Critique Ciné : The Toxic Avenger (2026)

Critique Ciné : The Toxic Avenger (2026)

The Toxic Avenger // De Macon Blair. Avec Peter Dinklage, Kevin Bacon et Elijah Wood.

 

Relancer une icône comme The Toxic Avenger, c'est un peu comme essayer de refaire une recette de street-food culte avec des ingrédients de luxe : on a peur de perdre le goût de la rue. Pour ceux qui ne connaissent pas le pedigree du bonhomme, l'original de 1984 est le porte-étendard de Troma, une boîte de prod spécialisée dans le cinéma qui tache, l’humour débile et les effets spéciaux bricolés avec trois bouts de ficelle. En confiant les clés de ce reboot à Macon Blair, on sentait une envie de rendre hommage à ce chaos tout en l'emballant dans une prod plus solide. 

 

Un concierge devient un paria social lorsqu'un accident bizarre dans une usine chimique le transforme en mutant. Cependant, il utilise rapidement sa nouvelle force surhumaine pour combattre des criminels répugnants et un PDG corrompu.

 

Le résultat ? C'est un sacré bordel, souvent réjouissant, parfois fatigant, mais qui a le mérite de ne pas s'excuser d'exister. L’histoire nous présente Winston, un type transparent, agent d'entretien dans une boîte de chimie qui pue la corruption. Sa vie, c'est pas vraiment la joie entre ses factures de santé qui explosent et son gamin avec qui il ne sait plus comment communiquer. Quand il découvre qu’il est condamné par une maladie et que son patron est une ordure finie, tout dérape. Il finit par tomber dans une cuve de déchets toxiques et ressort de là transformé en une sorte de monstre bodybuildé armé d'une serpillière incandescente. 

 

Classique, efficace, et surtout prétexte à un carnage en règle. Ce qui porte vraiment le film au début, c'est Peter Dinklage. Avant de devenir une montagne de latex, il apporte une vraie mélancolie à Winston. On a envie de l'aider, ce pauvre gars. Le voir se débattre dans un système qui cherche littéralement à le broyer donne un peu de poids émotionnel au film. Une fois qu'il mute, on perd forcément cette finesse, mais le costume est assez dingue pour qu'on reste accroché. On est loin des lissages numériques de chez Marvel, et ça fait un bien fou de voir du "vrai" maquillage bien dégueu. Côté méchants, on est servis. 

 

Kevin Bacon s’éclate visiblement à jouer les patrons cyniques et détestables. Il en fait des caisses, mais c'est exactement ce que le genre demande. Face à lui, Elijah Wood est méconnaissable en espèce de créature étrange et dérangeante. C’est là que le film marque des points : le casting a compris qu’il fallait jouer le jeu à fond, sans second degré méprisant. Tout le monde est là pour le grand-guignol. Visuellement, le film ne fait pas dans la dentelle. Si vous n'aimez pas voir des têtes exploser ou des membres voler dans tous les sens, passez votre chemin. C'est gore, c'est généreux, et ça cherche clairement à provoquer le rire par l'absurde. 

 

Mon petit bémol vient de l'utilisation de certains effets numériques. Par moments, ça jure un peu avec l'esthétique "sale" et physique que le réalisateur essaie d'installer. C'est dommage, car le charme de Toxic Avenger, c'est justement ce côté organique et artisanal. L’humour, c’est le gros morceau. Le film tire dans tous les sens. Parfois c’est brillant, souvent c’est juste très bête, et par moments, ça tombe un peu à côté. Le rythme est tellement effréné qu'on finit par avoir une petite baisse d'énergie à la moitié du film. On a l'impression que le scénario essaie d'empiler les gags et les scènes de baston sans toujours savoir comment lier le tout proprement. 

 

La thématique sociale sur l'écologie et la cupidité des entreprises est là, en toile de fond, mais elle reste assez superficielle. On n'est pas là pour un manifeste politique, c'est clair, mais un peu plus de mordant sur ce terrain-là n'aurait pas fait de mal. La relation entre Winston et son fils essaie de donner un cœur au film. C'est mignon, ça permet de poser le rythme entre deux explosions de tripes, mais ça ne va jamais très loin. C'est le syndrome du reboot moderne qui veut absolument rajouter de l'épaisseur là où l'original se contentait d'être un pur délire régressif. Ce n'est pas gênant en soi, mais ça crée un petit déséquilibre avec la folie pure de la seconde partie.

 

Au final, que retenir de ce nouveau The Toxic Avenger ? C’est un film qui assume son identité de paria. Il ne plaira pas à tout le monde, et c’est tant mieux. Si vous cherchez un truc calibré, propre et avec une morale bien rangée, fuyez. Par contre, si vous avez de l'affection pour le cinéma de genre qui ose être moche, méchant et bruyant, il y a de quoi passer un bon moment. 

 

Note : 6/10. En bref, c’est imparfait, c’est parfois trop long, mais c’est une proposition sincère qui rappelle qu’on peut encore faire du cinéma qui ne ressemble pas à une pub pour du yaourt. Un hommage un peu maladroit mais plein d’énergie à une époque où le politiquement correct n'avait pas encore sa place sur les plateaux de tournage.

Présenté en avant-première lors du Festival Grindhouse Paradise au cinéma American Cosmograph de Toulouse 

Prochainement en France sur Disney+

 

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