Critique Ciné : Ruido (2026, Sooner)

Critique Ciné : Ruido (2026, Sooner)

Ruido // De Ingride Santos Piñol. Avec Latifa Drame, Judith Álvarez Vargas et Asaari Bibang.

 

On a tous en tête cette sensation d'étouffer un peu chez soi, ce moment où l'on a l'impression que personne ne comprend vraiment ce qui se passe sous notre crâne. C’est exactement là que nous emmène Ingride Santos avec Ruido. Ce n'est pas un film qui cherche à faire du bruit pour rien, malgré son titre. C’est plutôt une plongée en apnée dans cette période un peu ingrate de l’adolescence, où l’on cherche désespérément un endroit pour respirer. Lati, le personnage principal, est le visage de cette quête. Elle n’est pas en train de faire une crise d’ado classique ou de vouloir tout casser. 

 

Lati, une adolescente d’origine africaine vivant à Barcelone, trouve refuge dans le rap après la mort de son père, musicien. Deux ans plus tard, elle rêve de percer dans le monde des battles de freestyle.

 

Ce qu'elle veut, c'est simplement s'aligner. Construire quelque chose qui lui ressemble vraiment. En face, sa mère représente tout ce qui bloque : l'inquiétude qui devient étouffante, la peur du monde extérieur qui se transforme en autorité rigide. Ce duel mère-fille, c'est le moteur du récit. C'est frontal, c’est parfois un peu sec, mais ça sonne incroyablement juste. On y voit ce fossé qui se creuse quand l'amour parental se transforme en contrôle. Le vrai point fort du film, c'est le traitement de la musique. Souvent, dans les films de ce genre, le rap est montré comme un ticket de sortie, une chance de devenir riche ou célèbre. Ici, c’est différent. 

 

Pour Lati, poser ses textes sur une instru, c’est avant tout thérapeutique. Le rap devient son espace à elle, une zone protégée où elle peut enfin dire ce qu’elle garde pour elle le reste de la journée. Elle ne cherche pas à impressionner une foule ou à gagner des trophées, elle cherche à débloquer ses propres peurs. C’est cette approche intime qui sauve le film des clichés habituels. On sent que la réalisatrice a voulu rester au plus près de la réalité, sans fioritures. La mise en scène est d’ailleurs très sobre, presque comme un documentaire. La caméra reste collée aux visages, s'enferme avec les personnages dans des chambres trop petites ou des couloirs étroits. On ressent physiquement ce sentiment d’enfermement. 

 

Le titre, Ruido, prend alors tout son sens : le vrai "bruit", ce n’est pas celui de la ville ou de la musique, c’est le vacarme mental de Lati qui essaie de trouver sa propre voix. Alors oui, cette sobriété a un revers de la médaille. Par moments, le film est tellement dans la retenue qu’on attend une explosion qui n’arrive jamais. On reste sur sa faim en espérant une scène de rupture ou un grand moment d'émotion qui viendrait tout bousculer. Ingride Santos préfère garder le contrôle, rester dans le feutré. C'est un choix courageux, mais qui pourra en laisser certains sur le côté, avec l'impression que le film manque un peu de punch. Heureusement, Latifa Drame porte le film avec une justesse impressionnante. 

 

Elle ne joue pas les apprenties stars. Elle joue une gamine qui doute, qui hésite, qui rate ses rimes et qui recommence. Sa présence est crédible parce qu'elle est vulnérable. À ses côtés, Judith Álvarez apporte une contrepartie plus mature, un peu plus fatiguée par la vie, qui donne du relief aux scènes de transmission. Leur duo fonctionne sans avoir besoin de grands discours. Techniquement, le film ne cherche pas à nous en mettre plein la vue. Les images sont froides, urbaines, sans artifices. C’est cohérent avec le propos : on est dans le vrai, pas dans un clip de rap léché. Le travail sur le son est aussi très soigné. Les moments de silence dans la maison familiale sont aussi lourds que les séquences de battle sont chargées d'adrénaline. 

 

La musique accompagne le récit sans jamais l'écraser, ce qui permet de rester concentré sur l'évolution intérieure de Lati. On pourra chipoter sur le montage, qui manque parfois de rythme au milieu du film. Certaines scènes traînent un peu en longueur alors que d’autres, plus cruciales, semblent s’expédier. C'est un petit déséquilibre qui casse parfois l'immersion. De même, le scénario reste sur des rails assez classiques. C'est un récit d'apprentissage pur jus, et si vous cherchez de la nouveauté absolue, vous risquez de trouver certaines situations un peu prévisibles. Le film préfère jouer la carte de la sincérité plutôt que celle de l'originalité à tout prix.

 

Note : 6/10. En bref, Ruido est une œuvre qui se regarde avec beaucoup d'empathie. C’est un film humble qui ne prétend pas révolutionner le cinéma, mais qui raconte quelque chose d'universel avec beaucoup de cœur. Il capte parfaitement cette urgence de s'exprimer quand on a l'impression que le monde entier nous demande de nous taire. Si vous aimez les histoires de vie brutes et les portraits d'artistes en devenir, c’est une jolie découverte qui mérite d'être vue pour sa sensibilité.

Sorti le 20 avril 2026 directement sur Sooner

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article