plus loin. On attendra donc la suite pour voir si le portrait gagne enfin en profondeur.
Note : 6/10. En bref, le film propose un hommage visuellement impressionnant et porté par une interprétation bluffante, notamment lors des scènes de concert qui capturent toute l'énergie de l'icône. Je regrette toutefois un récit trop lisse et protecteur, qui survole les zones d'ombre pour rester dans le cadre d'un biopic consensuel et inachevé.
Sorti le 22 avril 2026 au cinéma
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