Critiques Séries : Criminal Record. Saison 2. Episode 1.

Critiques Séries : Criminal Record. Saison 2. Episode 1.

Criminal Record // Saison 2. Episode 1. Is It Him?

 

On attendait de voir si la confrontation électrique entre June Lenker et Daniel Hegarty allait tenir sur la durée. Avec le lancement de cette saison 2, la réponse tombe assez vite : la tension n'est pas seulement revenue, elle a grimpé d'un cran. Ce premier épisode nous replonge dans un Londres poisseux, celui des bureaux de police froids et des rues qui grondent. Ce qui fait la force de cette série, ce n'est pas tant le "qui a tué", mais plutôt "comment le système va essayer de s'en sortir". Dès l'ouverture, l'ambiance est posée. On se retrouve au cœur d'un rassemblement politique. Ce n'est pas juste une scène de foule banale pour faire joli à l'écran. 

 

C’est une démonstration de force technologique. Dans le centre de commandement, on traduit les discours en direct, on flique chaque mot, chaque intention. C’est là qu’on comprend tout de suite le thème central : la surveillance. On sent que la liberté de parler ne tient qu’à un fil, et que la police attend juste le mot de trop pour intervenir. C’est malaisant, c’est actuel, et ça fonctionne terriblement bien. Au milieu de ce chaos organisé, on retrouve DS June Lenker, toujours jouée par une Cush Jumbo impeccable. Elle est sur le terrain, dans le bruit et la sueur, alors que ses supérieurs analysent la situation bien au chaud derrière des écrans. Ce décalage entre la réalité brute de la rue et les décisions froides prises en haut lieu est au cœur de l'épisode. 

Quand des mecs masqués débarquent et que la ligne de sécurité craque, tout part en vrille. La gestion de la foule devient impossible, les radios grésillent, et l'inévitable arrive : un gamin, Rohaan, s’effondre, poignardé en plein milieu de la cohue. C'est là que la série bascule de la gestion d'ordre public à l'enquête criminelle pure. Mais encore une fois, Criminal Record ne traite pas ça comme une simple procédure. L'épisode devient très intime quand June doit faire face à la famille de la victime. On ne nous sert pas les clichés habituels du flic compatissant. On voit une méfiance profonde, des silences qui pèsent des tonnes et une douleur qui n'a pas besoin de grands discours pour se faire comprendre. 

 

June porte cette culpabilité sur ses épaules, et Cush Jumbo joue cette retenue avec une justesse incroyable. Elle ne pleure pas, elle encaisse, et on sent que chaque décision prise ce jour-là va la hanter. Pendant ce temps, dans l’ombre, Daniel Hegarty fait son retour. Peter Capaldi a toujours cette présence magnétique, un mélange de fatigue et de dangerosité qui crève l’écran. Son intrigue à lui semble d’abord un peu déconnectée, gravitant autour d’un certain Billy Fielding. Mais on comprend vite que dans cette série, rien n'est laissé au hasard. Les fils commencent à se croiser entre le meurtre de la manifestation et d'autres dossiers plus anciens. 

C’est le retour des fameuses zones grises : personne n’est totalement propre, et les intentions de Hegarty restent toujours aussi illisibles. Le duo Lenker-Hegarty ne fonctionne pas sur une collaboration classique. Ils se détestent, se méfient l'un de l'autre, mais ils sont liés par cette enquête qui s'annonce bien plus complexe qu'une simple altercation qui aurait mal tourné. On sent que la vérité va être difficile à débusquer, planquée derrière des pressions politiques et une institution qui veut surtout sauver les meubles. Ce premier épisode prend son temps. On n'est pas dans l'action non-stop, mais dans une construction lente qui installe un sentiment d'oppression permanent. 

 

La série pose des questions dérangeantes sur qui nous surveille et comment les versions officielles sont construites. Le personnage de Billy Fielding apporte d'ailleurs cette touche d'incertitude : peut-on croire ce qu'on nous raconte ? Entre les images de vidéosurveillance et la réalité du terrain, il y a souvent un fossé, et c'est dans ce fossé que Lenker et Hegarty vont devoir fouiller. 

 

Note : 8/10. En bref, cette reprise confirme que Criminal Record reste l'un des polars les plus solides du moment. Pas besoin de cascades ou d'explosions quand on a une écriture aussi fine et des personnages aussi denses. On ressort de cet épisode avec une seule envie : voir comment cet engrenage va finir par broyer ceux qui essaient de faire éclater la vérité. Londres n'a jamais semblé aussi sombre, et c'est tant mieux pour nous.

Disponible sur Apple TV

 

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