Critique Ciné : Vivaldi et moi (2026)

Critique Ciné : Vivaldi et moi (2026)

Vivaldi et moi // De Damiano Michieletto. Avec Tecla Insolia, Michele Riondino et Fabrizia Sacchi.

 

On connaît tous les Quatre Saisons, mais on connaît beaucoup moins l’envers du décor de la Venise du XVIIIe siècle. C’est là que nous emmène Damiano Michieletto avec Vivaldi et moi. Pour ses débuts au cinéma, ce metteur en scène d’opéra ne change pas totalement d’univers, mais il déplace la focale. Contrairement à ce que le titre suggère, le film n’est pas un portrait de la star du baroque, mais celui de Cecilia, une orpheline qui essaie de ne pas finir étouffée par les murs de son hospice. Dès les premières images, on sent que Michieletto a l’œil. C’est beau, c’est travaillé, et chaque plan ressemble presque à un tableau d’époque. 

 

Au début du XVIIIᵉ siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes filles se produit pour les riches mécènes de l'institution. Cécilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu'au jour où l'arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.

 

La lumière est chaude, les costumes sont superbes et l’ambiance vénitienne nous enveloppe tout de suite. On est loin d'un décor de carton-pâte. Le film se déroule à l’Ospedale della Pietà, une institution qui recueillait les jeunes filles pour en faire, pour les meilleures d’entre elles, des musiciennes de haut vol. Cecilia, incarnée par Tecla Insolia, fait partie de cette élite. Elle joue du violon avec une passion qui dérange autant qu'elle fascine. Mais le revers de la médaille est brutal : dans cette Venise-là, une orpheline est une monnaie d’échange. Arrivée à sa majorité, elle doit se marier pour rapporter de l’argent à l’hospice. La musique est son seul oxygène, mais c’est aussi sa cage dorée.

 

L’arrivée d’Antonio Vivaldi dans la vie de Cecilia sert de catalyseur. Mais attention, si vous vous attendez à un biopic classique sur le compositeur, vous risquez d'être surpris. Vivaldi, joué avec beaucoup de retenue par Michele Riondino, n’est pas le centre du monde ici. Il est là en soutien, presque en retrait, pour pousser Cecilia à explorer son talent. C’est un choix intéressant qui permet de se concentrer sur le parcours de cette jeune femme. Le film évite le piège du génie qui sauve la petite fille pour montrer plutôt une collaboration entre deux artistes, l’un installé, l’autre qui cherche encore sa voix. C'est là que le bât blesse un peu. 

 

Si le film est magnifique à regarder et à écouter (la bande-son est un vrai régal, piochant intelligemment dans des morceaux moins connus du répertoire), l'histoire reste très classique. On a ce sentiment de "déjà-vu" propre aux récits d'émancipation féminine. Le schéma est prévisible : une institution rigide, une héroïne rebelle par son art, et des obstacles attendus. La mise en scène reste très sage, presque trop académique. On aurait aimé que le réalisateur, venant de l’opéra, apporte un peu plus de folie ou de risques dans sa narration. Parfois, le film survole des thématiques passionnantes comme le poids social des femmes ou le lien entre art et survie, sans jamais vraiment mettre les mains dans le cambouis. 

 

On reste un peu à la surface des émotions. Vivaldi et moi n’est pas le choc cinématographique de l’année, mais c’est un film qui se laisse regarder avec un plaisir certain. Tecla Insolia porte vraiment le film sur ses épaules avec un jeu très subtil. Elle arrive à transmettre cette frustration d’être née au mauvais endroit, au mauvais moment. 

 

Note : 6/10. En bref, si vous aimez la musique baroque, vous passerez un excellent moment. C’est une œuvre élégante, un peu mélancolique, qui rend un bel hommage à ces musiciennes de l'ombre que l'histoire a longtemps oubliées. C’est juste dommage que le scénario ne soit pas aussi vibrant que les cordes des violons qu'on y entend.

Sorti le 29 avril 2026 au cinéma

 

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