Critique Ciné : The Holy Boy (2026)

Critique Ciné : The Holy Boy (2026)

The Holy Boy // De Paolo Strippoli. Avec Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano et Roberto Citran.

 

Le cinéma d'horreur italien nous avait habitués à des choses très précises, souvent sanglantes ou baroques. Mais avec The Holy Boy, le réalisateur Paolo Strippoli prend un virage différent. Ce n'est pas un film qui cherche à vous faire sauter de votre siège toutes les dix minutes. Son truc à lui, c'est plutôt de vous mettre mal à l'aise en fouillant dans ce qu'on a de plus intime : notre douleur et ce qu’on décide d’en faire. C’est un mélange assez couillu entre le drame psychologique pur et l’horreur atmosphérique. L’histoire nous emmène dans un petit village de montagne. C’est le genre d’endroit qui a l’air d’une carte postale, presque trop propre pour être honnête. 

 

Un professeur d'éducation physique s'installe pour son travail dans un paisible village de montagne. Il découvre bientôt que la tranquillité apparente du lieu cache un secret inquiétant qui menace de bouleverser sa vie et celle des habitants.

 

Tout le monde sourit, tout le monde a l'air zen, comme si le stress n'existait pas ici. Pourtant, on sent tout de suite que quelque chose cloche. Ce calme est artificiel, pesant. C’est là qu’arrive Sergio, un prof de sport remplaçant qui débarque avec ses propres casseroles. Il est tout le contraire des locaux : il est tendu, il a le regard sombre, on voit qu’il porte un poids énorme sur les épaules. Ce contraste entre lui et le reste du village est le moteur parfait pour lancer le récit. Très vite, on comprend le secret de ce bonheur permanent. Il s'appelle Matteo. C’est un ado un peu effacé, presque fragile, qui possède un "don" particulier : il absorbe la souffrance physique et mentale des gens par une simple étreinte. 

 

Chaque semaine, les habitants font la queue pour lui refiler leurs traumatismes et repartir légers comme l’air. Dit comme ça, ça ressemble à un miracle. Mais à l’écran, c’est montré de façon presque malsaine. On se demande forcément ce qu'il advient de toute cette noirceur une fois qu’elle est pompée par le gamin. Sergio, qui n'est pas du genre à croire aux solutions miracles, commence à creuser, et c'est là que le malaise s'installe pour de bon. Le film prend vraiment son temps. On est sur un rythme lent, ce qu'on appelle souvent de la "slow burn". Je sais que ça va en gonfler certains, surtout dans la première heure où il ne se passe pas grand-chose de frontal. 

 

Mais Strippoli utilise ce temps pour construire une tension qui vous colle à la peau. Visuellement, c’est très réussi. Les décors de montagne sont froids, les cadres sont souvent serrés, et on finit par se sentir aussi enfermé que les personnages. La mise en scène est intelligente car elle privilégie l'ambiance aux jumpscares faciles. On sent pas mal l’influence de la nouvelle vague d’horreur moderne, façon Ari Aster. C’est ce genre de cinéma qui utilise l’épouvante pour parler de deuil ou de santé mentale. Parfois, on frôle l'hommage un peu trop appuyé, mais le film garde sa propre identité grâce à son ancrage italien très fort.

Côté casting, Michele Riondino fait un super boulot en Sergio. 

 

Il reste sobre, tout en retenue, ce qui nous permet de nous identifier facilement à lui. Mais la vraie claque, c’est Giulio Feltri, qui joue Matteo. Son regard est incroyable : il arrive à passer de l'innocence totale à quelque chose de beaucoup plus sombre en un battement de cils. La relation entre le prof et l’ado est le vrai cœur du film. Elle est complexe, elle change de forme au fil des scènes, même si j'aurais aimé qu'on approfondisse encore un peu certains échanges entre eux. Le fond du problème soulevé par le film est passionnant : la répression émotionnelle. On est dans une société qui veut gommer la souffrance à tout prix, la cacher sous le tapis pour continuer à consommer ou à sourire. 

 

Le film nous rappelle brutalement que la douleur ne s'évapore jamais. Elle se déplace, elle mute, et quand elle finit par ressortir, c’est rarement joli. Tout n’est pas nickel pour autant. Le scénario s'éparpille parfois un peu trop en essayant de donner de l'importance à des personnages secondaires qui n'en ont pas vraiment besoin. Ça crée quelques longueurs inutiles et ça dilue un peu l'impact de l'intrigue principale. Le final, plus brutal et graphique, tranche radicalement avec le reste. C'est efficace, même si on le voit venir d'assez loin.

 

Note : 7/10. En bref, The Holy Boy est une œuvre qui va diviser. Si vous cherchez un film d'horreur nerveux pour une soirée pop-corn, vous risquez de trouver le temps long. Par contre, si vous aimez les films qui restent en tête après le générique et qui vous forcent à réfléchir à vos propres démons, c’est une expérience qui vaut le détour. C'est une proposition singulière, imparfaite mais marquante, sur le déni et le prix du silence.

Présenté en avant-première lors du Festival Grindhouse Paradise au cinéma American Cosmograph de Toulouse 

Prochainement en France

 

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