Deadloch (Saison 2, 6 épisodes) : un changement de décor qui redistribue les cartes

Deadloch (Saison 2, 6 épisodes) : un changement de décor qui redistribue les cartes

Avec sa deuxième saison composée de six épisodes, Deadloch opère un virage assez net sans renier ce qui faisait son identité. Le déplacement de l’intrigue vers le nord de l’Australie marque plus qu’un simple changement de paysage : il redéfinit l’équilibre de la série et la manière dont elle raconte son enquête. Là où la première saison s’installait dans une ambiance plus froide et contenue, ce nouveau cadre apporte une énergie différente, plus instable, presque étouffante par moments. Ce contraste se ressent immédiatement dans la dynamique des personnages. 

 

Dulcie, toujours méthodique et attachée aux règles, se retrouve cette fois en décalage. À l’inverse, Eddie semble évoluer dans un environnement qui lui correspond davantage. Ce renversement fonctionne plutôt bien, car il évite de reproduire à l’identique les mécanismes déjà installés auparavant. La série prend le risque de déplacer ses repères, ce qui donne parfois une impression de désordre, mais aussi une forme de liberté. L’intrigue principale s’articule autour d’une affaire aussi étrange que dérangeante : un corps retrouvé en morceaux, un crocodile au cœur de l’enquête, et plusieurs disparitions qui viennent compliquer la lecture des événements. 

 

Le point de départ peut sembler volontairement excessif, mais il sert de base à une enquête qui, progressivement, gagne en cohérence. Il faut toutefois accepter un début un peu chargé, où plusieurs pistes et personnages sont introduits en même temps, sans toujours laisser le temps de s’y attacher immédiatement. Ce choix narratif est sans doute lié au format plus court de la saison. En six épisodes, le récit avance vite, parfois au détriment de certaines respirations. Malgré cela, une fois les éléments en place, l’ensemble devient plus fluide. Les révélations s’enchaînent sans donner l’impression de simplement accumuler des rebondissements. 

 

Certaines pistes viennent même remettre en question ce que l’on pensait avoir compris, ce qui renforce l’intérêt de suivre l’enquête jusqu’au bout. Au-delà de l’aspect policier, la série continue d’explorer des thèmes déjà présents dans la première saison. Les questions liées au pouvoir, aux rapports sociaux ou encore à l’histoire des territoires traversent le récit. Ces éléments ne sont pas traités comme un simple décor : ils influencent directement les motivations des personnages et les enjeux de l’enquête. Cela donne une épaisseur supplémentaire à l’histoire, même si tout n’est pas développé de manière égale. Le duo formé par Dulcie et Eddie reste au centre de la série. 

 

Leur relation évolue ici de manière plus marquée. Là où leur opposition faisait surtout office de moteur comique auparavant, cette saison prend le temps d’explorer leurs fragilités respectives. Eddie, en particulier, bénéficie d’un éclairage plus intime à travers son passé et ses liens avec la région où se déroule l’intrigue. Ce choix permet de mieux comprendre certaines de ses réactions, sans chercher à les justifier entièrement. Dulcie, de son côté, est confrontée à une forme de perte de contrôle. Le cadre inhabituel et les tensions qui émergent au fil de l’enquête mettent à l’épreuve sa manière de travailler. Cette évolution apporte une nuance intéressante à son personnage, même si elle reste fidèle à ses principes. 

 

La relation entre les deux enquêtrices gagne ainsi en complexité, oscillant entre confrontation et attachement. Les personnages secondaires participent aussi à cette impression de monde instable. Certains apportent une touche d’humour, parfois absurde, tandis que d’autres renforcent le sentiment de suspicion qui plane sur l’ensemble de l’intrigue. L’écriture ne cherche pas toujours la subtilité, mais assume des traits plus marqués, voire caricaturaux par moments. Cela peut déstabiliser, mais correspond à l’identité globale de la série. L’environnement joue également un rôle important. La chaleur, l’humidité et l’isolement contribuent à créer une atmosphère particulière, presque oppressante. 

 

Ce cadre influence le comportement des personnages et accentue les tensions. Il contraste avec l’image plus classique des séries policières, en proposant un espace moins maîtrisé, où les repères semblent constamment remis en question. Un autre aspect notable de cette saison réside dans sa manière d’aborder les relations personnelles. Les enjeux émotionnels ne sont pas mis de côté, notamment à travers la vie privée de Dulcie ou les conflits intérieurs d’Eddie. Ces éléments viennent s’entrelacer avec l’enquête, sans toujours trouver une résolution nette. Cela peut donner une impression d’inachevé, mais reflète aussi une certaine volonté de rester proche de situations humaines imparfaites.

 

Le ton de la série reste fidèle à ce mélange entre humour et noirceur. Les dialogues conservent une certaine liberté de ton, parfois directe, qui peut surprendre. Cet équilibre n’est pas toujours homogène, mais il contribue à distinguer la série d’autres productions du même genre. L’humour ne sert pas uniquement à alléger l’ensemble : il participe aussi à la manière dont les personnages se définissent. Au final, cette deuxième saison de Deadloch propose une évolution intéressante sans chercher à reproduire les mêmes effets. Tout n’est pas parfaitement maîtrisé, notamment en raison du rythme imposé par le format, mais l’ensemble reste cohérent dans ses intentions. 

 

Le changement de décor, l’évolution des personnages et la construction de l’enquête offrent suffisamment de matière pour maintenir l’intérêt. Il en ressort une saison qui accepte ses aspérités et qui préfère prendre quelques risques plutôt que de rester dans un cadre trop balisé. Cette approche peut ne pas convenir à tout le monde, mais elle donne à la série une identité qui continue de se construire, épisode après épisode.

 

Note : 7/10. En bref, cette deuxième saison de Deadloch propose une évolution intéressante sans chercher à reproduire les mêmes effets. 

Disponible sur Amazon Prime Video

Amazon n’a pas encore renouvelé Deadloch pour une saison 3 à l’heure où j’écris ces lignes. 

 

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