Critique Ciné : The Bay (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Bay (2026, direct to SVOD)

The Bay // De Phil Volken. Avec Francesca Eastwood, Dani Oliveros et Alexander Wraith.

 

Le film de requins, c’est un genre à part entière. On connaît tous la recette sur le bout des doigts : une mer turquoise, une petite bande coincée sur l’eau et un prédateur affamé qui rôde sous la surface. Quand c’est bien fait, ça donne des sueurs froides et on y repense à deux fois avant de tremper une cheville au bord du rivage. Quand c’est raté, on passe un moment plutôt morne en se demandant quand l’action va enfin démarrer. C’est exactement le piège dans lequel tombe The Bay. Sur le papier, l’idée n’était pas si mauvaise. Prendre le concept classique du huis clos maritime, planter le décor au milieu d'un cadre tropical idyllique et lâcher des survivants au milieu d'une eau infestée de mâchoires. 

 

Emma et Lani sont invitées sur un bateau pour visiter une baie reculée abritant des requins en Thaïlande.

 

Ça avait tout du petit plaisir coupable du dimanche soir, le genre de série B pas très exigeante mais qui fait le job si elle arrive à nous scotcher à notre canapé. Le souci, c’est que le film n'arrive à aucun moment à installer cette pression indispensable. Le premier gros point noir de The Bay, c’est clairement son rythme. Dans ce genre de long-métrage, il faut que le danger soit palpable dès les premières minutes, ou au moins qu’on sente planer une ombre sous les vagues. Ici, la mise en place s'étire en longueur pour pas grand-chose. On passe des plombes à regarder des personnages attendre sans que rien ne se passe vraiment. Au lieu de faire monter l’angoisse progressivement, la caméra s’attarde sur du vide, et l'impatience finit par prendre le dessus sur le suspense.

 

En fait, le réalisateur semble avoir confondu la vraie tension dramatique avec de la simple attente. Dans un chef-d’œuvre comme Les Dents de la mer, la menace reste souvent invisible, mais la musique, le découpage et les plans créent une atmosphère électrique. On sait que la créature est là, prête à surgir. Dans The Bay, la créature est juste absente. Les apparitions des requins sont tellement rares et courtes qu’on en vient à oublier le sujet principal du film. Et sans monstre marin pour rythmer le récit, le navire coule à pic. Côté scénario, on repassera aussi pour l’originalité. Le long-métrage accumule gentiment tous les clichés habituels sans jamais chercher à les détourner. 

 

On a droit au lot traditionnel d’incompréhensions entre les personnages, aux prises de décision totalement absurdes qu’aucun être humain censé ne prendrait en situation d’urgence, et aux répliques qu’on a déjà entendues mille fois ailleurs. Les protagonistes manquent cruellement de profondeur. Ils sont là pour remplir des cases et servir d'en-cas potentiel, mais comme on ne sait presque rien d’eux, on n’arrive jamais à trembler pour leur survie. Quand un requin pointe enfin le bout de son aileron, le sort des personnages nous laisse totalement indifférents. Du côté de la distribution, le constat est assez similaire. Les comédiens ne jouent pas spécialement mal, mais ils se retrouvent bloqués avec un matériel de départ particulièrement pauvre. 

 

Avec des dialogues aussi plats et une écriture aussi superficielle, difficile d’insuffler de la vie ou une vraie émotion aux scènes d’action. On sent que le casting essaie de maintenir le navire à flot, mais l’absence de consistance de leurs rôles rend l’immersion presque impossible. Si l’on cherche quelques éléments à sauver dans ce marasme, il faut regarder du côté de la réalisation technique et des paysages. La photographie tire parti du cadre naturel et propose de très belles images de l'océan. Les eaux cristallines, la lumière tropicale et les décors naturels donnent au film une vraie touche visuelle. Pendant les premières minutes, cette esthétique soignée fait son petit effet et donne l'illusion d'assister à une production plus ambitieuse qu'elle ne l'est réellement. Malheureusement, une jolie carte postale n’a jamais suffi à fabriquer un bon thriller.

 

Là où le métrage déçoit le plus, c’est sur ses scènes d’attaques. Pour un projet qui vend du frisson aquatique, le spectacle proposé s'avère extrêmement timide. Les effets visuels restent très basiques et les face-à-face entre l’homme et la bête manquent cruellement d’impact ou de violence graphique. Rien ne vient brusquer le spectateur, aucune scène ne réussit à marquer les esprits ou à provoquer cette petite décharge d’adrénaline qu’on est en droit d'attendre. Les amateurs de survie en haute mer et de créatures marines feraient mieux de passer leur chemin, sous peine de trouver le temps particulièrement long.

 

Note : 3/10. En bref, The Bay passe complètement à côté de sa promesse initiale. Ce genre de production n’a pas besoin d'un budget colossal ou d'une intrigue complexe pour fonctionner, mais elle exige une vraie générosité et un sens du rythme irréprochable. En restant constamment trop sage et prévisible, le film s’enfonce tout seul dans la zone neutre des œuvres aussitôt vues, aussitôt oubliées. 

Prochainement en France en SVOD

 

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